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Des appels au changement pour protéger les travailleurs agricoles étrangers

Un travailleur agricole taille des buissons de bleuets.

Le gouvernement fédéral affirme que certaines inspections en personne ont repris la semaine dernière.

Photo : CBC/Paul Palmeter

Mobilité professionnelle et accès à la résidence permanente presque impossibles, les contraintes imposées aux travailleurs agricoles étrangers qui viennent aider les entreprises canadiennes ont fait les manchettes durant la pandémie. Des militants et des experts espèrent que le fédéral apportera maintenant des changements.

Après la crise de la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée, l’Ontario a connu de nouveaux foyers d’infection dans les entreprises agricoles au début de l’été.

En quelques semaines, des centaines de travailleurs migrants ont été infectés, alors que le nombre de cas diminuait dans les autres sphères de la société. Trois de ces travailleurs étrangers ont même succombé au virus en Ontario. 

Ces récents événements ont ramené à l'avant-plan les enjeux liés au personnel des entreprises agricoles au pays.

Des gens font la file devant une tente. Ils portent des masques. Du personnel médical fait des tests sous la tente.

Les travailleurs de l'entreprise Mucci Farms ont été testés sur son site de Leamington à la fin du mois de juin.

Photo : Facebook/Mucci Farms

Environ 60 000 travailleurs viennent chaque année aider les entreprises agricoles du pays.

Ces travailleurs proviennent du Mexique et de pays des Caraïbes, entre autres, grâce à deux programmes fédéraux.

Au fil des ans, des témoignages de travailleurs faisant état de mauvais traitements ont fait surface.

Des agriculteurs se sont aussi défendus, soulignant que ces traitements ne constituaient pas la norme et qu’ils faisaient face à une constante pénurie de main-d’oeuvre.

Bref, l’histoire se répète, pour une énième fois, mais cette année, la situation est exacerbée par la pandémie de COVID-19.

Six travailleurs agricoles cueillent des fraises dans un champ.

Le centre de dépistage de Leamington pour les travailleurs agricoles migrants pourrait fermer ses portes faute de demande.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson/CBC

Qu’est-ce qui cloche? 

Avant notre entrevue, Dalia Gesualdi-Fecteau semble un tantinet excédée par la situation. J’ai l’impression que je répète les mêmes choses depuis 10 ans, dit-elle.

Un des principaux problèmes, selon la professeure en droit du travail à l'UQAM, c'est que les travailleurs étrangers sont sans repères au Canada, ce qui les place dans un état de servitude envers leur employeur.

La COVID-19 a révélé, une importante dépendance des travailleurs agricoles saisonniers à l’employeur, notamment pour accéder aux soins de santé.

Dalia Gesualdi-Fecteau, professeure à l'UQAM

En théorie, souligne-t-elle, les travailleurs agricoles saisonniers possèdent les mêmes droits que les autres travailleurs présents au Canada. À l'exception des lois provinciales sur le travail, qui comportent souvent des particularités quant au travail agricole. 

Des travailleurs migrants récoltent du maïs.

Trois travailleurs migrants mexicains sont décédés des suites de la COVID-19 dans le Sud de l’Ontario.

Photo : CBC/Maggie MacPherson

Mais puisque l’employeur a le pouvoir de faire expulser ces travailleurs, ces derniers hésiteront avant de dénoncer, avance la professeure à l’UQAM. 

Tous les travailleurs ont d’ailleurs entendu des histoires de collègues déportés, ajoute-t-elle.

Les employeurs ont le pouvoir ultime sur qui reste et qui se fait expulser, confirme Tanya Basok, une professeure de sociologie à l'Université de Windsor.

Mme Basok, qui étudie la situation de ces travailleurs depuis une vingtaine d'années, raconte que chaque participant au Programme de travailleurs agricoles saisonniers (Nouvelle fenêtre) (PTAS) reçoit une lettre de son employeur à la fin de son mandat.

Si les travailleurs se plaignent, disons qu’ils ne veulent pas travailler un dimanche ou qu’ils ne sont pas satisfaits de leur logement, ils n’auront probablement pas une bonne lettre, précise-t-elle. 

Un homme cueille des légumes.

Un travailleur migrant

Photo : CBC

La question des travailleurs sans statut

Environ 6000 travailleurs migrants oeuvrent chaque année dans la région de Windsor-Essex en Ontario, qui a l'une des plus fortes concentrations de serres agricoles en Amérique du Nord.

Selon les estimations de la professeure Tanya Basok, on doit ajouter 2000 travailleurs sans permis valides à ce nombre. Pendant la pandémie, plusieurs travailleurs infectés n’avaient pas de statut régularisé, ce qui complique évidemment leur accès aux soins de santé.

