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Pénurie de foin en vue dans l'ensemble du Québec

Une balle de foin.

La chaleur et le manque de précipitations sont catastrophiques pour les foins.

Photo : Radio-Canada / Trevor A Bothorel

La chaleur et, surtout, le manque de précipitations ont entraîné une récolte catastrophique de foin lors de la première coupe de la saison, si bien que les producteurs et les éleveurs du Québec foncent droit vers une pénurie généralisée. L'Union des producteurs agricoles, la Financière agricole et le ministère de l'Agriculture ont formé une cellule de crise.

La situation est particulièrement alarmante cette année, car l'ensemble des régions du Québec, surtout dans la vallée du Saint-Laurent, sont touchées par une sécheresse précoce. Les quantités de pluie ont été exceptionnellement faibles en mai et en juin : presque toutes les régions ont reçu la moitié des précipitations habituelles.

Cette année, ce qui est particulier, c'est qu'on a une sécheresse très tôt en saison. Le manque d'eau du mois de mai a limité la croissance des plantes. Résultat : on a environ 70 % de pertes, comparé à une année normale.

Éric Desrosiers, producteur de foin et consultant spécialisé en plantes fourragères
Un homme portant une casquette posant devant un champ.

La culture du foin, c'est la passion d'Éric Desrosiers. Mais il trouve l'année 2020 particulièrement difficile.

Photo : Radio-Canada / Éric Desrosiers

L'Union des producteurs agricoles évoque des pertes de production de 50 % à 80 % jusqu'à maintenant, selon la région. Sachant que la première coupe représente environ 60 % de la production totale de la saison, il s'agit d'un manque à gagner insurmontable, selon le producteur Éric Desrosiers.

Un rendement gravement amputé, donc, mais des frais de production qui demeurent les mêmes. Pour faucher le foin, le faire sécher et le récolter, les dépenses sont les mêmes. Les frais fixes, que ce soit les taxes, les assurances, la machinerie, l'entretien, tout ça reste pareil. Sauf qu'il n'y a pas de volume, donc moins de revenus, explique-t-il.

C'est sûr que c'est difficile de voir ça aller et de se demander [la production va ressembler] à quoi les prochaines années. C'est beaucoup d'inquiétude.

Éric Desrosiers, producteur de foin et consultant spécialisé en plantes fourragères

Des producteurs laitiers et de viande à la recherche de foin

Bien des producteurs laitiers et éleveurs de boeuf, de veau ou d'agneau produisent leur propre foin afin d'être autosuffisants. Toutefois, cette année, bien rare celui qui réussit à en récolter suffisamment pour arriver à ses fins. Ces agriculteurs doivent donc se tourner vers de grands producteurs de foin ou des voisins. Mais la rareté du fourrage touche tout le monde.

Stéphane Lamonde, producteur laitier à Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud, dans Chaudière-Appalaches, en est à 50 % de son rendement habituel. Il remarque que le prix du foin s'emballe... déjà qu'il était en hausse ces dernières années. Il devra donc faire des choix déchirants d'ici la fin de l'été. Il va falloir vraiment décider si on achète du foin ou on se sépare d'une partie de notre troupeau. Acheter du foin, oui, mais à quel prix? Et, d'un autre côté, se délester par exemple de 15 % à 20 % de nos animaux, ça implique 15 % à 20 % de perte de revenus, constate-t-il.

Un producteur laitier devant une balle de foin en présence de ses vaches.

La sécheresse de cet été affecte de manière importante la production de foin de Stéphane Lamonde, dont se nourrissent ses 180 vaches laitières.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie de Stéphane Lamonde

Je ne vous cacherai pas que, dans les dernières semaines, malgré nos journées très chargées, j'ai fait un peu d'insomnie. Je me lève la nuit et j'espère qu'il va pleuvoir!

Stéphane Lamonde, producteur laitier, copropriétaire de Ferme Magi 2000 inc.

Ses récoltes sont assurées avec la Financière agricole, mais ça ne le rassure pas pour autant. On a un système d'assurance récolte, mais malheureusement, je trouve qu'il est très mal adapté à nos situations. Ils n'ont pas les ressources financières pour nous appuyer dans des crises comme ça, dit-il.

Des propriétaires de centres équestres en détresse

La propriétaire d'un centre équestre dans Lanaudière, Lune Hubert, trouve l'année 2020 bien difficile. Elle a été frappée de plein fouet par la pandémie au printemps. Elle a dû suspendre ses activités pendant plusieurs semaines, tout en continuant de prendre soin de ses employés, ses dix chevaux d'école, et de les nourrir.

Elle est maintenant catastrophée de voir s'ajouter à ses préoccupations une récolte de foin anémique. Elle n'a produit que 600 balles de foin en première coupe, plutôt que 2000 comme à l'habitude.

Elle réussit normalement à produire suffisamment pour nourrir les 20 chevaux qui sont sous sa responsabilité, et même à vendre un peu de ses surplus. Mais cette année, c'est impensable. Elle ne sait pas comment elle va remplir son grenier à foin pour passer l'hiver.

Une femme accroupie et tenant en laisse un cheval face à elle, à l'extérieur.

Lune a la responsabilité d'une vingtaine de chevaux sur son terrain de l'Épiphanie. Ses terres n'ont toutefois produit que 30 % de leur rendement habituel et cela l'inquiète beaucoup.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie de Lune Hubert

Avec la production qu'on a présentement, on ne passe pas au travers. [...] Moi, je me demande : est-ce que je vais être capable de les nourrir, mes chevaux? Ça remet beaucoup de choses en question. À tous les jours, on avance un peu plus, mais on est dans le noir. J'essaie d'attendre, de faire confiance à la vie. On va peut-être réussir à obtenir des subventions... Mais c'est une situation très anxiogène.

Lune Hubert, propriétaire du centre équestre Univers Cheval à l'Épiphanie

Lune Hubert s'inquiète aussi à l'idée que, dans les prochains mois, il y ait une recrudescence de cas de négligence et de malnutrition d'animaux chez certains propriétaires moins informés ou moins responsables. Ou encore qu'il y ait davantage de chevaux envoyés à l'abattoir parce que leurs propriétaires ne peuvent plus en prendre soin.

Elle et d'autres propriétaires de centres équestres demandent au gouvernement de se pencher sur leur cas et de leur octroyer une subvention spéciale pour l'achat de foin cette année.

Une importation massive envisagée

Le directeur général de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Charles-Félix Ross, confirme qu'il s'agit d'une situation exceptionnelle qui touche l'ensemble du Québec.

En général, lors de sécheresses plus localisées, il suffit de mettre en place un système pour aider des acheteurs à contacter les vendeurs qui ont encore des stocks. Cela permet aussi d'éviter le recours à des intermédiaires, des revendeurs, qui parfois stockent de grandes quantités de foin et en profitent pour faire gonfler artificiellement les prix.

Mais cette année, cette mesure ne sera pas suffisante. La situation est telle qu'une cellule de crise a été mise en place par l'UPA, la Financière agricole et le ministère de l'Agriculture du Québec (MAPAQ) pour trouver des pistes de solutions.

Nous croyons que ça serait pertinent à ce moment-ci de commencer à penser à importer des quantités de fourrage importantes de façon organisée, en provenance d'autres régions que le Québec, comme l'Ouest ontarien, le Nord-Est américain ou l'Ouest canadien.

Charles-Félix Ross, directeur général de l'Union des producteurs agricoles

Charles-Félix Ross affirme que certaines pratiques de gestion des troupeaux et d'alimentation des animaux pourraient aussi être mises de l'avant pour aider les éleveurs à économiser et à passer à travers la crise.

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