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La pandémie, source de stress intense pour les parents

Environ 80 % des répondants ont trouvé le télétravail difficile avec de jeunes enfants.

Un homme travaille en compagnie de sa fille et de son garçon à ses côtés.

Près des trois quarts des répondants à une étude de Statistique Canada ont dit avoir eu comme première préoccupation de devoir concilier travail et famille durant la pandémie.

Photo : Getty Images / AleksandarNakic

Selon les données recueillies par Statistique Canada auprès de 32 000 personnes, le confinement a suscité stress et anxiété pour les parents, particulièrement ceux en télétravail avec de jeunes enfants. De plus, la situation d'enfants vulnérables reste plus que jamais préoccupante, rappelle la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Routine bouleversée, conciliation travail-famille entre quatre murs ou perte soudaine d'emploi : la pandémie de coronavirus a profondément changé le mode de vie des familles, des parents et des enfants au pays, affirment d'entrée de jeu les analystes de Statistique Canada dans leur rapport, rendu public jeudi.

Pour décrire les répercussions de cette période sans précédent sur les familles, Statistique Canada a procédé selon une approche participative. Ce sont en majorité des femmes nées au Canada et titulaires d'au moins un baccalauréat qui ont répondu au questionnaire en ligne, entre le 9 et le 22 juin dernier.

C'était prévisible : les réponses illustrent qu'une grande proportion des parents ont éprouvé du stress à jongler avec de multiples responsabilités et qu'ils se sont préoccupés de la manière dont leurs enfants traversaient cet épisode.

La principale préoccupation était la conciliation des soins aux enfants, de l'enseignement et du travail : 74 % des participants ont déclaré se sentir très ou extrêmement préoccupés par ce facteur, révèle le rapport.

La nécessité de faire du télétravail tout en s'occupant d'enfants privés d'école et de service de garde a été source de stress, particulièrement pour les parents d'enfants de moins de 11 ans. 80 % de ces participants étaient très ou extrêmement préoccupés par rapport à 55 % des participants ayant seulement des enfants d'âge scolaire plus avancé, disent les auteurs du rapport.

« Moins de patience... »

Les capacités parentales ont été mises à rude épreuve. Près de la moitié des parents ayant répondu à l'enquête se sont dits très ou extrêmement préoccupés par le fait d'avoir moins de patience, d'élever la voix, de réprimander leurs enfants ou de crier après eux.

Deux parents sur trois ont dit avoir été très ou extrêmement préoccupés d'avoir à gérer les comportements de leurs enfants, de même que le stress et les émotions ressentis par ces derniers.

De toute évidence, selon les chercheurs [...], ces semaines éprouvantes pourraient avoir des conséquences sur la santé mentale des personnes, probablement des parents [...].

Des experts en santé mentale ont d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme à la mi-juin parce qu'ils appréhendent un pic de problèmes, dans l'ensemble de la population.

Contrairement aux données des autres enquêtes menées par Statistique Canada, les données obtenues grâce à l'initiative par approche participative ne sont pas recueillies au moyen d'un plan de sondage reposant sur un échantillonnage probabiliste. Par conséquent, les résultats ne reflètent que les réponses des personnes qui ont rempli le questionnaire et ne peuvent donc pas être généralisés à l'ensemble de la population canadienne.

Baisse « dramatique » des signalements à la DPJ

Des dessins d'arcs-en-ciel dans la fenêtre d'un service de garde.

Les enfants ont coloré des arcs-en-ciel, devenus symboles d'espoir durant la pandémie de coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Mélissa Savoie-Soulières

Dès le 23 mars, soit peu après la déclaration de l'urgence sanitaire au Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) s'est publiquement inquiétée des impacts de la crise du coronavirus sur les enfants plus vulnérables. La Commission a appelé chaque citoyen à faire preuve d'une grande vigilance pour repérer des enfants en détresse.

Cet appel a-t-il été entendu? On ne le sait pas, affirme Suzanne Arpin, vice-présidente du mandat jeunesse à la Commission, parce que les taux de signalement ont chuté de façon dramatique auprès des directeurs à la protection de la jeunesse (DPJ). C'est extrêmement inquiétant.

Les gens ont des limites à s'introduire dans la vie des autres, poursuit-elle pour expliquer la réticence des citoyens devant l'obligation qui leur est faite de veiller au bien-être des enfants, dans la collectivité.