Parmi les nombreuses raisons qui incitent les travailleurs étrangers à travailler sans statut migratoire régularisé, la vulnérabilité est un facteur important, d’après Mme Basok.

Au lieu de perdre l’opportunité de travailler au Canada, ils quittent cet emploi et commencent à travailler sous la table pour d’autres agriculteurs. S’il y avait un tribunal ou une instance pour les travailleurs en cas d’abus, ils n’auraient pas nécessairement besoin de quitter leur emploi, soutient-elle.

Un travailleur et son tracteur devant un champ d'asperges.

Les éclosions parmi les travailleurs agricoles migrants retardent le déconfinement de Kingsville et de Leamington.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

La précarité financière peut aussi faire partie de l’équation. Mme Gesualdi-Fecteau rappelle que les travailleurs engagent d’importantes dépenses pour venir travailler au Canada, que ce soit pour leur examen médical ou pour leur visa.

Quand ils se font congédier, ils se disent : "Je ne peux pas être rapatrié, j’ai des dettes, j’ai une famille qui compte sur cet argent-là, donc je vais aller travailler sans statut régularisé", résume-t-elle.

Le dernier élément qui favoriserait le travail sans papier, ce serait le statut migratoire transitoire.

Il y a aussi des demandeurs d’asile dont le statut n’a pas encore été régularisé. La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est travailler sans statut, explique Michèle Vatz-Laaroussi, une professeure à la retraite de l’Université de Sherbrooke qui a longtemps étudié la situation de ces travailleurs.

Mme Basok suggère un mécanisme de conversion pour ceux qui travaillent au noir.

Ce n'est dans l’intérêt de personne que ces travailleurs soient sans statut. S'ils obtiennent un visa, ils auront accès au système de santé par exemple, ce qui est très important en ce moment.

Tanya Basoke, professeure à l'Université de Windsor
Des travailleurs dans une serre.

Ontario Plant Propagation est une entreprise d'agriculture en serres.

Photo : Photo offerte par Ontario Plant Propagation

La résidence permanente, une solution?

Les organismes de défense des travailleurs migrants comme Justice for Migrant Workers demandent depuis longtemps un accès facilité à la résidence permanente pour ces travailleurs.

Ça fait 54 ans que ces travailleurs viennent au Canada sans avoir la possibilité de vivre ici en tant que résidents permanents. Pour nous, c’est la solution principale pour répondre à ces problèmes du côté du gouvernement fédéral.

Chris Ramsaroop, porte-parole de l'organisme Justice for Migrant Workers

Mme Gesualdi-Fecteau prône une solution différente et pense qu’on devrait donner le choix aux travailleurs.

On pourrait certainement envisager des programmes transversaux qui s’appliquent à l’ensemble des travailleurs agricoles qui souhaitent basculer vers un statut permanent et se réinstaller de façon définitive avec leur famille ici au Canada, dit-elle. Mais avant tout, la chercheuse croit qu’il est plus que temps de revoir ces programmes. 

L’accès à la résidence permanente difficile

Contrairement à d’autres travailleurs étrangers, les participants au PTAS et au Programme des travailleurs étrangers temporaires (Nouvelle fenêtre) (PTET) ne peuvent pas présenter une demande de résidence permanente en vertu de ces programmes. S’ils veulent obtenir la résidence, ces travailleurs doivent s’inscrire à d’autres programmes d’immigration du Canada, alors qu’ils ne parlent souvent ni français ni anglais.

Marco Mendicino devant les médias.

Marco Mendicino, le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada lors de son point de presse à Ottawa le 8 juin

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le gouvernement fédéral conscient qu’il y a plus à faire

Nous sommes conscients qu’il y a plus à faire pour protéger les travailleurs étrangers temporaires au Canada. Nous continuons de renforcer les inspections et nous nous engageons à réfléchir à d’autres moyens que nous pourrions prendre pour protéger la santé et la sécurité de ces travailleurs, écrit dans un courriel Rémi Larivière, porte-parole d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Ottawa a aussi mis en place le Programme pilote sur l’immigration agroalimentaire, qui a commencé à accepter des demandes le mois dernier.

Ce programme offre une voie vers la résidence permanente pour les travailleurs expérimentés non saisonniers dans certaines industries et professions, peut-on lire sur le site (Nouvelle fenêtre) du gouvernement. 

M. Larivière ajoute qu’il est généralement avantageux pour les demandeurs de la résidence permanente d’avoir une offre d’emploi au Canada et de l’expérience de travail canadienne en tant que travailleur temporaire

Il existe aussi des façons d’obtenir la résidence permanente pour les travailleurs temporaires dans les provinces, comme le Programme ontarien des candidats à l’immigration (Nouvelle fenêtre)

Encore faut-il que les travailleurs soient au courant de ces programmes-là, note Mme Gesualdi-Fecteau.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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Toronto

Agriculture