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Ottawa prévoit un déficit record de 343 milliards de dollars

Bill Morneau est assis à la Chambre des communes.

Face à cette situation d'endettement et de chute des revenus, Bill Morneau exclut de hausser l'impôt sur le revenu.

Photo : Reuters / Blair Gable

Fermeture de l'économie, chute des revenus, milliards en dépenses d'urgence : le gouvernement Trudeau donne pour la première fois un aperçu du creux historique causé par la pandémie dans les finances publiques canadiennes. Et la facture est salée.

Dans son portrait économique , le ministre des Finances Bill Morneau prévoit un déficit de 343,2 milliards pour l'exercice 2020-2021. C'est du jamais vu au Canada.

Selon le ministère des Finances, ce niveau de dépense est comparable à ce que le Canada a vécu durant la Seconde Guerre mondiale.

À la mi-juin, le directeur parlementaire du budget estimait que le déficit pourrait atteindre 256 milliards de dollars pour la même période.

Pour donner un ordre de grandeur, le déficit budgétaire de l'exercice 2019-2020 s'était établi à 34,4 milliards de dollars, selon le gouvernement.

C'est clair qu'on a eu un choc énorme dans notre système.

Bill Morneau, ministre des Finances du Canada

Selon les projections du gouvernement, la dette fédérale devrait atteindre 49,1 % du PIB, alors que ce ratio était de 31,1 % en 2019-2020. Avant la crise sanitaire, le gouvernement fédéral s'était engagé à conserver le ratio de la dette par rapport au PIB en deçà de 30 %.

Pour atténuer l'impact sur le service de la dette, Bill Morneau entend s'en remettre à des emprunts à plus long terme en raison des faibles taux d'intérêt. Cela va diminuer les risques à notre économie, a déclaré Bill Morneau. Il ne s'est pas prononcé sur un éventuel retour à l'équilibre budgétaire.

Ottawa prévoit également une baisse substantielle de ses revenus budgétaires, qui passeront de 341 milliards de dollars en 2019-2020 à près de 269 milliards en 2020-2021. Cela s'explique en partie par une baisse anticipée de ses revenus fiscaux de près de 44 milliards en un an.

Dans ce contexte d'endettement massif et de chute des revenus, faudra-t-il augmenter les impôts? Le ministre a laissé entendre que ce ne serait pas la bonne approche dans le contexte de relance. Notre approche va être l'investissement dans l'avenir et pas les coupures, a-t-il ajouté.

Le portrait économique ne comprend pas les coûts éventuels de la stratégie de relance du gouvernement libéral. Des précisions à cet effet pourraient venir dans un éventuel budget ou une mise à jour économique au cours des prochains mois.

Quelle reprise économique?

En raison de l'incertitude causée par la crise sanitaire, le ministère des Finances évoque deux scénarios économiques possibles pour l'année en cours. Le premier évoque une reprise inégale et graduelle de l'économie, alors que le second fait état d'une possible résurgence du virus.

Le premier scénario, plus optimiste, établit la baisse du PIB réel à -9,6 % en 2020. Il tient compte de mesures de confinement rigoureuses qui se poursuivraient et de plusieurs entreprises qui fonctionneraient en deçà de leurs capacités pour plusieurs mois encore.

Selon le scénario le plus pessimiste, l'économie canadienne pourrait enregistrer un recul de -11,2 % en 2020. Cela se produirait dans le cas d'une résurgence de la transmission incontrôlée du virus plus tard cette année, suivie d'une série de vagues plus petites en 2021.

Le ministère des Finances tient à rappeler qu'il s'agit de canevas illustratifs, que l'incertitude demeure grande et que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte.

Fait à noter, le gouvernement fédéral a basé les projections de son portrait économique sur celles du secteur privé en mai, qui prévoyaient une baisse du PIB réel de -6,8 % en 2020. Cela veut dire que le déficit pourrait être encore plus élevé si les hypothèses les plus négatives se matérialisaient.

À titre de comparaison, le plus faible taux de croissance jamais enregistré au Canada était un recul de 3,2 % en 1982.

Le gouvernement Trudeau a limité ses prévisions à l'année financière en cours et avait déjà laissé savoir qu'il ne s'agirait pas d'une véritable mise à jour économique assortie de prévisions sur cinq ans.

Bill Morneau ne veut pas s'aventurer dans de telles prévisions, en raison de l'incertitude entourant la crise sanitaire.

Le coût des programmes d'urgence

Le ministère des Finances a toutefois détaillé ses estimations de coûts concernant les ambitieux programmes d'aide.

Ottawa évalue à près de 228 milliards de dollars son plan d'intervention économique pour répondre à la COVID-19 en 2020-2021.

