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L'arrivée d'Uber et de Lyft cause une hausse des accidents mortels, selon une étude

Autocollants avec le logo de Lyft et d'Uber sur un pare-brise.

Une étude américaine montre que l’arrivée d’Uber et de Lyft dans une ville est associée à une hausse des accidents mortels (archives).

Photo : Associated Press / Gene J. Puskar

Une étude américaine récente montre que l’arrivée d’Uber et de Lyft dans une ville est associée à une hausse des accidents de la route mortels pour les automobilistes, les piétons et les cyclistes. Ces résultats, basés sur des données récoltées entre 2010 et 2016 aux États-Unis, pourraient être similaires, voire pires, au Canada.

L’introduction de ces services est associée à une augmentation d’environ 3 % du nombre de décès et d’accidents mortels pour les personnes à bord des véhicules et les piétons, peut-on y lire.

Les travaux du chercheur John Barrios, de l’Université Chicago, et de ses collègues Yael Hochberg et Hanyi Yi, de l’Université Rice, montrent aussi que les activités de ces entreprises sont associées à une hausse de la consommation d’essence et de la congestion automobile.

À l’inverse, la fréquentation des services de transport en commun aurait baissé sur la même période.

D’autres études avaient auparavant montré que l’arrivée d’Uber et de Lyft pouvait faireaugmenter la congestion automobile.

Mais celle-ci est la première à se pencher sur la sécurité routière, selon le professeur Robin Lindsey, économiste à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).

Des voitures, un autobus et des cyclistes traversent un pont.

Plusieurs études ont montré que l'arrivée d'Uber et de Lyft pouvait faire augmenter la congestion routière (archives).

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Le professeur Lindsey pense que les conclusions de l’étude sont applicables au contexte canadien et à Vancouver. Son collègue à l'UBC, le professeur Werner Antweiler, également économiste, est du même avis.

Même si l’étude n’a pas encore fait l’objet d’un processus de révision par les pairs, les deux chercheurs estiment qu’elle est hautement crédible vu l’expertise des auteurs et des autres contributeurs.

Invitée à réagir, Lyft ne partage pas le point de vue de ces experts. Cette étude est profondément déficiente, de sa méthodologie problématique à ses conclusions injustifiées, soutient l’entreprise par courriel. Uber a fait écho à ces propos, également par courriel.

Selon Lyft, leurs services contribuent à réduire la conduite en état d’ébriété, à offrir une solution de transport sécuritaire dans des zones mal desservies et à améliorer la mobilité dans les villes.

Une entrée réglementée

Le Bureau des transports des passagers de la Colombie-Britannique n’a donné son aval à l’entrée d'Uber et de Lyft dans la province que le 23 janvier dernier.

Cette arrivée tardive a donné le temps à la législature de mettre en place une réglementation adaptée.

Pour mitiger une hausse des accidents, il est essentiel de réglementer pour s’assurer que la qualité des chauffeurs est adéquate, selon le professeur Antweiler.

Ici, on exige des chauffeurs de ces services de transport de passagers rémunérés qu’ils détiennent un permis de conduire de classe 4.

La Colombie-Britannique a les plus hauts standards de sécurité en Amérique du Nord pour ces services, affirme le ministère des Transports et des Infrastructures par courriel.

Selon le ministère, des statistiques recueillies par l'assureur automobile public de la province, l'ICBC, montrent que les chauffeurs munis d’un permis de classe 4 conduisent de façon plus sécuritaire.

Bouchons de circulation en vue?

Le Conseil du transport des passagers n’a prévu aucune restriction sur la taille initiale des flottes d’Uber et de Lyft.

Le conseil s’est cependant engagé à revoir la taille des flottes une fois qu’il aura assez de données pour ce faire, selon le ministère des Transports et des Infrastructures.

Si la qualité des chauffeurs peut influer sur le nombre d’accidents, la question est aussi liée au volume du trafic. Plus il y a d’usagers sur la route, plus les probabilités de collision augmentent.

Ces services augmentent le volume du trafic, cet effet est déjà largement documenté. À partir de là, il n’y a qu’un pas à franchir pour observer une hausse des accidents.

Professeur Werner Antweiler, économiste, UBC

Et les véhicules des services de transport de passagers rémunérés passent aussi beaucoup de temps sur la route entre chaque trajet, contribuant ainsi de façon disproportionnée à la congestion routière.

Des interactions complexes avec le transport en commun

C’est très important de savoir comment ces services affectent l’utilisation du transport en commun, selon Robin Lindsey. Le transport en commun est typiquement plus vert et plus sécuritaire, en plus de faire baisser le nombre de véhicules sur la route.

Uber et Lyft peuvent avoir deux types d’effets sur les trajets en transport en commun : ils peuvent les remplacer par un effet de substitution, ou servir à compléter ces trajets par un effet complémentaire.

Les résultats de l’étude sont cohérents avec ces deux types d’effets, soulignent les auteurs. Les effets négatifs mesurés étaient également plus prononcés dans les villes où le taux d’utilisation du transport en commun était auparavant plus élevé.

Or ce taux est en moyenne plus élevé dans les grandes villes canadiennes qu’aux États-Unis. C’est bien parce qu’on a des transports généralement plus verts au Canada, mais ça veut aussi dire plus de potentiel pour perdre des utilisateurs au profit de ces services, selon le professeur Lindsey.

Ce qui veut potentiellement dire une hausse plus importante de la congestion routière et des accidents fatals ici.

Les deux économistes de l'UBC sont catégoriques : il est primordial d’investir dans les réseaux de transport en commun afin que ces derniers demeurent compétitifs.

Un autobus sur une route.

Les services de transport tels qu'Uber et Lyft peuvent se substituer au transport en commun si le réseau n'est pas adéquat (archives).

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

D’autres solutions à explorer

Reste que le meilleur moyen de lutter contre les bouchons de circulation c’est de mettre un prix sur la congestion routière, soutient Werner Antweiler. Son collègue abonde dans le même sens.

Je préconise depuis de nombreuses années de mettre un prix sur la congestion routière, mais ce n’est pas une idée très populaire auprès des automobilistes.

Professeur Robin Lindsey, économiste, UBC

Quand on demande aux gens de payer quelques dollars pour traverser un pont ou un certain montant par kilomètre, ils ne pensent pas immédiatement aux avantages potentiels qui vont en découler, explique le professeur Lindsey.

Et ces avantages sont nombreux. Moins de congestion routière, moins de pollution, moins de morts et de blessés, plus d’argent pour le transport en commun, poursuit-il. Si on y pense avec une vision à long terme, ça peut être une bonne idée.

La Ville de Vancouver et Translink ont commandé une étude explorant des options de tarification de la mobilité (Nouvelle fenêtre) en 2018.

À écouter :

Sans une politique visionnaire de tarification de la mobilité, notre population et notre économie vont devenir trop grandes pour notre réseau de transport, peut-on y lire.

Le ministère du Transport et des Infrastructures indique qu’un comité spécial sera formé d’ici 2022 afin d’évaluer l’impact des services de transport de passagers rémunérés. Il devra notamment se pencher sur leurs effets sur le transport en commun, la congestion routière, et l’environnement.

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