•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Lincoln Project : qui sont ces républicains qui veulent faire tomber Trump?

Extrait d'une publicité anti-Trump menée par le Lincoln Project.

Photo : Lincoln Project

Ce sont des publicités négatives qui semblent tout droit sorties du camp démocrate. Pourtant, elles sont l’œuvre d’importants stratèges républicains qui ont décidé de faire la guerre à Donald Trump sur son propre terrain. Vont-ils contribuer à sa défaite?

Faible, corrompu, ridiculisé : c’est l’un des nombreux coups de poing assénés par le Lincoln Project au président américain dans des vidéos très léchées, visionnées des millions de fois sur les médias sociaux et à la télévision américaine. Sur Twitter, le terrain de jeu favori de Donald Trump, ils ont atteint 1,3 million d’abonnés en quelques mois.

La vidéo Mourning in America qui accuse le président d’avoir ignoré la crise sanitaire a été visionnée près de 3 millions de fois.

Une autre se moque du nombre de spectateurs venus assister à son rassemblement de Tulsa, en Oklahoma. C’est raté, peut-on entendre dire la narratrice.

Notre message a beaucoup d’impact chez les gens qui aiment voir cette brute recevoir à son tour des coups sur le nez, résume Steve Schmidt, cofondateur du Lincoln Project.

Ce dernier a été stratège pour les campagnes républicaines de George W. Bush, John McCain et Arnold Schwarzenegger. Aujourd’hui, il veut à tout prix entraîner la défaite du président, le candidat de son propre parti.

Donald Trump est le pire président de l’histoire de notre république, déclare sans détour Steve Schmidt en entrevue à Radio-Canada.

Ce président est ignoble, incapable, méchant, et fait honte à sa fonction. C’est le temps pour lui de partir. Quatre ans c’est assez. C’est là-dessus que porte l’élection

Steve Schmidt, cofondateur de Lincoln Project

Le Lincoln Project a été fondé par un petit groupe de stratèges républicains très en vue. Le plus connu est sans doute George Conway, le mari de Kellyanne Conway… la proche conseillère du président américain.

Le nom Lincoln Project a été choisi en hommage au président qui avait la tâche d’unir le pays après la guerre civile. Le président Trump représente un danger pour notre Constitution et pour la république, peut-on lire sur leur site web, accusant ce dernier de creuser les divisions dans le pays.

Selon Steve Schmidt, la gestion de la crise sanitaire, qui a fait des dizaines de milliers de morts, est un autre exemple de son incompétence. Les frontières du monde sont fermées aux Américains en raison de la stupidité et de l’imbécillité de sa réponse, dit-il.

Il accuse aussi le président d’avoir attisé les tensions raciales dans la foulée de la mort de George Floyd. Notre but n’est pas seulement de défaire Trump, mais aussi le trumpisme, de renvoyer ce hideux nationalisme blanc aux oubliettes, lance-t-il.

Dans cette publicité intitulée Mourning in America, le narrateur déclare : Sous le règne de Donald Trump, notre pays est devenu plus faible, plus malade et plus pauvre; la voix affirme aussi que les États-Unis sont en deuil en raison des dizaines de milliers de décès causés par la COVID-19.

L’offensive a capté l’attention de Donald Trump lui-même. Il a traité ses fondateurs de perdants, de ratés et de faux républicains sur Twitter.

Depuis sa création en décembre, le comité d’action politique Lincoln Project ne cesse de gagner des partisans supplémentaires. Les dons de particuliers se multiplient, selon l’organisation. Je pense que nous allons avoir toutes les ressources nécessaires pour changer les choses dans cette course, indique Steve Schmidt.

Quel impact véritable?

Ce genre de mutinerie dans le camp républicain a de quoi surprendre. C’est assez inhabituel, déclare Rafaël Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, surtout que le groupe fait campagne activement en faveur de l’adversaire démocrate.

Ce sont des républicains qui préfèrent non seulement que Donald Trump subisse la défaite, mais souhaitent très activement la victoire d’un démocrate, en l’occurrence Joe Biden, s’étonne M. Jacob.

Dans cette publicité (plus bas) du Lincoln Project, Joe Biden est mis en valeur aux côtés d’autres présidents américains, dont Ronald Reagan.

On peut lire : Le temps est venu de rétablir la décence, sur des images avantageuses de Joe Biden. Je n’attiserai pas les flammes de la haine, dit ce dernier.

Steve Schmidt assume sans complexe cet appui au candidat démocrate : Le choix est simple dans cette élection entre un homme honnête, Biden, et un homme malhonnête, Trump.

Réussiront-ils à influencer de manière significative les électeurs américains d’ici novembre? Rafaël Jacob en doute. Si vous avez un jugement positif ou négatif de Donald Trump, à ce stade-ci, il risque d’être relativement bien ancré, remarque-t-il. Ce genre d’effort pourrait avoir un effet marginal si la course se resserre, croit-il.

Le Lincoln Project affirme cibler les électeurs républicains désenchantés, ceux qui ont, par exemple, voté pour les démocrates pour la première fois lors des élections de mi-mandat en 2018.

Steve Schmidt affirme que les appuis de Donald Trump fondent à vue d’œil, particulièrement chez les femmes blanches modérées du camp républicain, dégoûtées par la réponse du président sur l’enjeu du racisme, notamment.

Des divisions grandissantes

Donald Trump a creusé son retard dans les sondages ces dernières semaines. Il tire sérieusement de l’arrière dans les intentions de vote à l’échelle nationale et dans plusieurs États clés.

Des républicains qui l’avaient jusqu’ici défendu bec et ongles, comme le sénateur Lindsey Graham, prennent leurs distances et n’hésitent pas à le contredire publiquement.

Ils pourraient être de plus nombreux à le larguer à l’approche de l’élection s’il ne parvient pas à remonter la pente.

Est-ce qu’il pourrait y avoir une tentative des républicains du Congrès, notamment au Sénat, d’essayer de préserver leur majorité en prenant leurs distances face à un candidat présidentiel qui se dirige vers une défaite? C’est possible, explique Rafaël Jacob.

Le Lincoln Project prévient qu’il ne limitera pas sa campagne d’attaques au candidat présidentiel, mais inclura aussi les sénateurs qui l’ont appuyé. Ils ne sont pas des victimes. Nous allons les tenir pour responsables et faire tout en notre pouvoir pour leur faire perdre leur majorité au Sénat, explique M. Schmidt.

Pour l’aider d’ici novembre, le président ne semble pas pouvoir compter sur l’unité dans ses rangs.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Amériques

International