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Des policiers dénoncent la présence d’armes de type militaire à Nutashkuan

Le village innu de Nutashkuan.

Le village innu de Nutashkuan

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L'arrestation d'un membre de la communauté de Nutashkuan par un agent de la Sûreté du Québec samedi dernier, aurait mené à un incident impliquant possiblement des armes de type militaire et qualifié de dangereux par le syndicat des policiers de la Sûreté du Québec.

L'Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ) a fait parvenir, mardi, une lettre à la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault.

L'APPQ y affirme qu'un membre de la communauté innue, présumément muni d'une arme de type militaire, aurait tenté de tendre une embuscade aux policiers. Suspectant une tromperie, les agents ont décidé de ne pas se rendre sur les lieux.

L’embuscade suspectée par les policiers serait le point culminant d’une série d'événements découlant d’une arrestation dans la communauté le 4 juillet pendant laquelle les policiers auraient fait usage de la force.

L’arrestation aurait été filmée par un citoyen et la vidéo partagée sur les réseaux sociaux, provoquant l'émoi de plusieurs résidents de Nutashkuan. Cette vidéo semble depuis avoir été retirée et Radio-Canada n’a pas pu la consulter.

L’APPQ affirme que, la même journée, une personne a publié l’image de son arme de type militaire sur Facebook en inscrivant un commentaire visant les policiers.

Un peu avant 23 h ce soir-là, et selon des informations reçues par l’APPQ, des membres de la communauté présumément munis d’armes de type militaire se seraient déplacés en véhicule dans la communauté. Ils auraient fait pression, à la guérite mise en place pour contrôler les allées et venues pour contrer la COVID-19, pour que les policiers ne puissent plus entrer à Nutashkuan.

Un peu plus tard, des coups de feu auraient été tirés. Une information corroborée par Richard Malec, conseiller au conseil de bande de Nutashkuan.

C’est plus tard dans la soirée que la SQ a reçu l’appel d’un individu expliquant qu'une personne se faisait battre.

Les policiers indiquent toutefois que la personne qui a fait l'appel aurait utilisé un faux nom et que son numéro appartiendrait à un suspect qui aurait menacé les policiers le jour même sur les réseaux sociaux.

Les policiers ont donc décidé de ne pas se présenter sur les lieux où ils avaient été appelés.

L'Association des policières et policiers provinciaux du Québec estime que cet événement aurait facilement pu dégénérer. Il est pour eux le reflet de tensions qui perdurent depuis longtemps entre les policiers de la SQ et certains membres de la communauté de Nutashkuan.

Le conseiller Richard Malec indique lui aussi que les relations sont tendues entre la communauté et les agents de la SQ qui y interviennent.

Pour lui, cet événement est un cas isolé et il affirme que tout est rentré dans l'ordre depuis.

C'était une petite gang de jeunes. La majorité ne les appuie pas.

Richard Malec, membre du conseil des Innus de Nutashkuan

Il considère que le problème sous-jacent à ce type d’événement est la consommation de drogues, particulièrement des amphétamines, par certains résidents. Un problème contre lequel lutte le conseil de bande.

Richard Malec accorde une entrevue à Radio-Canada.

Richard Malec, membre du conseil des Innus de Nutashkuan

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Les allégations rapportées dans la lettre de M. Veilleux sont inquiétantes et déplorables, si elles s'avèrent fondées, indique pour sa part le cabinet de Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique.

L’enjeu des armes de type militaire

L’APPQ réclame l’intervention de la ministre de la Sécurité publique et propose l’ajout d’effectifs dans le secteur.

Par courriel, le Ministère nous indique toutefois que le syndicat doit s'adresser à la direction générale de la SQ.

Ce n'est pas la ministre qui gère les ressources humaines de la Sûreté du Québec. Ce sont les corps policiers qui décident de l'utilisation de leurs effectifs et de l'endroit de leur affectation, écrit Jean-François Del Torchio, le directeur des communications du cabinet de Geneviève Guilbault.

Selon le président de l’organisation, Pierre Veilleux, c’est cependant la présence présumée d’armes de type militaire, semi-automatiques et automatiques, dans la communauté qui inquiète le plus les policiers.

Une situation qui ne serait pas généralisée à la majorité des communautés autochtones, selon les informations de l’APPQ.

Pierre Veilleux, le président de l'APPQ.

Pierre Veilleux, le président de l'APPQ.

Photo : APPQ

L’association compte se tourner également vers le ministère fédéral de la Sécurité publique. Elle compte lui proposer la mise en place d’un programme d’échange d’armes de type militaire. Des Autochtones qui seraient en possession d’une arme prohibée pourraient, par exemple, l’échanger contre une arme de chasse.

L’APPQ demande d’ailleurs à Québec de l’appuyer dans ses démarches auprès du gouvernement fédéral.

Le gouvernement provincial compte appuyer cette demande du syndicat des policiers provinciaux.

Pour ce qui est des 1500 modèles et variantes d’armes d’assaut de style militaire sur la liste des armes prohibées au Canada, nous allons recommander au gouvernement fédéral qu'elles soient interdites pour tous, incluant les peuples autochtones, dès maintenant plutôt qu'après la période d'exemption de deux ans, puisque même ceux-ci disent n'avoir jamais fait cette demande d'exemption, indique M. Del Torchio.

Vers un corps de police local?

Par ailleurs, selon Richard Malec cet événement démontre qu'un corps policier autochtone devrait être implanté dans la communauté.

Ils connaîtraient la culture, la manière d'agir, la mentalité autochtone. C'est ça qui serait l'idéal, pense le conseiller.

Une ambition que juge légitime le président de l’APPQ.

C’est une des alternatives que le gouvernement devrait étudier. [...] Nous, on n'est pas contre, explique M. Veilleux.

La création d’un corps de police local, comme c’est le cas dans d’autres communautés innues, requiert toutefois un financement important et pose le défi du recrutement de policiers autochtones.

Radio-Canada est en attente d’une réaction de la Sûreté du Québec par rapport à la lettre de l’APPQ.

Avec les informations de Laurence Royer et Marc-Antoine Mageau

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