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Il faut « plus qu'un slogan » : des sportifs se confient sur le racisme

Une pancarte sur laquelle est écrit : Black lives matter ici aussi

Un manifestant lors d'un rassemblement au Canada pour dénoncer le racisme et la violence policière, après la mort de George Floyd aux États-Unis (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le mouvement Black Lives Matter fait son chemin dans le monde du sport canadien. Dans une lettre ouverte publiée jeudi matin, une quarantaine d’athlètes et d’entraîneurs afro-canadiens de haut niveau décrivent leur parcours parfois difficile et leur espoir pour l’avenir. Des témoignages qui résonnent chez plusieurs intervenants sportifs d’Ottawa.

En lisant ça, ça m’a fait penser à beaucoup, beaucoup de choses qui se sont passées dans ma carrière, raconte Jean-Marc Edme. Quand j’ai pris la décision de faire ce que je fais, beaucoup de monde m’ont dit : “Tu ne vas pas y arriver, il n’y a pas de gens comme toi, fais autre chose”

Aujourd’hui, le directeur du personnel des joueurs du Rouge et Noir d’Ottawa fait mentir ses détracteurs en amorçant sa 14e saison dans la LCF. Il croit néanmoins que la couleur de sa peau l’oblige toujours à travailler plus fort et le place sur un siège plus facilement éjectable.

J’ai toujours su que moi, je suis plus facile [ou plus vite] à remplacer que quelqu’un de couleur blanche.

Jean-Marc Edme, directeur du personnel des joueurs du Rouge et Noir d’Ottawa

Le soulèvement planétaire contre le racisme des dernières semaines l’a poussé à prendre des actions pour améliorer la situation dans son milieu de travail.

Le natif de Montréal-Nord a interpellé les dirigeants l’OSEG — propriétaires du Rouge et Noir — en plus d’écrire une lettre à la LCF pour les inciter à inclure davantage de personnes issues des communautés ethnoculturelles, mais aussi des francophones et des femmes.

J’espère que la ligue va faire plus qu’un t-shirt, qu’un slogan sur la diversité.

Jean-Marc Edme, directeur du personnel des joueurs du Rouge et Noir d’Ottawa

Dans les bureaux, que ce soit administratif, que ce soit les opérations football, quand tu comptes une personne à la fois, il y a vraiment une inégalité. Il y a moins du tiers de personnes de couleur, souligne Edme.

Il se réjouit que ses suggestions aient été accueillies favorablement par Mark Goudie, le président-directeur général d’OSEG, mais l’homme de football attend toujours une de réponse de la LCF.

George Floyd comme catalyseur

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, explique Jean-Sorphia Guillaume en parlant de la mort de Georges Floyd aux mains de policiers de Minneapolis. Depuis, l’entraîneur-chef des Tigers de St-Matthews assiste avec enthousiasme à une prise de conscience dans le monde du sport.

Je pense que beaucoup le savaient et que beaucoup étaient silencieux, souligne l’ex-joueur de football. Mais maintenant que la lumière est mise là-dessus, les choses doivent changer.

Pour Guillaume, la prise de parole d’athlètes influents est cruciale pour faire avancer le débat, même quand ils s’exposent parfois à des représailles.

Un homme devant un microphone en studio

L’entraîneur des Tigers de l’école secondaire St-Matthew du secteur d’Orléans, Jean-Sorphia Guillaume.

Photo : Radio-Canada / Manon Bouvier-Nerbonne

Il souligne notamment le cas de Colin Kaepernick, un joueur de football américain qui a affiché ses convictions en s’agenouillant pendant l’hymne national en 2016. Depuis cette saison, le quart-arrière n’a plus trouvé de boulot dans la NFL.

Si personne ne dénonce, il n'y aura aucun changement, fait valoir Guillaume.

Pas toujours égal

Osvaldo Jeanty a lui aussi vécu le racisme au début de sa carrière professionnelle de basketball, notamment lorsqu’il jouait en Allemagne.

Osvaldo Jeanty pendant une entrevue sur un terrain de basketball.

Osvaldo Jeanty, entraîneur-chef des BlackJacks d'Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada

T’arrives dans une ville où s’il y a 12 000 personnes, il y a seulement peut-être cinq Noirs qui sont Américains ou Canadiens. Donc, c’est facile de vraiment sortir [du lot], explique celui qui est maintenant entraîneur des BlackJacks d’Ottawa.

C’est quelque chose que tu dois accepter. Comme mes parents me disaient, il faut que tu sois meilleur.

Osvaldo Jeanty, entraîneur des BlackJacks d'Ottawa

La carrière de Ben Etheve-Meek l’a aussi mené aux quatre coins du globe — pas en basketball, mais en tennis. L’entraîneur originaire des Seychelles dit aussi avoir vécu des incidents racistes, mais ne va pas jusqu’à affirmer que sa couleur de peau l’a bloqué dans sa carrière.

Peut-être que c’est arrivé et que je ne l’ai pas réalisé parce que ce n’est pas quelque chose que je mets vraiment en avant. Mais j’ai entendu parler de choses comme ça de la part de collègues par le passé, donc c’est sûr que ça existe , explique un des directeurs de l’école de tennis Noble à Ottawa.

Le sport pour rassembler

Comme Guillaume, Etheve-Meek croit que la prise de parole d’athlètes peut contribuer à faire progresser la conversation sur le racisme.

Ils ont une voix plus forte, ils ont une habileté à toucher beaucoup de monde. C’est une opportunité unique et ils ont besoin de laisser parler leur coeur, explique celui qui a vu le tennis se diversifier avec les années.

Au tennis comme au basketball ou au football, les intervenants du milieu s’entendent d’ailleurs pour dire que la cohabitation de plusieurs cultures dans un contexte compétitif permet de créer des ponts.

C'est ça qui est spécial à propos du sport. Que tu sois de n'importe quelle couleur, t'es un bon joueur de basket ou tu n'es pas un bon joueur de basket. Ça, c'est le respect entre athlètes, conclut Osvaldo Jeanty, qui souhaite éviter à la prochaine génération de traverser les mêmes épreuves.

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