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Qui sont ces chantres du panafricanisme de l'ère numérique ?

Carte de l'Afrique

Les débuts du panafricanisme remontent au 19e siècle.

Photo : iStock

Au-delà de la sensibilisation contre le racisme, le mouvement Black Lives Matter relance aussi le débat sur le passé colonial et les rapports entre l’Afrique et l’Occident. Ce débat occupe d'ailleurs une place importante dans le mouvement panafricaniste.

Né en Amérique, le panafricanisme vise, entre autres, la défense des intérêts des noirs et l’union des Africains.

En Afrique comme en Occident, de jeunes noirs sont de plus en plus nombreux à s’identifier à ce mouvement.

Deijaumar Clarke est né à Toronto des parents d’origine jamaïcaine. Pour lui, le mouvement Black Lives Matter a renforcé ses convictions panafricanistes. En tant que panafricaniste, je me sens obligé de dénoncer les mauvais traitements dont les noirs sont victimes, que ce soit en Amérique ou en Afrique, déclare-t-il.

C’est à travers un cours à l’école secondaire que naît l’engagement de M. Clarke au panafricanisme.

Deijaumar Clarke

Deijaumar Clarke

Photo : Radio-Canada / Radio Canada

Je ne connaissais pas mon histoire. Tout ce que j’avais appris, c'était l'esclavage et pas grand-chose de l'Afrique. C’est une classe sur les civilisations africaines qui a changé ma vie, car j’ai lu des livres sur l’histoire du Ghana, Patrice Emery Lumumba et Thomas Sankara.

Deijaumar Clarke

Pour l’analyste et consultant en politiques et réformes éducatives, Guillaume Koffi, la crise identitaire explique en partie l’engagement de la jeunesse noire au panafricanisme.Le panafricanisme fait référence à un peuple qui veut affirmer son identité, son appartenance culturelle et qui veut se lever, mentionne l’Ontarien originaire de la Côte d’Ivoire.

Tobe Alexis Mbarga, artiste musicien et enseignant, appelle quant à lui les jeunes africains et afrodescendants du Canada à faire valoir leurs talents, car ils ont la chance d’être au Canada qui consacre tout un mois pendant l’année pour l’histoire des noirs.

Panafricanisme 2.0

L’entrepreneuse torontoise Christine Edith Dikongué se définit aussi comme panafricaniste. Pour moi, être panafricaine, c’est de partager chaque jour dans mes réseaux sociaux, au sein de ma communauté, et avec mes collègues une partie de l’histoire africaine qui me définit, explique-t-elle.

Christine Edith Dikongué

Christine Edith Dikongué est co-fondatrice de africahacks, une plateforme panafricaine destinée aux jeunes de l'Afrique et de la diaspora

Photo : Radio-Canada / Radio Canada

C’est aussi grâce à internet que la voix des militants présentés comme des porte-étendards du panafricanisme dans la diaspora a trouvé écho auprès de certains jeunes au Canada. Parmi ces leaders se trouve Mwazulu Diyabanza. L’originaire de la République démocratique du Congo est résident à la fois à Paris et à Lomé au Togo.

Avec certains membres de son mouvement Unité, dignité et courage (UDC), ils ont tenté le 12 juin de récupérer par la force des oeuvres d’art au musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris. Cette action a été diffusée en direct sur des médias sociaux. Le groupe fait maintenant l'objet de poursuite par l’État français pour tentative de vol en réunion d’un objet d’art classé.

Nous estimons qu’il est totalement suranné, inapproprié et irrespectueux que les nations occidentales, alors que les peuples africains ont accédé à leur souveraineté, ne se soient pas elles-mêmes décidées à restituer à l’Afrique ce qui lui appartient.

Mwazulu Diyabanza, porte-parole du Mouvement UDC

D'après M. Diyabanza, son mouvement est en train de répertorier les musées canadiens qui hébergent des oeuvres reconnues comme patrimoines africains.

Mwazulu Diyabanza

Mwazulu Diyabanza, porte-parole du mouvement Unité, dignité et courage

Photo : Capture du site internet officiel de mwazulu diyabanza

Cette action, que Mwazulu Diyabanza qualifie de diplomatie active, vise à permettre au peuple africain de se réapproprier sa culture et son patrimoine intellectuel et culturel.

Tobe Alexis Mbarga se reconnait dans le combat que mène M. Diyabanza. Les jeunes se révoltent parce qu'ils découvrent la vérité. Certaines personnes ont découvert l’Afrique en dehors de leur continent et c’est à travers des musées, déclare le Torontois originaire du Cameroun.

Une visiteuse regarde 4 grandes statues noires représentant des hommes.

Des œuvres d'art africain exposées au Musée des civilisations de Côte d'Ivoire à Abidjan.

Photo : AFP/Getty Images / ISSOUF SANOGO

Christine Dikongué, elle, ne comprend pas que la plupart des collections d’arts inspirées par la royauté africaine ne soient pas sur le territoire africain.

C’est comme si une des plus grandes oeuvres de la reine d'Angleterre est à Douala au Cameroun. Ce n’est pas normal qu’un Béninois ou un Camerounais quitte son pays pour aller voir des oeuvres d'arts africaines dans un musée en France.

Christine Edith Dikongué

D’après l’historienne de l’Art, Marie-Cécile Zinsou, qui s’exprimait à Radio-Canada en 2018, plus de 70 000 oeuvres d’origines africaines sont au musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Toujours selon l’historienne, plus de 90% du patrimoine historique africain se trouve en Europe.

Urgences panafricanistes est une organisation dirigée par le Franco-Béninois Kemi Seba. Cette dernière s’est fait beaucoup remarquée dans des actions et manifestations de boycott du Franc CFA, la monnaie des 15 pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette monnaie est considérée par ceux-ci comme un symbole de la domination financière et monétaire de la France.

Panafricanisme, utopie ou réalité ?

Patrick Dramé, professeur titulaire au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke. Il est un spécialiste de l’histoire de l’Afrique

Patrick Dramé, professeur titulaire au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke. Il est un spécialiste de l’histoire de l’Afrique.

Photo : Radio-Canada / Philippe Couture

Que ce soit en Afrique comme ailleurs, certaines personnes pensent que le panafricanisme ne deviendra jamais une réalité. L’écrivain et professeur assistant en études francophones et études culturelles africaines à The City University aux États-Unis, Eric Essono Tsimi est de ce nombre.

De quel panafricanisme parle-t-on ? C'est une utopie creuse et vide. Il y a de grandes utopies comme le socialisme qui étaient des constructions théoriques qui ont nourri pendant des décennies des penseurs et des acteurs politiques, s'interroge-t-il.

Ce Camerounais d’origine considère la plupart des jeunes qui se réclament actuellement du panafricanisme des influenceurs sociaux. Il ne comprend pas le fait que certains parmi ces jeunes, notamment en Europe, ne puissent pas se reconnaître dans le mouvement Black Lives Matter.

Patrick Dramé, professeur titulaire au département d’histoire de l'Université de Sherbrooke, n’est pas de cet avis.

Le panafricanisme dans sa version qui consiste à libérer les noirs des séquelles de l’esclavage et à améliorer les conditions de vie des noirs est loin d'être une utopie. C’est un objectif à atteindre.

Patrick Dramé, professeur à l'Université de Sherbrooke

Pour l’historien, que ce soit pour la lutte contre le racisme ou le mouvement panafricaniste, les noirs doivent continuer à lutter pour une meilleure intégration au sein des sociétés dans lesquelles ils vivent.

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