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Le 11 juillet 1990 débutaient les affrontements entre policiers et Warriors à Oka

Gros plan du drapeau des Mohawks d'Oka.

Au cours de l'année 1990, des Mohawks de la région montréalaise s'opposent à l'agrandissement d'un golf privé à Oka sur des terres qu'ils revendiquent.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 30 ans, une mésentente sur l'agrandissement d'un terrain de golf à Oka dégénérait en une crise qui allait durer 78 jours. Un conflit territorial qui a transformé à jamais les relations entre Autochtones et non-Autochtones. Retour sur les événements de la crise d’Oka de l’été 1990.

Devant l’entêtement du maire d’Oka, les Mohawks promettent de résister

C’est le 10 juillet 1990 que le maire d’Oka, Jean Ouellette, demande aux policiers de la Sûreté du Québec d’intervenir afin de forcer les Mohawks à respecter la seconde injonction qui leur demande de démanteler leurs barricades. Dans son reportage présenté au Téléjournal, Louise Beaudoin explique ce qui pousse les Mohawks à résister.

Au moment du reportage, les Mohawks du territoire de Kanesatake occupent la forêt publique d’Oka depuis quatre mois déjà.

Téléjournal, 10 juillet 1990

Ils ont commencé cette occupation dans la pinède d’Oka afin d’empêcher l’expansion d’un club de golf privé.

Les Mohawks d’Oka n’ont pas l’intention de baisser pavillon. Ils sont appuyés des Warriors de l’Ontario et des États-Unis.

Louise Beaudoin, journaliste

Les Mohawks réclament la juridiction d’une partie du territoire.

Des revendications territoriales qui ne datent pas d’hier

  • En 1721, les Sulpiciens déplacent un groupe d'Iroquois catholiques établis dans le nord de l'île de Montréal vers la seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes, où se trouvent aujourd'hui Oka et Kanesatake.
  • Depuis le 18e siècle, les Amérindiens de Kanesatake réclament aux Sulpiciens les titres de propriété de ces terres. La communauté religieuse refuse cependant de les leur léguer. En 1945, le gouvernement fédéral achète les terrains et les met à la disposition des Mohawks.
  • En mars 1989, Jean Ouellette, le maire d'Oka, dévoile son projet d'agrandir le golf de la ville en empiétant sur un cimetière ancestral amérindien. Il songe aussi à construire de luxueux immeubles en copropriété à même des terres ancestrales revendiquées par les Mohawks.

Le maire d’Oka s’oppose au ministre des Affaires autochtones du Québec John Ciaccia, qui lui demande de laisser tomber son projet d’agrandissement du terrain de golf.

Tout ceci ne doit pas se régler avec la violence. Cela doit se régler avec la patience et un esprit de générosité de la part de tous.

John Ciaccia, ministre des Affaires autochtones du Québec

Les citoyens d’Oka sont divisés sur la question. Personne ne souhaite d’affrontement violent.

La municipalité, pour protéger un club de golf privé qui veut s’agrandir sur des terres publiques est en train de créer un climat de violence dans notre village que ni les Mohawks résidents ni les Blancs nous ne voulons.

Citoyen d’Oka

Pourtant, dès le lendemain, la SQ intervient et le climat se dégrade.

Une fusillade entraîne la mort d’un homme

Le 11 juillet 1990, une centaine de policiers de la Sûreté du Québec chargent la barricade des Warriors dans la pinède aux abords du terrain de golf d'Oka. Les forces de l'ordre envoient des gaz lacrymogènes qui obligent les Warriors à reculer. Une fusillade fait un mort, le caporal Marcel Lemay.

Téléjournal, 11 juillet 1990

Au Téléjournal, les journalistes Céline Galipeau et Louise Beaudoin font état de cette journée mouvementée.

En guise d'appui aux Mohawks de Kanesatake, leurs frères de Kahnawake dressent des barricades dans la journée du 11 juillet. Ils paralysent les routes stratégiques qui traversent leur réserve et bloquent l'accès au pont Honoré-Mercier. Aussitôt, les policiers de la Sûreté du Québec mettent en place des barrages en face de ceux des Autochtones.

Le 18 juillet 1990, les Mohawks posent trois conditions préalables à l'ouverture des négociations avec les gouvernements du Québec et du Canada. Ils demandent l'accès aux soins et à la nourriture, la présence d'observateurs étrangers lors des négociations et le libre passage des leaders spirituels, mères de clan, chefs, conseillers et avocats.

