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Allégations d'inconduite : Rick Chiarelli devrait être condamné à la peine la plus sévère, selon le commissaire à l'intégrité

Le conseiller Chiarelli répond aux questions du journaliste.

Le commissaire à l'intégrité juge que Rick Chiarelli a enfreint le code de conduite de la Ville d'Ottawa, à l'issue d'une enquête de dix mois (archives).

Photo : Radio-Canada / Marc-André Cossette

Radio-Canada

Après une enquête de dix mois sur des allégations de comportement inapproprié envers le conseiller Rick Chiarelli, le commissaire à l'intégrité de la Ville d’Ottawa recommande les sanctions les plus sévères possibles contre ce vétéran de la politique municipale, soit la suspension de 9 mois de salaire, ou plus de 79 000 $.

Parce que le conseiller est le plus ancien membre élu du Conseil et que ce comportement offensant et peu recommandable dure depuis très longtemps, j'ai décidé que les sanctions les plus sévères étaient justifiées, écrit le commissaire à l'intégrité, Robert Marleau, dans un rapport accablant de 76 pages publié vendredi.

L'automne dernier dans le cadre d’une enquête de CBC, de nombreuses femmes ont accusé le conseiller de comportement inapproprié. CBC a rapporté les expériences de huit d'entre elles, dont deux qui se cherchaient un emploi et qui figurent parmi les plaignantes de ce rapport. Les femmes ont dit qu'on leur avait posé des questions, raconté des histoires et montré des photos qu'elles trouvaient inappropriées et de nature sexuelle.

Le commissaire à l'intégrité s’est dit d'accord avec les faits rapportés.

Dans le premier de deux rapports sur la conduite de M. Chiarelli, le commissaire Marleau a conclu que le comportement du conseiller était qualifié de harcèlement en vertu des politiques de la Ville et que le conseiller du quartier Collège a exploité le rapport de pouvoir de la situation, dans laquelle le Répondant [M. Chiarelli] détenait la possibilité d'un emploi, en sexualisant la discussion et les questions d'une manière vexante et inacceptable.

Il est aussi écrit dans le rapport qu'un tel comportement d'un titulaire d'une charge publique élue nuit profondément à l'intérêt public et porte gravement atteinte à la confiance des citoyens qui les élisent.

Robert Marleau pose pour la caméra dans la salle du conseil municipal d'Ottawa.

Le commissaire à l’intégrité de la Ville d'Ottawa, Robert Marleau, fait enquête depuis cet automne au sujet de plaintes de comportements déplacés perpétrés par le conseiller Rick Chiarelli (archives).

Photo : CBC/Kate Porter

3 plaintes, 3 sanctions consécutives

Le commissaire à l'intégrité conclut que M. Chiarelli a violé deux articles du code de conduite des conseillers concernant l'intégrité et le respect du public.

La sanction la plus grave que M. Marleau puisse recommander est de retenir 90 jours de salaire, une sanction qui devrait être réservée aux violations les plus flagrantes du code de conduite. Bien que les trois plaintes soient similaires — et donc regroupées dans un seul rapport — le commissaire à l'intégrité écrit que chaque plainte est isolée lorsque vient le temps d’envisager une recommandation de sanction appropriée.

C'est pourquoi il recommande que le conseil impose consécutivement trois sanctions de suspension de salaire de 90 jours chacune, pour un total de neuf mois, ce qui équivaut à environ 79 000 $.

Bien que ce rapport traite des plaintes de trois candidates, M. Marleau a déclaré qu'il publierait un deuxième rapport qui examine les plaintes officielles de deux anciennes employées de la Ville. Dans ce futur rapport, M. Marleau pourrait recommander une nouvelle déduction de salaire de six mois.

Le conseil municipal votera sur les recommandations du présent rapport mercredi prochain.

Le rapport a été achevé sans la participation de M. Chiarelli. Ni le conseiller ni son avocat, Bruce Sevigny, n'ont encore commenté le rapport, bien que le conseiller ait nié toutes les allégations.

Plus tôt cette semaine, Me Sevigny a déclaré à la Ville qu'il avait reçu l’ordre de demander un contrôle judiciaire sur le pouvoir du commissaire à l'intégrité d'entreprendre ce type d'enquête.

