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Les frères Auclair : le football dans la peau

Antony Auclair (droite) et son frère Adam

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

L’un joue dans la Ligue nationale de football (NFL), l’autre est récemment devenu un choix de premier tour dans la Ligue canadienne (LCF). Alors que les chemins professionnels d’Antony et d'Adam Auclair devaient se séparer, ce printemps, la pandémie de COVID-19 a plutôt permis aux deux frères beaucerons de se rapprocher plus que jamais.

Il fait tellement humide, on se croirait en Floride, lance en riant Antony Auclair en débarquant de sa camionnette, mercredi matin, à Québec.

La Floride, l’ailier rapproché des Buccaneers de Tampa Bay devrait s’y trouver avec ses coéquipiers depuis plusieurs mois. Il a plutôt passé le printemps avec son frère cadet, à Québec, alors qu’Adam traçait sa propre voie vers les rangs professionnels.

Comme tout était fermé, j’ai loué du matériel dans un centre d’entraînement. Des poids libres, des élastiques et un banc. J’ai tout mis dans ma boîte de pick-up, raconte Antony Auclair.

Durant des mois, les frères se rendaient quotidiennement dans un stationnement de Lebourgneuf pour installer, à l’extérieur, leur gymnase de fortune. Un terrain vague avoisinant complétait les installations. De quoi leur rappeler les interminables soirées passées devant la maison familiale de Notre-Dame-des-Pins, à l’adolescence, à se bousculer pour le ballon ovale en s’imaginant jouer dans les rangs professionnels.

Antony et Adam prennent la pause au milieu d'un gym.

Les frères Antony et Adam Auclair ont profité du confinement des derniers mois pour s'entraîner ensemble.

Photo : Radio-Canada

De compétitives retrouvailles

Mon frère est parti de chez nous quand j’avais 15 ans et, depuis ce temps-là, on se voyait une fois de temps en temps, mais c’était plutôt rare, lance Adam Auclair, 24 ans, un choix de premier tour du Rouge et Noir d’Ottawa, en avril dernier.

Antony et lui se sont succédé sans se croiser dans l’uniforme des Cougars du Collège Champlain-Lennoxville. Ils ont ensuite porté les couleurs du Rouge et Or de l'Université Laval durant une même saison, en 2016, avant que l'aîné ne poursuive sa route dans la NFL. L’un jouant en défense, l’autre en attaque, dans une équipe de quelque 80 joueurs, la proximité n’était toutefois pas la même que celle des derniers mois.

On s’est vus tous les jours. Pour vrai, c’était plaisant, admet Antony, 27 ans. Pour notre complicité, mais aussi parce qu’on a toujours été compétitifs l’un envers l’autre. S’entraîner ensemble, je pense que ça nous a rendus meilleurs.

Antony Auclair

Antony Auclair à l'époque où il portait les couleurs du Rouge et Or

Photo : Rouge et Or de l'Université Laval

Avec une quarantaine de livres de moins sur sa charpente, son petit frère est un peu moins fort que lui, échappe l’aîné, moqueur. Pour le pousser, je lui dis qu’il manque de carburant. Je pense que ça réveille le dragon chaque fois.

Techniquement, il est censé lever plus que moi, mais ce n’est pas tout le temps ça qui arrive, réplique Adam, sourire en coin.

Une histoire de famille

Leur rivalité fraternelle ne date pas d’hier. Trois ans plus vieux, Antony est le premier à avoir enfilé les épaulettes, dès le primaire. Il avait vu un match à la télévision. À huit ans, il a voulu essayer, comme quart-arrière, une position qu’il a conservée jusqu’au cégep.

J’allais voir ses matchs et après on se lançait des ballons dans la cour chez nous, relate Adam. J’aimais attraper le ballon et feinter, mais quand j’ai commencé à jouer, j’ai compris que ça pouvait être physique et j’aimais ça. Donc, vite, j’ai transféré en défense.

Antony Auclair a un bras autour de chacun de ses deux parents.

