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Un mouvement de « justiciers populaires » fait des vagues en Alberta

Un homme assis devant une maison. Des avertissements de risque pour la sécurité de la communauté, avec une grande photo de Wade Stene, sont collés sur le dossier de sa chaise.

La libération sous caution de Wade Stene a semé l'agitation dans le quartier de McQueen, en juin.

Photo : CBC / David Bajer

Radio-Canada

Wade Stene, un Edmontonien accusé d’avoir enlevé et agressé une fillette, est retourné attendre son procès en prison. Toutefois, les manifestants qui l'ont pris pour cible ne se sont pas arrêtés là. Ils s'attaquent maintenant à d'autres personnes accusées de crimes envers des enfants. Ce type de justice citoyenne comporte cependant bien des risques, selon les experts.

Sous les cris triomphants de la foule, Wade Stene a quitté la demeure de sa mère le 30 juin, pour monter à bord un véhicule de police.

Les manifestants campés depuis deux semaines devant la maison avaient obtenu ce qu’ils voulaient : l’accusé est retourné attendre son procès en prison. Il en a fait lui-même la demande, craignant pour sa sécurité.

Plusieurs des manifestants ne sont cependant pas rentrés chez eux. Ils se sont plutôt dirigés à Saint-Albert, pour manifester devant la demeure d’un autre homme. Celui-ci a emménagé dans le quartier plus tôt cette année, après avoir purgé sa peine pour contacts sexuels sur une enfant. La Gendarmerie royale du Canada l’a identifié comme un délinquant à risque élevé.

Le groupe Facebook créé pour exiger le départ de Wade Stene a changé de nom, passant de Le peuple vs Wade Stene à Le peuple vs les prédateurs. Il compte aujourd’hui 3000 membres.

Une manifestation est aussi prévue en fin de semaine prochaine à Fort Saskatchewan, cette fois devant la maison d’un père libéré sous caution en attendant son procès. Il est accusé du meurtre de son fils d’un an ainsi que de voies de fait sur un autre de ses enfants.

Le peuple vs Wade Stene

Wade Stene est accusé d’avoir attrapé une fillette de 8 ans qui rentrait chez elle et de l’avoir forcée à monter dans son véhicule en mars dernier. Il l’aurait alors agressée sexuellement avant de la relâcher dans le quartier McQueen. Dix jours plus tard, le service de police d’Edmonton (EPS) a déposé six chefs d’accusation contre lui, incluant agression sexuelle armée et enlèvement.

Wade Stene, entouré de policiers, embarque dans un véhicule de police.

Wade Stene est retourné attendre son procès en prison, après des semaines de manifestation contre sa remise en liberté.

Photo :  CBC

La Cour provinciale avait refusé de le libérer sous caution, mais la Cour du Banc de la Reine a infirmé la décision en juin. Wade Stene a alors été assigné à résidence chez sa mère en attente de son procès.

L’EPS en a averti le public, jugeant que l’accusé posait un risque important pour la communauté.

Son adresse exacte s’est retrouvée sur les réseaux sociaux et plusieurs résidents du quartier se sont mobilisés. Pendant 13 jours, les manifestants ont abondé devant la propriété.

Nathan DeVries, un résident du quartier McQueen dont la fille est amie avec la présumée victime de Wade Stene, a lancé une pétition en ligne pour demander à ce que l’accusé soit relocalisé en dehors du quartier en attendant son procès.

Il n’a pas encore plaidé coupable ou non-coupable, je comprends cela, a-t-il dit. Mais il faut reconnaître qu’un crime a été commis dans notre communauté et il est accusé. Ça, c’est factuel.

Il ajoute que la décision de le garder dans la communauté empire le traumatisme de la fillette présumément enlevée et agressée qui habite tout près. Sa pétition a récolté 17 000 signatures.

Zak Gladue, qui vit tout près du quartier a expliqué que les citoyens voulaient dénoncer une mauvaise décision du système de justice. Il a assuré que le but n’était pas d’inciter à la violence.

C’est l’histoire d’une communauté qui se rassemble pour réaliser que s’il y a un problème, nous pouvons le régler.

Zak Gladue

Il regrette toutefois les gestes de certaines personnes qui ont lancé des roches et des oeufs.

Ce n’est pas ce que nous sommes. [...] Nous ne voulons pas de violence. Nous ne voulons pas faire du mal à M. Stene ou à Mme Stene, a-t-il soutenu.

Des manifestants ont cependant rapporté que la foule est devenue de plus en plus agitée. Un nœud coulant et un cercueil ont été aperçus dans le campement. La camionnette que Wade Stene aurait présumément utilisée pour enlever la fillette a aussi été vandalisée.

L’EPS enquête présentement sur plusieurs incidents en lien avec ces manifestations.

Quelques jours après le début des pressions des résidents du quartier, la liberté sous caution de Wade Stene a été révoquée à sa demande, car il disait craindre pour sa sécurité.

Un phénomène en croissance, s’inquiète un expert

Ce type de justice citoyenne est en hausse un peu partout, croit Scott Blandford, professeur en sécurité publique de l’Université Wilfrid Laurier et ancien policier. Selon lui, l’utilisation des réseaux sociaux pour se rassembler et pour répandre de l’information qui n’est pas toujours vraie contribue au phénomène.

Il y a des attentes qui se créent dans le public qui sont : on veut des réponses et on les veut maintenant et si elles ne cadrent pas avec notre version des faits, nous allons créer l’information.

Scott Blanford, professeur en sécurité publique, Université Wilfrid Laurier

Il ajoute que les gens sont attirés par l’idée d’une justice instantanée, mais qu’obtenir la vérité prend du temps. C’est une pente très dangereuse et très glissante, dit-il.

La date du procès de Wade Stene n’a pas encore été fixée.

D'après les informations d'Andrea Huncar, David Bajer, Raffy Boudjikanian, Kory Siegers, Janice Johnston et Terry Reith

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