Rick Chiarelli assis devant un ordinateur portable et un microphone.

Rick Chiarelli était présent à une réunion du conseil le 11 décembre 2019, et a participé à quelques réunions virtuelles cette année (archives).

Photo : CBC / Giacomo Panico

Le conseiller lui a demandé de se présenter sans soutien-gorge

Selon le rapport, 34 personnes ont été interrogées et 26, dont 5 plaignantes, ont fait des déclarations sous serment. M. Marleau a embauché la firme Independent Investigation & Review Services Canada Inc. (IIRSC), dirigée par l'ancien patron de la GRC, Bob Paulson, pour mener l'enquête.

La première des trois plaignantes a déclaré que, lors d'une entrevue d’embauche dans un Starbucks d’Ottawa en juin 2019, M. Chiarelli lui avait demandé à deux reprises si elle serait à l'aise de se rendre sans soutien-gorge à des événements professionnels. CBC a raconté son histoire en septembre, ce qui a conduit d’autres femmes à déposer des plaintes similaires au sujet de Rick Chiarelli.

Des mains de femme sont posées sur une table.

L'une des plaignantes a déclaré que, lors d'un entretien d'embauche dans un Starbucks en juin 2019, M. Chiarelli l'avait interrogée sur la possibilité de se rendre « sans soutien-gorge » à des événements professionnels (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

La plaignante a déclaré que M. Chiarelli lui avait montré, sur un téléphone portable, des images de femmes dans des tenues révélatrices, y compris celle d'une employée en T-shirt sur laquelle l'individu ne portait manifestement pas de soutien-gorge, car les côtés de ses seins étaient visibles sur la photo, selon le rapport.

Le rapport a révélé que la femme, qui s’est dite choquée par l'expérience, a enregistré une conversation téléphonique ultérieure avec M. Chiarelli parce qu'elle voulait une preuve de son comportement pendant l’entretien.

Pendant cet appel, au cours duquel M. Chiarelli lui propose un poste, il fait référence à un événement à venir pour le Nouvel An en disant : "On ne vous demandera pas de porter ce que vous ne voulez pas porter".

Le bureau de Rick Chiarelli.

Les entretiens se déroulaient généralement dans des cafés ou même des bars, selon les plaignantes, et non pas dans des installations de la Ville comme le bureau du conseiller (archives).

Photo : Radio-Canada / Kate Porter/CBC

Entretien au MacLaren's

La deuxième plaignante a déposé sa plainte officielle le 3 octobre, ce qui semble être le résultat direct du refus de M. Chiarelli de reconnaître les allégations formulées publiquement contre lui.

Dans sa plainte officielle, elle a écrit : Des femmes font part d’expériences similaires et M. Chiarelli nie les allégations. Il est inacceptable de nier ces allégations. C’est ce qu’il a fait. Et je suis maintenant obligée de déposer une plainte officielle puisque Rick Chiarelli m’a aussi fait cela.

Elle a dit qu'elle avait rencontré le conseiller pour la première fois en 2014 alors qu'elle était étudiante dans le programme de relations publiques d'un collège local, le Collège Algonquin, selon CBC. Elle envisageait de travailler pour lui.

Selon le rapport, l’élu lui a proposé une rencontre au MacLaren's Pool Hall rue Elgin et lui a demandé de n’en parler à personne.

L'entretien a commencé normalement, mais M. Chiarelli a rapidement commencé à décrire comment des membres féminins de son équipe avaient recruté de jeunes hommes comme bénévoles en faisant semblant de les séduire dans des boîtes de nuit - une stratégie qu'il avait également décrite à la première plaignante.

Elle a dit qu'il lui avait dit que le recrutement de jeunes hommes dans les boîtes de nuit fonctionnait mieux si vous ne portiez pas de soutien-gorge, selon le rapport. La femme a dit que M. Chiarelli lui a ouvertement demandé si elle était prête à ne pas porter de soutien-gorge dans ce but.

Une femme dont le visage a été caché.

Une autre plaignante, qui a fait une entrevue avec M. Chiarelli pour un emploi en 2018, a déclaré que l'élu lui avait demandé si elle avait déjà envisagé de devenir strip-teaseuse (archives).