L’armée canadienne appelée en renfort face à un climat qui se dégrade

Les discussions préalables à l'ouverture des pourparlers sont longues et difficiles. Elles se déroulent dans un climat de tension extrême.

Le 15 août 1990, le premier ministre Robert Bourassa fait appel aux Forces armées canadiennes pour remplacer la Sûreté du Québec devant les barricades de Kahnawake et de Kanesatake.

Téléjournal, 15 août 1990

Le soir, dans son reportage présenté au Téléjournal, le journaliste Claude Gervais explique le déploiement et la mission des troupes envoyées en renfort.

Les négociations stagnent et les manifestations de citoyens mécontents se multiplient à Châteauguay.

Le 20 août 1990, les troupes, qui compteront jusqu'à 2500 hommes, commencent à s'installer autour de Kahnawake et de Kanesatake.

L'arrivée de l'armée entraîne une interruption des discussions entre les Warriors et les gouvernements. Les négociateurs mohawks jugent que les soldats sont postés trop près des barricades.

Le 27 août 1990, le gouvernement du Québec rompt les discussions entamées le 16 août précédent avec le groupe de rebelles mohawks. Les pourparlers cessent même si les deux parties s'entendent sur 13 des 15 points en négociation. Robert Bourassa s'interroge sur la bonne foi des Warriors, alors que ceux-ci dénoncent le mandat trop étroit accordé aux négociateurs.

Le premier ministre Bourassa ordonne à l'armée de poursuivre sa mission, soit démanteler les barricades et permettre la libre circulation sur les routes de la région.

Le soir du 1er septembre 1990, l'armée prend le contrôle du pont Mercier. Le journaliste Hervé Gaudreault  est à Kanesatake pour le Téléjournal où les militaires et les Warriors se trouvent face à face. La tension est vive. Des cris se font entendre dans la forêt. C’est également ce jour-là que le soldat Patrick Cloutier soutiendra durant de longues minutes le regard d’un guerrier mohawk.

Une image qui fera le tour du monde.

Nous en sommes à l’instant le plus chaud de toute la crise amérindienne.

Hervé Gaudreault

Téléjournal, 1er septembre 1990

Le lendemain, lors d’un bulletin spécial, Bernard Derome décrit une autre confrontation cette fois entre le Warrior Lasagne et un jeune soldat de l’armée canadienne.

Téléjournal, 2 septembre 1990

L'armée finit par cerner les Warriors. Le 25 septembre 1990, ils acceptent de se départir de leurs armes sur la promesse qu'un procureur indépendant étudiera les accusations criminelles portées contre eux. Le lendemain soir, les Warriors brûlent leurs armes et quittent leur refuge du centre de désintoxication de Kanesatake. Les soldats de l'armée canadienne les arrêtent dans la confusion et la violence.

La reddition des Warriors et une communauté qui demeure divisée

Le 26 septembre, le siège de 78 jours se termine lorsque les Warriors, accompagnés de femmes et d'enfants, sortent sans armes de leur refuge. Seuls six d'entre eux atteignent le village d'Oka, mais sont aussitôt arrêtés par des policiers.

Le 27 septembre 1990 au Téléjournal, un reportage de Ruth Loiselle revient sur la fin de la crise d’Oka et la reddition des Mohawks.

Montréal Ce soir, 27 septembre 1990

Le procès des Mohawks impliqués dans la crise d'Oka se déroulera de septembre 1991 à juillet 1992. Seuls deux des Warriors accusés purgeront des peines de prison. Gordon Noriega Lazore sera condamné à 23 mois de prison, alors que Ronald Lasagne Cross se verra infliger une peine de 52 mois.

Au lendemain de la crise, le premier ministre Robert Bourassa loue le travail des Forces armées canadiennes et celui de la Sûreté du Québec. Il indique sa volonté de négocier avec les Autochtones afin de leur accorder plus d’autonomie. Même chose du côté du premier ministre canadien Brian Mulroney, qui réitère sa volonté de négocier avec les peuples autochtones. Pour le chef de l’Assemblée des Premières Nations Georges Erasmus, les batailles sont loin d’être terminées.

Le 21 décembre 2000, les Mohawks de Kanesatake et d'Ottawa signent une entente qui permet aux Autochtones de gérer leur territoire.

Au cours de l'automne 2000, 239 Mohawks approuvent l'accord et 237 s'y opposent par voie de référendum. Moins de 50 % des 1300 Amérindiens de Kanesatake se prévalent de leur droit de vote. La communauté demeure très divisée sur la gestion du territoire.

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