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Une nouvelle vague de dénonciations déferle sur le Québec

Les allégations d’agressions et de harcèlement sexuels se multiplient depuis quelques jours sur les réseaux sociaux.

Maripier Morin fait l'objet d'une allégation de harcèlement sexuel de la part de l'autrice-compositrice-interprète Safia Nolin.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Ouellet de Bonsound

Depuis quelques jours, les témoignages de personnes qui disent avoir été victimes de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol se multiplient sur les réseaux sociaux, un phénomène qui s’apparente aux vagues #AgressionNonDénoncée, en 2014, et #MoiAussi, en 2017. Les allégations se comptent actuellement par centaines sur Instagram.

Certaines de ces personnes n’hésitent pas à dévoiler l’identité de leur prétendu agresseur, une liste qui s’allonge et parmi laquelle se trouvent des personnalités connues. C’est le cas de l’animatrice Maripier Morin, qui a fait l’objet d’une dénonciation de la part de l’auteure-compositrice-interprète Safia Nolin.

Cette dernière a publié un témoignage sur son compte Instagram, mardi, décrivant une soirée bien arrosée de 2018, où l’animatrice l’aurait harcelée sexuellement et aurait tenu des propos racistes, allègue-t-elle.

Ce n’est pas parce que la personne en question est une femme et mesure 4 pieds 11 que ce n’est pas du harcèlement sexuel. Ça fait deux ans que j'essaie de me rentrer ça dans la tête. Ses propos restent du harcèlement, peu importe qui le fait vivre à qui, a notamment déclaré Safia Nolin.

Sans nier les faits, Maripier Morin a réagi en présentant ses excuses, mercredi, sur son propre compte Instagram. Je n’aurais pas su lire ou comprendre la limite que j’aurais pu franchir. Si tel fut le cas, je m’excuse encore et suis toujours profondément désolée, a-t-elle expliqué.

L’animatrice a aussi souligné avoir elle-même vécu des situations d’excès et d’abus de la part de certaines personnes. C’est déplorable de réaliser qu’il m’est arrivé d’être l’une de ces personnes ce soir-là, a-t-elle ajouté, spécifiant qu’elle avait tenté de joindre Safia Nolin, mais que celle-ci ne souhaitait pas lui parler.

L’auteure-compositrice-interprète n’a pas non plus souhaité accorder d’entrevue à Radio-Canada.

En soirée, la compagnie montréalaise Blush Lingerie a par ailleurs annoncé sur les réseaux sociaux qu'elle se dissocie de Maripier Morin et qu'elle met fin à toute collaboration avec elle. L'abus, quel qu'il soit, et ce type de comportement n'ont jamais été et ne seront jamais tolérés par nous, a écrit l'entreprise.

Blush s’est toujours efforcé et s’efforcera toujours de rester un espace sûr pour toutes les femmes partout dans le monde, où le soutien et le respect mutuels sont de la haute importance, a-t-on ajouté.

« Le téléphone ne dérougit pas »

Le cas de Maripier Morin et Safia Nolin, bien que médiatisé en raison de la popularité des deux femmes, n’en est qu’un parmi tant d’autres. Il y a près d'une semaine, Sabrina Comeau a, elle aussi, raconté son histoire sur Instagram. Rapidement, des centaines de femmes l'ont imitée.

Les femmes, on se sent toutes seules quand ça nous arrive et maintenant, je réalise que je ne suis vraiment, mais vraiment pas seule, a-t-elle confié.

En ce moment, je pense qu'il doit y avoir à peu près 500 messages dans ma boîte qui dorment, a précisé la jeune femme. Quelque 500 messages, sans compter les centaines de témoignages déjà rendus publics.

Si mon témoignage a fait bouger les choses comme ça, c'est qu'il y a une raison. C'est qu'il y a beaucoup de femmes qui sont touchées par ça, a-t-elle souligné.

À la clinique juridique Juripop, qui a mis sur pied il y a un peu plus d’un mois un programme spécial dédié aux victimes de crimes à caractère sexuel, le constat est le même : le téléphone ne dérougit pas. Depuis lundi matin, on compte un appel toutes les 15 ou 20 minutes, a assuré la directrice générale de la clinique, l’avocate Sophie Gagnon.

C'est important de se rappeler que les violences à caractère sexuel, c'est le seul crime violent au Canada dont l'occurrence ne diminue pas. Donc c'est vraiment, malheureusement, un fléau de société.

Me Sophie Gagnon, directrice générale, clinique Juripop

Mercredi, la ministre québécoise responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, n’a pas hésité à qualifier les agressions à caractère sexuel de fléau.

Comme ministre responsable de la Condition féminine, je suis profondément touchée par la situation, a-t-elle fait savoir. Je crois sincèrement que personne ne devrait subir de tels gestes et qu’à force d’éducation et d’empathie envers les victimes, on peut enrayer ce fléau.

La ministre a aussi rappelé que le délai de prescription pour les agressions à caractère sexuel a récemment été aboli par le gouvernement, de manière à ce que les victimes puissent obtenir justice, même plusieurs années après les faits.

Une tendance dangereuse?

Cette tendance à vouloir se faire justice sur les réseaux sociaux inquiète certaines personnes, dont l'avocate-criminaliste Danièle Roy, qui la qualifie même de dangereuse. Elle craint le tribunal de l’opinion publique.

On vit dans un pays démocratique et on s'est donné des règles de droit, justement parce qu'on ne veut pas que les citoyens se fassent justice eux-mêmes. C'est un penchant qui est dangereux, soutient Me Roy.

La sociologue Sandrine Ricci croit pour sa part qu’il faut considérer le mouvement dans un contexte social bien précis. C'est important de considérer ça pour ce que c'est, c'est-à-dire un mouvement qui exprime l’exaspération. Par rapport à quoi? Par rapport aux failles du système de justice, par rapport à une normalisation, une banalisation sociale importante des violences sexuelles, a-t-elle expliqué.

Pour Me Sophie Gagnon, de la clinique Juripop, cette tendance à dénoncer publiquement au lieu de suivre le cours normal de la justice est le symptôme d’un malaise qui persiste dans la société quant aux crimes à caractère sexuel. C’est encore très tabou de dénoncer, et quand il y a des leaders autour de nous qui le font, ça crée un effet domino qui donne confiance aux personnes pour libérer leur parole.

Si on continue de se tourner vers les médias sociaux et vers les médias traditionnels plutôt que le système de justice, je pense que ça montre [...] qu’on a encore du travail à faire pour adapter le système de justice à la réalité des personnes victimes et des survivantes pour regagner leur confiance.

Me Sophie Gagnon, directrice générale, clinique Juripop

Il est vrai que naviguer dans le système de justice peut être difficile pour les victimes. Il y a encore un besoin d'éducation juridique, croit aussi Me Gagnon.

Une question qui nous a été posée énormément en 2017, pendant le mouvement #MoiAussi, et qui revient depuis ce week-end, à titre d'exemple, c'est tous les enjeux entourant la diffamation, ça crée énormément de craintes chez les personnes qui souhaitent dénoncer.

Selon elle, les personnes qui ont vécu des violences à caractère sexuel sont les mieux placées pour savoir ce qui est le mieux pour elles pour obtenir justice. Des fois, ça passe par le système de justice, puis des fois, non.

Le Service de police de la Ville de Montréal n’a pas voulu confirmer s’il avait reçu plus de plaintes qu’à l’habitude pendant cette nouvelle vague de dénonciations.

Avec les informations de Kim Vermette et de l’émission Le 15-18

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