•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Je ne pouvais pas laisser d'autres femmes subir ce processus », raconte une plaignante de Chiarelli

Une jeune femme aux cheveux foncés tourne le dos à la caméra en se cachant le visage, assise à une terrasse.

Laura est la première femme à avoir signalé publiquement le comportement inapproprié du conseiller Rick Chiarelli. D'autres femmes ont par la suite ajouté leur témoignage.

Photo : Radio-Canada / Jennifer Chevalier/CBC

Radio-Canada

Laura a 33 ans. Ancienne journaliste en Amérique du Sud, elle est la première femme à avoir raconté publiquement son histoire concernant l’entretien d'embauche inapproprié qu’elle a eu avec le conseiller Rick Chiarelli.

Je pense encore que ce que j'ai vécu est incroyable, lance-t-elle, un peu plus d'un an après avoir parlé pour la première fois à CBC de la façon dont le conseiller municipal chevronné lui a demandé, entre autres, de se rendre sans soutien-gorge à des événements professionnels.

Il lui a aussi demandé si elle avait déjà vendu de la drogue et il lui a montré sur son téléphone des photos de femmes dans des tenues révélatrices.

Dans mon CV, c’est écrit que j'étais journaliste. Et le fait qu'il ait complètement ignoré ça et qu'il ait pensé que je ne dirais rien sur [ce qui s'est passé] me paraît tout simplement insensé, ajoute-t-elle.

L'histoire de Laura, publiée pour la première fois par CBC en septembre dernier, a incité de nombreuses autres femmes à raconter leur histoire sur le comportement inapproprié de M. Chiarelli.

CBC a corroboré le récit de 13 femmes et a rapporté celui de 8 d'entre elles l'automne dernier.

L'entretien d’embauche de Laura avec l'élu du quartier Collège ainsi que celui de deux autres candidates ont fait l'objet d'un rapport accablant du commissaire à l'intégrité de la Ville d’Ottawa. Ce dernier a conclu que le comportement du conseiller municipal violait le code de conduite de la Ville.

Après une enquête de dix mois, le commissaire Robert Marleau recommande au conseil municipal d'imposer les sanctions les plus sévères possible, à savoir une suspension de salaire de neuf mois, soit plus de 79 000 $.

Le conseiller municipal a nié toutes ces allégations.

La journaliste de CBC, Joanne Chianello, s'est entretenue avec Laura le week-end dernier. Voici une version éditée de ce qu'elle avait à dire, dans ses propres mots.

Ce qui s’est passé pendant l’entrevue d’embauche

Je portais une robe d'été, rien de révélateur. Je me souviens juste qu'il m’a probablement regardée des pieds à la tête. Il était du genre : "Oh, tu peux montrer tes jambes, tu peux montrer tes bras. Qu'est-ce que tu ne montrerais pas?"

Il m’a montré des photos de son ancienne assistante qui aime aller dans des Comiccon [un rassemblement d'amateurs de mangas japonais, de films de superhéros et de personnages fantastiques qui se déguisent en leurs personnages préférés, NDLR]. Un patron ne devrait pas avoir ces photos — elle n’était pas en train de travailler, elle ne faisait que poser. C’était horrible.

Et il n'arrêtait pas de me dire que le fait de ne pas mettre de soutien-gorge était très utile pour recruter des bénévoles.

Il m'a montré une autre photo d'une fille assise dans une voiture. La photo a été prise de côté, et on pouvait voir qu'elle ne portait pas de soutien-gorge parce que son chandail était coupé assez bas sous les manches.

Les deux femmes parlent à la table d'une terrasse, Laura tournant le dos à la caméra.

Laura s'entretient avec la journaliste de CBC Joanne Chianello, un an après son entrevue d'embauche avec le conseiller Chiarelli.

Photo : Radio-Canada / Jennifer Chevalier/CBC

Je pense qu'à un moment donné, j’ai cessé de présenter un visage impassible, parce que c'était trop. Et il m'a dit : "Oh, la raison pour laquelle j'ai ces photos, c'est parce que nous sommes contrôlés et je dois prouver que [les femmes] travaillent pour moi".

Il m'a demandé quelle était la pire chose que je n’avais jamais faite. J'ai répondu : "Je ne sais pas, je n’en fais pas. Vous pouvez le remarquer à mon accent, je viens d'Amérique du Sud". Donc, il m’a demandé si j’avais déjà fait du trafic de cocaïne — pas si j’en avais pris, mais plutôt si j’en avais vendu.

Ce que Laura pensait pendant l’entrevue

Avant l’entrevue, j’étais allée voir son site Internet parce que je ne savais rien de lui. Et à un endroit, on pouvait y lire qu'il était contre le harcèlement sexuel et qu'il soutenait les femmes.