Photo : Radio-Canada

Interrogée sur le strip-tease

La troisième plaignante, qui était également étudiante en relations publiques au Collège Algonquin, s'est officiellement plainte le 8 octobre, quelques semaines après avoir raconté son histoire à CBC.

En 2018, M. Chiarelli lui a envoyé une demande sur Facebook et lui a demandé si elle était intéressée à travailler pour lui. Ils ont organisé une réunion dans un Starbucks du quartier Bells Corners, mais elle a annulé la rencontre parce que, selon le rapport, elle avait également entendu des rumeurs sur le fait qu’il était "malhonnête", que ses propos seraient un peu inappropriés, qu’il demanderait des photos et d'aller dans des bars et des clubs de striptease... et, certains de ses amis lui avaient conseillé de ne pas le rencontrer.

Mais plus tard, jugeant que son message Facebook semblait professionnel et considérant qu'elle voulait vraiment un emploi, la femme a changé d'avis.

L'entretien a eu lieu dans un Starbucks en avril 2019. Au cours de l'entretien, la femme a déclaré que le conseiller lui avait demandé si elle avait déjà envisagé de devenir effeuilleuse. Elle ne lui a pas répondu, il lui avait dit qu'elle avait le corps pour cela, a-t-elle dit.

Il lui a montré sur son téléphone une photo d'une jeune femme en bikini qui, selon lui, allait bientôt travailler pour lui. Il lui a dit : Oh, ne porte pas ça pour travailler.

Elle a ajouté que M. Chiarelli lui avait également demandé si elle avait participé à la Journée mondiale de l'orgasme. C'est alors qu'elle avait quitté l'entretien. La femme était âgée de 21 ans.

Le démenti n'est pas crédible, constate M. Marleau

Dans son rapport, M. Marleau déclare qu'il considère que toutes les plaignantes sont crédibles, qu'elles ont toutes parlé de ce qu'elles avaient vécu à d'autres personnes peu de temps après les faits et que ces témoins ont corroboré la version des événements des plaignantes.

De plus, M. Marleau a déclaré que l'enquête avait examiné de nombreux courriels, messages Facebook, photographies et messages texte fournis par les plaignantes et les témoins, dont beaucoup ont confirmé qu'une entrevue avec M. Chiarelli était en cours ou avait eu lieu.

Rick Chiarelli a refusé de participer à l'enquête depuis le début. Il a subi une opération à cœur ouvert en décembre et sa femme Lida a tweeté qu'il avait une infection postopératoire en janvier, ce qui aurait certainement retardé sa capacité à s’engager pleinement dans l'enquête.

Dans des rapports précédents, M. Marleau a détaillé ses efforts pour entrer en contact avec M. Chiarelli. Le conseiller a également reçu une ébauche du rapport du commissaire à l'intégrité le 25 juin, avec une invitation à commenter, mais le commissaire à l'intégrité a déclaré qu'il n'avait reçu aucune réponse.

La seule contribution de M. Chiarelli a été sa déclaration publique du 3 octobre, niant toutes les allégations.

Je peux dire, sans réserve, que je n'ai jamais traité une employée (ni une candidate à un emploi) de manière sexuellement harcelante, discriminatoire ou inappropriée, avait-il écrit alors dans un communiqué.

Il a également comparé le nombre croissant de plaintes à du lynchage et a suggéré qu'il était ciblé en raison de ses efforts pour apporter plus de transparence dans le dossier du train léger.

M. Marleau a totalement rejeté la déclaration de l'élu. J'ai conclu qu'il n'y a aucune base crédible pour une telle théorie du complot, écrit le commissaire à l'intégrité.

Il n'y a aucune preuve d'un mouvement politique organisé. Les trois plaignantes ne se connaissaient pas et il n'y a aucune preuve de collusion, ajoute-t-il.

Quant au reste de la déclaration de M. Chiarelli, Robert Marleau conclut : Au vu des témoignages détaillés et crédibles des trois plaignantes et des preuves qui les corroborent, ce démenti catégorique n'est pas crédible.

D'après les informations de Joanne Chianello de CBC

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