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La mère et le frère de Justin Trudeau ont reçu des honoraires de l'organisme UNIS

Le Bloc québécois demande au premier ministre de se retirer de ses fonctions le temps que la lumière soit faite.

Mme Trudeau sur scène, les mains en prière.

Margaret Trudeau s'adressant au public lors d'un événement WE Day à Toronto, le 20 septembre 2018.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Radio-Canada

Des membres de la famille du premier ministre Justin Trudeau ont déjà été payés par une association caritative au cœur d'une enquête pour conflits d'intérêts. Margaret et Alexandre Trudeau ont reçu plus d’un quart de million de dollars pour avoir participé à des événements de l'organisme UNIS, selon les informations obtenues par CBC.

L’organisme de charité a fourni au réseau anglais de Radio-Canada des détails sur les honoraires payés à la mère et au frère du premier ministre pour leur participation, comme conférenciers, à plusieurs événements tenus au cours des dernières années.

Ainsi, de 2016 à 2020, Margaret Trudeau a pris part à une trentaine d'activités, touchant environ 250 000 $ en honoraires, alors qu'Alexandre (Sacha) Trudeau a pris la parole à huit occasions, empochant quelque 32 000 $.

UNIS avait pourtant démenti l'existence de liens financiers avec le premier ministre et ses proches, récemment, en réponse aux questions des journalistes. L’organisme n’a jamais payé d’honoraires [à la famille Trudeau] pour leur participation à nos événements, soutenait-il.

Ses dirigeants invoquent aujourd'hui une erreur d'administration, affirmant que Margaret et Alexandre Trudeau auraient dû être payés par une société affiliée, ME to WE, pour leur participation aux événements en question.

Plan moyen d'Alexandre Trudeau

Alexandre (Sacha) Trudeau

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Un contrat controversé

Ce nouveau rebondissement place Justin Trudeau dans une situation hautement inconfortable.

L'organisme UNIS – connu sous le nom de WE Charity, en anglais – avait été choisi par le gouvernement fédéral pour distribuer les 900 millions de dollars de la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant. Mais l'octroi de ce contrat, sans appel d'offres, avait provoqué une levée de boucliers en raison de liens apparents entre l'organisme et la famille Trudeau.

Vendredi dernier, le gouvernement fédéral a finalement annoncé que la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant ne serait plus gérée par UNIS, précisant que la décision avait été prise en commun accord avec l’organisme.

Entre-temps, le bureau du commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique a ouvert une enquête sur la conduite du premier ministre Trudeau dans ce dossier, lui qui a déjà publié deux rapports concluant qu'il avait enfreint la loi, en séjournant sur l'île privée de l'Aga Khan et en tentant d'influencer une procédure judiciaire dans l'affaire SNC-Lavalin.

Le Parti conservateur a également réclamé une enquête de la vérificatrice générale Karen Hogan.

Plan rapproché de Justin Trudeau.

Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Justin Trudeau essaie de prendre ses distances

En réponse à la publication des honoraires versés à Margaret et Alexandre Trudeau par UNIS, le bureau du premier ministre a rappelé que les proches du premier ministre [étaient] impliqués auprès d’organisations diverses et [qu'ils soutenaient] plusieurs causes personnelles de leur propre chef.

Ce qui est important de garder en tête ici, c’est qu’il est question d’un organisme de charité qui soutient des étudiants, a-t-il rappelé dans une courte déclaration transmise à CBC.

La Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant sert à donner des opportunités aux jeunes pour qu’ils puissent contribuer à leur communauté, et non pour les bénéfices de qui que ce soit d’autre, a indiqué le bureau du premier ministre, sans émettre d'autres commentaires.

Le Bloc réclame le retrait temporaire de Trudeau

Ces révélations ont immédiatement suscité la réprobation de l’opposition.

La réaction la plus vive est venue du troisième parti aux Communes, le Bloc québécois, selon qui le premier ministre [devrait] se retirer temporairement de ses fonctions, le temps que la lumière soit faite.

La nature des allégations, l’importance des sommes, l’apparence grossière de conflit d’intérêts, la possibilité qu’il y ait éventuellement des enquêtes à caractère criminel dans ce dossier font qu’il est impossible que le premier ministre continue à exercer sa fonction, a fait valoir Yves-François Blanchet par communiqué.

Le chef bloquiste ne réclame pas la démission du premier ministre. Mais il estime que celui-ci devrait, de façon temporaire, se retirer et confier les rênes de l’État à la vice-première ministre [Chrystia Freeland], à qui il offre toute [sa] collaboration.

Je pense que le premier ministre doit faire un pas de côté [et] céder sa place à la vice-première ministre.

Yves François Blanchet, en entrevue à Radio-Canada
Plan moyen d'Yves François Blanchet.

Yves François Blanchet.

Photo :  Radio-Canada

L'opposition conservatrice a également tiré à boulets rouges sur Justin Trudeau après ces révélations scandaleuses, l'accusant d'avoir accordé un contrat de près d'un milliard de dollars à un organisme de bienfaisance qui non seulement est étroitement lié au Parti libéral, mais qui a donné près de 300 000 dollars à sa famille.

Son lieutenant Alain Rayes s'est dit choqué par cette histoire. C'est un manque de jugement flagrant, a-t-il déclaré. Pensez-vous sincèrement que le premier ministre n’était pas au courant?

Le néo-démocrate Alexandre Boulerice se questionne lui aussi sur le jugement du premier ministre et la culture des libéraux, [qui] pensent que tout leur est permis.

Le député de Rosemont–La Petite-Patrie et chef adjoint du NPD note que jamais un premier ministre n’a fait l’objet d’autant d’enquêtes pour conflits d’intérêts. D’après lui, Justin Trudeau ne peut pas plaider l’ignorance.

Qualtrough et Chagger témoigneront en comité

Enfin, le comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires – composé de 10 députés, dont cinq libéraux – a voté jeudi en faveur d'une motion qui donnera l'occasion à ses membres de se pencher sur l'attribution du contrat controversé à UNIS.

Cette « étude d'urgence » s'étalera sur quatre réunions. Elle aura notamment pour objectif de comprendre les raisons pour lesquelles la fonction publique fédérale n'était pas en mesure de gérer la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant.

Les ministres Carla Qualtrough (Emploi et Développement de la main-d'oeuvre) et Bardish Chagger (Diversité, Inclusion et Jeunesse) seront notamment appelées à témoigner.

Depuis le début de la controverse, le premier ministre Trudeau soutient et répète que c'est la fonction publique – et non le Bureau du Conseil privé – qui a pris la décision de confier le contrat de gestion de la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant à l'organisme UNIS.

Avec la collaboration de Christian Noël

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