Je n'arrêtais pas de penser que [cette entrevue] était une mauvaise blague. Et j'attendais qu'il me dise : "OK, je plaisante, on ne va pas faire ça".

Je me souviens que je me disais : On est en 2019, à quoi pense-t-il? Ma mère est passée par là, Dieu sait que ma grand-mère a dû passer par là. Et puis, tant de générations avant moi. Mais je me disais : Ça a changé, n’est-ce pas?

Sur sa décision de raconter son histoire

J'avais tellement peur qu'il vise les nouveaux arrivants. Et en tant qu'immigrée — je suis ici depuis de nombreuses années — je me suis dit : Peut-être qu'il utilise les nouveaux arrivants qui ne savent pas que le Canada est mieux que cela et qu’il en profite.

Il m’a dit qu’il allait faire une entrevue avec deux autres personnes avant de prendre sa décision, et je me suis dit : Oh, mon Dieu, je ne peux pas laisser une autre femme — ou n’importe qui d’autre d’ailleurs — passer par un processus comme celui-ci.

Sur le fait qu’elle ne donne pas son nom au complet

Je viens d'Amérique du Sud où les choses sont plus compliquées qu'au Canada... Donc, même si je savais que j'étais dans un meilleur endroit, je ne savais pas non plus si quelque chose allait m'arriver.

Et quand j'ai parlé à ma famille, ils m'ont aussi dit : "Et si tu veux trouver un emploi à l'avenir?" Et n'importe qui peut chercher votre nom sur Google et trouver que vous êtes un fauteur de troubles, parce que c'est malheureusement comme ça que les femmes qui s'expriment sont représentées. Ce n'est jamais parce qu’elles voulaient que la justice soit faite.

Il a fallu 13 femmes pour s'opposer à une personne. Je trouve insensé qu'on ne puisse pas être traitées un contre un, il faut que ce soit 13 contre un.

Sur les réactions à son histoire

Je me souviens avoir pensé qu'il y avait deux façons de procéder. La première, c'est que personne ne parle et c'est tout. C'est la fin de l'histoire et il continuera à faire la même chose. Ou alors, si d'autres personnes ont vécu la même chose, elles en parleront.

Je ne savais pas si quelqu'un allait pouvoir en parler. Alors, quand elles l'ont fait, j'étais vraiment reconnaissante.

J'étais vraiment contente qu’elles puissent prouver que ce que je disais était vrai, mais j'étais aussi triste qu'elles aient toutes dû vivre quelque chose de semblable. Et qu'elles soient si jeunes qu’elles ne sachent pas comment se battre.

Après avoir vu le rapport du commissaire [à l'intégrité], j'espère que les gens vont comprendre qu'il est normal de parler et que même si tout le monde ne va pas vous croire — parce que c'est impossible — nous sommes nombreuses à le faire, parce que nous en avons fait l'expérience nous-mêmes.

Un soutien-gorge rose dans un arbre devant l'hôtel de ville d’Ottawa.

Des soutiens-gorges ont été accrochés à un arbre devant l'hôtel de ville d’Ottawa à la suite de la diffusion d’un reportage de CBC, selon lequel le conseiller municipal Rick Chiarelli avait posé des questions inappropriées de nature sexuelle lors d’une entrevue d’embauche (archives).

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Je suis allée devant l’hôtel de ville [quand des femmes ont accroché des soutiens-gorges aux branches des arbres, NDLR], j'ai pris des photos et je les ai envoyées à ma famille, et ils étaient très fiers. Je voulais aussi accrocher mon [soutien-gorge], mais finalement je ne l'ai pas fait.

Sur l’année qui s’est écoulée

Ça a été bouleversant. Je suis allée voir un psychologue à quelques reprises, parce que je commençais à être très stressée et que je ne pouvais plus marcher seule – mais c'était dans ma tête. Personne ne m'a jamais suivie et personne ne m'a jamais harcelée.

Que ce soit des amis ou des collègues de travail, je devais raconter mon histoire à tous ceux que je connaissais parce que je ne pouvais pas y croire moi-même. J'avais besoin de continuer à en parler [et] j'ai reçu beaucoup de soutien de leur part.

J'ai dû abandonner un peu les médias sociaux parce que c'était trop. Mais maintenant, j'y reviens. Donc, ça revient à la normale.

Sur les sanctions recommandées contre Chiarelli

S'il se soucie de l'argent, alors c'est une bonne punition. Mais si ce n’est pas le cas, qu’est-ce que ça peut faire? Je veux qu'il arrête de faire ça.

Peut-être qu’il a fait des choses bien puisqu’il a été élu pendant 30 ans. En tout cas, j’espère. Sinon, pourquoi les gens continuent-ils à voter pour lui? Faire subir ça à quelqu’un… Il devrait être plus avisé.

D'après les informations de Joanne Chianello de CBC

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.

Ottawa-Gatineau

Politique municipale