Au Québec, quand on croit que la sécurité ou le développement d'un enfant est compromis, il est obligatoire de le signaler au DPJ en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse.

Je ne sais pas comment ça va pouvoir être repris, dit encore Suzanne Arpin, faisant référence à ces mois durant lesquels le filet social - écoles, milieux de garde et organismes communautaires - n'a pu jouer son rôle protecteur.

J'ai beaucoup de crainte de ce qui résultera des signalements quand ils vont recommencer à sortir, quand nous aurons un aperçu plus précis de ce qui a pu se passer durant la pandémie.

Suzanne Arpin, vice-présidente du mandat jeunesse de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec

Des enfants qui ont faim

Mme Arpin rappelle qu'avoir à s'adapter au télétravail ou se retrouver brutalement sans emploi, c'est très stressant : Il faut réfléchir tous les jours à mettre de la nourriture sur la table avec des enfants complètement déphasés, qui ne savent plus quoi faire de leur corps.

En temps normal, au Québec, plusieurs dizaines de milliers d'enfants mangent le matin à l'école grâce à des initiatives comme le Club des petits déjeuners.

Bien que cet organisme en particulier ait rejoint des familles durant la pandémie grâce à son réseau de partenaires, des enfants se sont quand même retrouvés le ventre creux.

Il y a des parents qui se fient là-dessus [l'école] non seulement pour que leur enfant mange le matin, mais aussi le midi, dit Kevin Roy, qui préside la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ).

Mardi, Moisson Montréal a d'ailleurs lancé un appel pour répondre aux besoins en nourriture des citoyens éprouvés par la pandémie.

Confusion dans les consignes

D'après la Fédération des comités de parents du Québec, la pandémie a illustré à quel point... le réseau de l'éducation n'était pas prêt à faire face à pareille situation.

Je ne blâme personne, précise Kevin Roy, c'était une première! Mais les consignes n'étaient pas claires et c’est l’un des enjeux qui a rendu difficile la conciliation travail-famille.

Les consignes du ministère de l'Éducation du Québec, notamment : Elles étaient interprétées différemment selon les écoles, les commissions scolaires et même les enseignants, dit Kevin Roy. Dans cette confusion, c'était toute une tâche pour les parents de motiver leur écolier ou leur adolescent à faire ce qui était exigé de lui.

Par-dessus le marché, les parents devaient composer avec les rendez-vous fixés par les enseignants, pour leur enfant, par l'intermédiaire de différentes plateformes. D’une école à l’autre, d’un enseignant à un autre, les plateformes étaient différentes, explique M. Roy.

Ce fut tout un casse-tête pour les familles où l'aîné avait un rendez-vous sur Zoom à telle heure, le cadet sur Google Meet à une autre heure et le benjamin sur Messenger. On a même eu des cas où un seul et même enfant avait deux rendez-vous à la même heure, raconte Kevin Roy.

Résultat : dans une rencontre obtenue récemment avec le ministère, les représentants de la FCPQ ont plaidé pour que le réseau entier recoure aux mêmes plateformes.

C'est sans compter la difficulté, voire l'impossibilité pour certaines familles d'avoir accès à Internet.

J’habite en région. J’ai Internet, mais j’ai des amis qui n’ont pas accès à la haute vitesse. D’autres n’ont même pas le cellulaire. Il faut penser à ça.

Kevin Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec

Les parents ont besoin d'aide

Dans l'éventualité où le confinement s'imposerait de nouveau ou qu'un autre genre de catastrophe priverait les enfants d'école, la Fédération demande au ministère de mieux encadrer les parents sur le plan académique.

Dans le cadre d'un sondage mené par la FCPQ auprès de 43 000 parents, au début de juin, 63 % d'entre eux ont dit qu'ils n'étaient pas en mesure de soutenir leur enfant dans ses études, surtout s’ils doivent travailler à plein temps.

Ce n'est pas scientifique comme sondage, mais ça montre que les parents ont besoin d'aide, dit Kevin Roy.

Et si les élèves ne devaient fréquenter l'école qu'un jour sur deux, par exemple, pour respecter des règles de distanciation, il faudrait prévoir un service de garde, dit encore M. Roy.

Parmi les parents ayant répondu au sondage de la Fédération, 41 % n’ont pas de plan B pour les jours où leur rejeton devrait rester à la maison.

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