Les cinq enfants de Julien Auclair et Marie-Andrée Quirion ont tous pratiqué du sport de haut niveau.

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

La voie était ouverte pour les fameux matchs disputés sans équipement dans la rue devant la maison familiale, été comme hiver.

On jouait quasiment tous les soirs avec Adam et des amis. Dans la neige, ce qui était cool, c’est qu’on pouvait se plaquer, raconte Antony, conscient que le défi était plus grand pour son petit frère.

Antony se tenait avec des gars plus vieux, donc je jouais contre des gars de quatre ou cinq ans de plus que moi. Ce n’est pas rare que je ressortais avec des blessures, mais on se relevait et on rejouait le lendemain avec encore autant de plaisir.

Adam Auclair

Une saison incertaine

Une quinzaine d’années plus tard, le calibre a beaucoup augmenté. Le nombre de spectateurs aussi, mais le plaisir de jouer au football est toujours le même.

Sachant que les Québécois dans la NFL se comptent sur les doigts d’une main et que quelques-uns seulement entendent leur nom au premier tour du repêchage de la LCF, le cheminement des deux frères relève du tour de force.

Moi, je ne suis pas encore tout à fait un joueur professionnel, mais je pense qu’on peut être fiers de ce qu’on a accompli. On vivait pour ce rêve-là depuis longtemps, admet Adam Auclair, dont les trois sœurs ont aussi pratiqué du sport de haut niveau.

Adam Auclair s'apprête à attraper un ballon.

Adam Auclair à l'entraînement

Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

S’il ne se considère pas encore totalement comme un professionnel, c’est que l’incertitude plane toujours sur la saison 2020 de la LCF. Il n’a donc toujours pas mis ses épaulettes avec le Rouge et Noir.

Si la saison commence rapidement, je n’ai aucune idée comment je vais avoir le temps d'assimiler le cahier de jeu, explique Adam. Est-ce que les recrues vont être un peu mises de côté cette année?

L’idée de revenir jouer une cinquième saison avec le Rouge et Or pour terminer ses études en enseignement de l’éducation physique n’est pas exclue. Nommé joueur défensif par excellence dans le réseau universitaire canadien en 2018, Adam a certainement laissé sa propre marque à l’Université Laval. Il ne cache toutefois pas qu’il aime l’idée de jouer dans une équipe où son frère ne l’a pas précédé, comme le Rouge et Noir.

Je me suis souvent fait questionner sur mon frère parce qu’on avait un cheminement similaire. Là, ça va être un chemin différent et j’ai hâte de voir ce qui va se passer.

Une saison excitante pour les Buccaneers

Quant à Antony, la saison s’annonce particulièrement excitante avec l’arrivée chez les Buccaneers de deux des meilleurs joueurs de l’histoire de la NFL à leur position, le quart-arrière Tom Brady et l’ailier rapproché Rob Gronkowski.

En Brady, Auclair voit un joueur légendaire voulant gagner à tout prix. En Gronkowski, quelqu'un de qui il pourra apprendre à l’entraînement.

Antony Auclair tient le ballon en courant vers l'avant.

Antony Auclair pendant un match contre les Seahawks de Seattle en novembre 2019.

Photo : Getty Images / Otto Greule Jr

Sur papier, on a une bonne équipe, il faut juste commencer à travailler et bâtir une cohésion. Ce qu’on ne fait pas en ce moment, parce qu’on ne peut pas être ensemble.

La suite des choses ne s’annonce pas simple non plus dans la NFL. L’ailier rapproché québécois doit s’envoler pour Tampa Bay le 23 juillet afin de participer au camp d’entraînement des siens, le tout alors que la Floride est l’un des endroits les plus frappés au monde par la COVID-19.

C’est dur de dire comment ça va affecter la saison. Personne ne le sait vraiment, lance le colosse beauceron.

Qu’à cela ne tienne, il profite des quelques semaines d’entraînement qui lui restent avec son frère cadet, à Québec, avant que les deux n’aillent faire résonner le nom Auclair de chaque côté de la frontière.

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