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Après la guerre et l'exil, la résilience d'un couple de réfugiés face à la pandémie

Raphaël et Galilio devant leur magasin.

Raphaël Machalani et Galilio Aissami ont pu compter sur le soutien de leur famille dans l'adversité en Turquie pour ouvrir la boutique de mode Mawlana.

Photo : Radio-Canada / Christophe Barachet

Ils ont fui la guerre et les représailles parce qu’ils étaient homosexuels. Ils ont traversé le Moyen-Orient et trouvé refuge au Canada, mais ils n’ont jamais perdu leur identité. Raphaël Machalani et Galilio Aissami ont aujourd’hui posé leurs bagages à Vancouver, où leur boutique de mode reflète qui ils sont, d’où ils viennent et ce qu’ils veulent apporter aux Canadiens.

Ils ont résisté aux bombes, aux menaces de mort, à la fuite dans le désert à force de résilience et d’amour.

Il a 4 ans, Raphaël, né à Beyrouth, a dû s'enfuir soudainement pour sauver sa peau.

Jusqu’à ce jour, je ne comprends pas ce qui s’est passé au Liban. Soudainement, le gouvernement veut m’arrêter pour beaucoup de choses. Soudainement, je suis homo, je suis sataniste. C’était fou!

Raphaël Machalani, codirecteur, Mawlana

Sans tergiverser, muni d'un simple sac à dos, il a quitté son pays natal pour se rendre en Turquie, où vivait déjà son partenaire, Galilio.

Ce dernier a lui aussi fui sa mère patrie, la Syrie, lorsque la guerre a éclaté. Il s'est exilé à Gazantiep, une ville turque à une soixantaine de kilomètres au nord de la frontière syrienne, avant de poursuivre sa route jusqu'à Istanbul.

Réunis, les deux hommes s'installent dans une communauté de personnes opprimées et pour la plupart en exil dans cette grande ville turque. Ces gens qui forment leur nouvelle famille ont soif de vie, d’entraide et ne baissent pas les bras face à l’adversité.

Galilio Aissami dans son magasin.

Ayant étudié le droit international et les droits de la personne, Galilio Aissami n'aime pas les étiquettes données aux gens.

Photo : Radio-Canada / Christophe Barachet

Fier de refléter les deux pays où il a vécu, Galilio juge réducteur de se définir comme réfugié. Le Syrien, qui a passé huit années en Turquie, se considère comme citoyen des lieux où il s’installe.

Raphaël explique que lui et Galilio ont demandé l’asile au Canada pour deux raisons : le respect des droits de la personne et l’intégration des personnes LGBTQ.

Réfugiés : les clichés ont la peau dure

Arrivés en Colombie-Britannique depuis 54 semaines, Raphaël Machalani, 30 ans, et Galilio Aissami, 32 ans, se sentent à la maison. Mais dès qu’ils ont foulé le sol britanno-colombien, ils ont su qu’ils devraient se battre une fois de plus. Lutter pour s'établir, mais aussi pour les membres de leur famille d'Istanbul.

Raphaël et Galilio dans leur magasin.

Raphaël Machalani (en avant) possède une maîtrise d'ingénieur informatique.

Photo : Radio-Canada / Christophe Barachet

S'ils doivent lutter pour eux à Vancouver, c'est qu'ils se rendent vite compte de la connotation négative qui colle au statut de réfugié.

Nous sommes éduqués. On parle plusieurs langues. Non, on ne vit pas sur les taxes des gens. (...) On veut travailler et être intégrés. C’est fatigant de casser les stéréotypes à chaque fois.

Raphaël Machalani

De plus, ils travaillent jour et nuit à améliorer les conditions de vie de leurs frères et sœurs d’adoption restés en Turquie en présentant leurs créations au monde tout en améliorant leur propre image.

Raphaël et Galilio dans leur boutique.

L’entreprise s’inspire du poète perse Mawlana Rumi, dont l’un des célèbres adages proclame que ce que tu cherches te cherche aussi et prône l'amour.

Photo : Radio-Canada / Christophe Barachet

Mawlana : un voyage au Moyen-Orient

Les deux partenaires poursuivent le projet de Mawlana lancé en Turquie : une boutique de mode vendant les créations des femmes réfugiées.

