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« Mignons » et « faciles à gérer », comment les alpagas ont conquis le coeur des Canadiens

Des alpagas dans une ferme.

Le nombre d'alpagas au Canada a bondi de 55 % en 14 ans.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Arrivés au Canada dans les années 1980, les lamas et les alpagas s'imposent de plus en plus dans nos fermes. Que ce soit pour protéger du bétail, produire de la laine ou soigner la dépression, ces bêtes sont plus que jamais recherchées. Leurs défenseurs appellent toutefois à la raison.

Amoureux au premier regard

Je vais parier qu’il pèse 8,1 kg, dit Leanne Sept, en souriant, un bébé alpaga dans les bras avant de le poser sur une balance. Elle n’était pas loin. Le petit pèse 8 kg et il est en parfaite santé.

Deux heures plus tôt, un heureux événement est arrivé sur la ferme Sunnyhill Alpaca, située dans le comté de Leduc, au sud d’Edmonton. Bee, une femelle alpaga, a mis au monde le petit dernier du troupeau.

Kevin, le mari de Mme Sept, ne sait pas encore comment ils vont l’appeler. Pour se rappeler des prénoms, on nomme toujours les bébés en prenant la première lettre du nom de leur maman, explique-t-il.

La mémoire peut faire défaut lorsqu’on a un troupeau de 100 alpagas qui gambadent sur une colline de 64 hectares. Il y a 22 ans, Leanne et Kevin Sept ont acquis leur première femelle pour simplement brouter l’herbe de leur ferme.

Leur coup de foudre pour cet animal a cependant été immédiat et si fort qu'ils en ont fait leur activité professionnelle à temps plein.

Ils ont un bon caractère, ils sont faciles à gérer, les naissances se passent toujours bien, il ne faut les tondre qu’une fois par an, ils mangent peu et font leurs besoins toujours au même endroit, raconte Mme Sept.

En faire son métier

Ils en élèvent aujourd'hui pour la reproduction et pour la fabrication de fibre qu'ils transforment ensuite en vêtements vendus sur place.

Une femme debout devant des alpagas.

Le rêve de Leanne Sept? Gagner un concours de beauté avec un de ses alpagas noirs.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Ces éleveurs rêvent secrètement de gagner un concours de beauté avec un de leurs alpagas noirs. Pour cela, chaque accouplement est mûrement réfléchi. Au début, nous cherchions n’importe quelle race d’animal, mais maintenant, ce ne sont que ceux avec les meilleurs gènes qui nous intéressent, explique Leanne Sept. C’est un marché compétitif.

Arrivés d'Amérique du Sud

À la fin des années 80, les premiers alpagas et lamas sont importés du Chili, de la Bolivie et du Pérou par des agriculteurs albertains, particulièrement à Nisku, dans la région d’Edmonton.

Parmi eux, il y avait Rodney Elvastad, un fermier passionné de Grande Prairie, décédé en 2010, se rappelle la vice-présidente de l’Association des lamas et d'alpagas du Canada (CLAA), Jody Pellerin.

Les lamas, plus gros et plus caractériels, sont rapidement utilisés comme gardiens pour le bétail, entre autres contre les coyotes. C'est toutefois l’alpaga qui retient l'attention.

Entre 2006 et aujourd’hui, le nombre de lamas enregistrés au Canada est passé de 14 502 à 14 194, soit 308 animaux de moins, alors que son cousin camélidé a vu sa population passer de 18 376 à 28 507, soit une hausse de 55 % en 14 ans.

Pour ces deux animaux venus d’Amérique du Sud, l’Alberta est une terre promise. Environ 40 % des alpagas et lamas canadiens vivent dans cette province des Prairies.

Il y a de plus en plus de gens qui s’intéressent à sa fibre et on en découvre de plus en plus d’utilisations possibles, décrypte Jody Pellerin, qui travaille dans ce milieu depuis 22 ans.

Ce tissu est très fin, modulable, mais aussi solide, donc il tient chaud, comme le cachemire. Les chaussettes en laine d’alpagas sont très prisées sur les marchés fermiers et sur internet. Je n’ai d’ailleurs plus de chaussettes à vendre depuis Noël, et je ne suis pas la seule.

Pas assez d'usines pour répondre à la demande

Pour produire de la laine, Leanne Sept a établi une filature sur sa ferme. Malgré l’aide de ses deux soeurs, la liste d’attente pour leurs produits s’allonge.

