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Mali : un imam influent appelle au calme après des troubles sanglants

Un manifestant brandissant une pancarte sur laquelle on peut lire : «IBK dégage.»

Les tensions sont allées en s'intensifiant à Bamako depuis les législatives de mars-avril, des manifestants réclament le départ du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Photo : Reuters / Stringer .

Agence France-Presse

Préservée en temps normal par les violences djihadistes et intercommunautaires qui endeuillent le nord et le centre du Mali, la capitale, Bamako, est la proie depuis vendredi de ses troubles civils les plus graves depuis des années.

Les violences ont fait 11 morts entre vendredi et dimanche midi, a indiqué un responsable des urgences d'un grand hôpital de la capitale, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat en raison du caractère sensible de ces données dans une situation politique explosive.

La tension restait palpable dimanche soir à Bamako. Sans renouer avec l'intensité des affrontements des jours précédents, la ville est restée troublée dimanche par les regroupements spontanés de centaines de personnes dans la rue, la coupure d'axes importants par des barrages ou des pneus brûlés, ou encore le saccage d'un tribunal et d'un siège de quartier du parti présidentiel, ont constaté les correspondants de l'AFP.

Des affrontements autour d'une mosquée

Dans le quartier de Badalabougou, un calme précaire est revenu. Des centaines de fidèles se sont pressés dans la vaste salle aux colonnes vertes de la mosquée et à l'extérieur pour les funérailles de quatre défunts qu'ils ont ensuite suivis en cortège au cimetière.

C'est autour de la mosquée que se sont déroulés samedi soir les affrontements les plus sanglants. La mosquée est celle où prêche l'imam Mahmoud Dicko, à la tête de la coalition qui réclame un changement de pouvoir au Mali. Ses partisans en ont transformé les abords en camp retranché, inquiets que les forces de sécurité ne viennent l'arrêter.

Une vingtaine d'opposants ont été arrêtés depuis vendredi, dont plusieurs leaders de la contestation, a dit un de leurs avocats, Alifa Habib Koné.

Appel à la retenue

L'imam, les mains levées, entouré de partisans.

L'influent imam Mahmoud Dicko saluant des manifestants anti-gouvernementaux.

Photo : Reuters / Stringer .

L'entourage de l'imam a diffusé des vidéos s'apparentant à des images de guerre des événements de samedi soir.

Elles montrent au moins deux hommes visiblement morts baignant dans leur sang et d'autres perforés par des projectiles, ainsi qu'une grande confusion d'hommes s'agitant dans le complexe de la mosquée, selon l'entourage de M. Dicko. Des coups de feu claquent à distance par saccades régulières, sans que les tireurs puissent être identifiés.

Vous êtes en train de tuer les Maliens, dans la mosquée, [à] balles réelles. La mosquée est en feu, s'écrie un homme dans l'une de ces vidéos qui n'ont pas pu être identifiées indépendamment par l'AFP.

L'imam, personnalité nationale très écoutée et bête noire du pouvoir, a appelé au calme.

Je demande encore une fois à la jeunesse malienne de faire preuve de retenue et de calme.

L'imam Mahmoud Dicko

La lutte continue, pour la refondation du Mali et contre la corruption endémique qui est en train aujourd'hui de mettre notre pays à genoux, a-t-il dit, mais elle doit continuer dans la patience et les bonnes manières.

Un mouvement de désobéissance civile

Les tensions se sont intensifiées à Bamako depuis les législatives de mars-avril. Une coalition hétéroclite de leaders religieux, de personnalités du monde politique et de la société civile s'est agglomérée autour de l'imam Dicko pour porter la protestation.

Ce mouvement dit du 5-Juin canalise une multitude de mécontentements dans l'un des pays les plus pauvres du monde : contre la dégradation sécuritaire et l'incapacité à y faire face, le marasme économique, la défaillance de l'État, ou le discrédit répandu d'institutions suspectées de corruption.

Vendredi, le mouvement est entré selon ses mots en désobéissance civile, frustré par les réponses successives du président à des exigences radicales : dissolution du Parlement, démission des juges de la Cour constitutionnelle, formation d'un gouvernement dont il nommerait le premier ministre et, au bout du compte, départ du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Le président malien dans une photo d'archives de septembre 2019 au siège de l'ONU, à New York

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta

Photo : Associated Press / Frank Franklin II

Le mouvement dit être pacifique et accuse le pouvoir des violences.

La décision de la Cour constitutionnelle d'invalider une trentaine de résultats des législatives passe pour un élément déclencheur de la contestation.

Samedi soir, le chef de l'État a annoncé la dissolution de la Cour. Il a aussi ouvert la voie à des législatives partielles là où la Cour a invalidé les résultats, suivant en cela les recommandations d'une mission de bons offices des États ouest-africains.

L'escalade en cours alarme en effet les alliés du Mali, inquiets d'un élément déstabilisateur de plus dans un pays confronté au djihadisme et à une série de défis majeurs, dans une région elle-même tourmentée.

Aucune des ouvertures de M. Keïta, 75 ans, président depuis 2013, n'a jusqu'alors fait retomber la fièvre, au contraire.

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