Coût estimé des mesures d'aide liées à la COVID-19 en 2020-2021

  • Subvention salariale d'urgence du Canada : 82,3 milliards
  • Prestation canadienne d'urgence (PCU) : 73,1 milliards
  • Soutien aux entreprises : 21,3 milliards

Bill Morneau a défendu ces investissements historiques. C'est une situation extraordinaire, mais c'était absolument nécessaire, a-t-il déclaré.

Quant à l'avenir des programmes d'aide, le ministre des Finances n'a pas donné d'échéancier sur leur durée de vie. Il a évoqué une transition de la PCU vers la subvention salariale et le système d'assurance-emploi.

La PCU va diminuer, la subvention salariale va augmenter et l'assurance-emploi va recommencer pour appuyer les gens , a-t-il expliqué.

Il promet plus de détails prochainement.

Les conservateurs veulent un « plan »

Prenant la parole tout de suite après le ministre Morneau en Chambre, mercredi, le chef de l’opposition officielle, Andrew Scheer, a notamment reproché au gouvernement Trudeau de ne pas avoir instauré le système de primes de retour au travail suggéré par le Parti conservateur.

Il a également dénoncé le refus des libéraux de fournir à la vérificatrice générale les 10 millions de dollars qu’elle réclamait afin de pouvoir surveiller adéquatement la mise en œuvre des différents programmes qui ont été créés dans les derniers mois.

Plus tard, M. Scheer s’est désolé que, contrairement aux autres pays du G7, le Canada n’ait aucun plan de relance économique, alors que la dette fédérale nette atteindra cette année 1000 milliards de dollars.

Il s’est en outre offusqué que la Banque du Canada imprime de l’argent en achetant l’équivalent de 5 milliards de dollars de dette gouvernementale chaque semaine.

Selon lui, le gouvernement Trudeau devrait plutôt miser sur le secteur privé. Dépenser des milliards de dollars ne contribue pas à la croissance économique, et remettre cet argent entre les mains de sympathisants libéraux ne permettra certainement pas de relancer l’économie, a-t-il déclaré, en référence au récent scandale WE Charity (UNIS, en français).

M. Scheer en Chambre.

Pour relancer l'économie, selon Andrew Scheer, il faudrait « libérer le pouvoir du secteur privé, aider les Canadiens à retourner au travail, soutenir les petites entreprises, réduire les impôts et éliminer la bureaucratie », entre autres choses.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le Bloc québécois, de son côté, a rappelé que ce sont les provinces qui ont dû assumer seules ou presque l’explosion des coûts de santé engendrés par la COVID-19, alors qu’Ottawa a réduit ses transferts de 50 % à un peu plus de 20 % des coûts admissibles au cours des dernières années.

Oui, les provinces et territoires ont profité d’une aide fédérale de 500 millions de dollars au tout début de la pandémie, mais le gouvernement Legault a récemment estimé que les coûts supplémentaires en santé avaient dépassé les trois milliards de dollars, a souligné le leader parlementaire bloquiste, Alain Therrien.

Ce dernier a donc redemandé au gouvernement Trudeau de ne pas imposer de conditions au versement des 14 milliards de dollars promis aux provinces afin d’assurer que la relance de l'économie se fasse de façon sécuritaire – une aide qui pourrait se traduire par une enveloppe de 3,5 milliards pour le Québec.

Une telle somme, transférée sans condition, donnerait aux provinces la chance de pouvoir souffler un peu, a-t-il fait valoir.

Peter Julian lors d'une intervention à la Chambre des communes.

Peter Julian accorde un « C+ » aux dépenses du portrait économique, mais les revenus, eux, ne méritent rien de moins qu'un « F », selon lui.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Enfin, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert, qui ont tous deux salué l’écoute du ministre Morneau, se sont inquiétés du fait que le gouvernement Trudeau n’ait pas encore offert d’aide spécifique aux personnes handicapées.

Accordant la note de passage à la colonne des dépenses du portrait économique présenté mercredi, le porte-parole du NPD en matière de finances, Peter Julian, s’est montré beaucoup plus critique quant aux efforts déployés par les libéraux pour accroître les revenus de l’État canadien.

Depuis le début de la pandémie, a-t-il souligné, rien n’a été fait pour mettre fin aux paradis fiscaux et pour imposer les ultrariches – deux mesures qui, selon son parti, pourraient rapporter près de 35 milliards de dollars à l’État.

Une fois la période des questions terminée, les Communes ont suspendu leurs travaux pour deux semaines. Ceux-ci reprendront le mercredi 22 juillet.

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