[Elles] font de magnifiques broderies, un travail magnifique. Mais il n’y avait pas de travail là-bas. C’était leur seule source de revenus. On voulait les aider. Alors on a parlé avec tous les artisans et on a commencé ce petit projet, relate le jeune entrepreneur, un sourire aux lèvres.

Galilio montre un foulard à une cliente.

Les articles proposés à la boutique vont du textile aux chaussures en passant par les bijoux et les sacs, mais aussi du savon.

Photo : Radio-Canada / Christophe Barachet

Tout est fabriqué à la main. Il y a beaucoup d’émotion, de sentiment. Pour finir, un foulard, c’est un processus pour la femme. C’est sa méditation. [...] C’est l’artisan, c’est son travail et c’est l’image qu’elle veut transmettre. Il n’y a pas de filtre.

Raphaël Machalani

Les trésors qu'offre la boutique proviennent du savoir-faire des artisanes réfugiées de Syrie, d’Ouzbékistan ou encore d’Iran.

Une pile de foulards.

Les tissus les plus utilisés dans leur commerce sont le cachemire, la soie, la viscose, la laine ou encore le modal.

Photo : Radio-Canada / Christophe Barachet

Mawlana, c'est le paradis de Raphaël, tandis que Galilio la considère comme sa maison, l’endroit où il se sent à l’aise. Passionné de design et amoureux de la vie, Galilio jugeait important d’apporter ces couleurs méditerranéennes aux Canadiens.

Chaque pièce me dit quelque chose. J’aime transmettre leur histoire aux clients. Chaque tissu possède une émotion et j’aime en parler.

Galilio Aissami, codirecteur, Mawlana
L'un des directeurs du magasin montre un sac à une cliente.

Beaucoup de clients ne rentrent dans la boutique que pour s'imprégner de l'ambiance orientale.

Photo : Radio-Canada / Christophe Barachet

Les gens aiment l’expérience. Pour eux, c’est comme s’ils voyageaient dans un autre pays.

Raphaël Machalani

Ne pas se laisser abattre

L’ouverture de ce magasin est une histoire de résilience, explique l’un des copropriétaires. En dépit de leur passé tumultueux, Raphaël et son partenaire demeurent optimistes. Ce n’est pas toujours mal. Il y a toujours la lumière au bout du tunnel. Tel est le message qu’ils envoient à ceux qui sont au Liban ou en Syrie.

Mon soupir est un acte de révélation. Là-bas, je ne pouvais pas vivre, être moi-même. Je devais toujours vivre entre trois masques. Je devais toujours être caché. Mais ici, je peux être fier, communiquer, être moi.

Raphaël Machalani

Ce qui ne tue pas me rend plus fort, disait le philosophe Nietzsche et les deux hommes ne le savent que trop bien. À peine une semaine après l'ouverture de leur boutique, la Colombie-Britannique a mis en place des mesures pour freiner la propagation du nouveau coronavirus et la boutique a dû fermer ses portes.

L'enseigne de la boutique.

Le magasin Mawlana fait partie du paysage de l’île Granville à Vancouver depuis mars.

Photo : Radio-Canada / Christophe Barachet

Au début, c’était très frustrant. (...) Mais on est habitué à ce que chaque fois qu’on fait quelque chose, ce soit détruit.

Raphaël Machalani
Raphaël avec une visière de protection dans sa boutique.

L'entreprise Mawlana s'adapte aux mesures entourant la pandémie de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Christophe Barachet

La COVID-19 est une anecdote de plus pour le couple, qui ne compte plus les obstacles.

Pour les gens qui n’ont pas vécu nos expériences, c’est quelque chose de difficile, pour nous, c’est normal.

Galilio Aissami

Après réflexion, ils ont une nouvelle fois trouvé une solution pour survivre. Ils ont photographié tous les articles de la boutique pour les vendre en ligne.

Depuis un mois, les portes de leur boutique de l'île Granville sont à nouveau ouvertes, même si les affaires n’ont pas encore démarré comme ils le souhaiteraient.

Toutefois, se qualifiant de reconnaissants, chanceux, Raphaël Machalani et Galilio Aissami savent que le pire est derrière eux. Ils n’entendent plus les bombes gronder, ils ne sont plus ciblés parce qu’ils s’aiment. Et tant qu’ils sont ensemble, les deux hommes considèrent que rien ne peut les mettre à terre et ils demeurent pleins d’espoir pour leur avenir au Canada.

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