Ses clients doivent attendre près de deux ans pour avoir leur fibre transformée en bobine ou pelote. Il n’y aurait pas assez de moulins à laine spécialisés au pays. Je dois refuser deux clients par semaine. Ouvrir une petite usine de fabrication coûte cher et rapporte peu, avoue l'éleveuse.

Une machine dans une usine de fabrication de laine.

Le prix du kilo de laine d'alpaga oscille entre 40 $ et 135 $, selon la qualité.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

L’élevage d’alpagas devient une pratique scientifique au Canada.

En croisant des gènes compatibles, vous obtiendrez la fibre la plus fine et solide qui soit, explique Rick Derksen, un éleveur saskatchewanais établi depuis 1989. Il a d'ailleurs fait de ce fil parfait l'objet de ses recherches, au point où sa ferme, High Plains Alpacas, est réputée pour la qualité de ses bêtes, qui ont remporté plusieurs prix.

Ses animaux d’élevage peuvent se vendre jusqu’à 20 000 $ chacun. Un tiers de ses clients sont Européens. Selon lui, sa laine est très appréciée des créateurs de mode en Italie.

Déclarer son animal pour protéger l'espèce

Face à cet attrait grandissant pour ce mammifère au long cou, Jody Pellerin, de la CLAA, avoue être inquiète.

Ces animaux mignons ne sont pas faits pour être des animaux de compagnie. Je reçois entre 5 et 10 appels par semaine de personnes qui viennent d’acheter sur internet un alpaga pour 300 dollars, mais ne savent pas comment s’en occuper. Il y a cinq ans, je n’en recevais qu’un par mois.

Pour garder le contrôle sur l’évolution de leur population et sur la qualité des croisements, donc de la fibre, Jody Pellerin exhorte les Canadiens à se renseigner avant d'acheter un animal et d’enregistrer celui-ci le plus tôt possible afin de connaître sa lignée génétique.

Il faut absolument éviter les croisements entre les animaux qui se ressemblent trop génétiquement afin de préserver l’espèce de risques de déformations ou de maladies.

Guérir grâce aux alpagas

Loin de ces préoccupations, dans une ferme au sud de la capitale albertaine, Rynn Parraw, une thérapeute-chaman titulaire notamment d’un doctorat en parapsychologie, commence une séance avec Laurie Nordlund, une patiente de 57 ans qu’elle suit depuis un an.

Je souffre de solitude et j’ai du mal à créer des relations profondes, avoue la patiente, le regard ailleurs.

Dans un enclos, entourées de 12 alpagas, elles vont s’adonner à un jeu de rôle. Laurie Nordlund doit essayer d’interagir avec ces animaux en marchant auprès d’eux, en les nourrissant et en leur parlant. Mme Parraw, de son côté, va interpréter les réactions de ces bêtes et créer des liens avec les problèmes de sa patiente.

Une femme dans un enclos.

Pour Rynn Parraw,Pour Rynn Parraw, l'alpaga est l'animal idéal pour des thérapies.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Daz te représente, il est en apprentissage. Hamilton est ta version plus mature, commente Rynn. Laurie est confuse. Je croyais que celui-ci, Techi, était l’incarnation de mon futur compagnon. Il fait partie du troupeau, mais reste indépendant. C’est une qualité que je recherche chez quelqu’un.

Au bout d’une heure, la patiente, une ancienne enseignante du secondaire en Ontario, voit le progrès accompli lorsqu’un alpaga se laisse approcher. J’essaie de vulgariser les messages qu’ils communiquent avec moi. Cela m’aide à être vraiment dans le moment présent.

Une femme avec un alpaga dans un enclos.

Les alpagas pourraient aider les personnes souffrant de dépression.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

En 12 ans, la thérapeute a aidé plus de 300 personnes grâce aux alpagas. Si vous souffrez de dépression, de syndrome de stress post-traumatique ou si vous traversez un gros défi de vie, ces bêtes sont parfaites. Les alpagas sont plus naturels que des chats ou des chiens, qui sont domestiqués, et ressentent plus nos vulnérabilités.

Avant la pandémie, Rynn Parraw se déplaçait avec ses camélidés dans des maisons pour aînés ou des crèches pour procurer des traitements. C’est quand même plus pratique que les chevaux, avoue-t-elle.

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Alberta

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