•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Boycottage de Facebook : le gouvernement Legault se donne-t-il bonne conscience?

Des gens utilisent leur téléphone intelligent.

Sur un budget total de 31,4 millions de dollars en publicité, le gouvernement a dépensé 2,2 millions de dollars sur Facebook par l'entremise de ses ministères et organismes en 2019-2020.

Photo : iStock

Depuis vendredi dernier, vous n'êtes plus censé voir de publicité du gouvernement du Québec lorsque vous consultez votre fil d'actualité Facebook. Les ministères et organismes publics ont suspendu, pour une période de 30 jours, l'achat de publicité sur le réseau social. Le gouvernement s'est ainsi joint au mouvement mondial de boycottage pour mettre de la pression sur le géant américain afin qu'il encadre mieux les messages à caractère raciste et haineux.

Quel impact aura ce geste?

Tout d'abord, sur un budget total de 31,4 millions de dollars en publicité, le gouvernement a dépensé 2 244 018 $ sur Facebook par l'entremise de ses ministères et organismes en 2019-2020. Pour la période visée par le boycottage, soit le mois de juillet, Québec a versé l'an dernier 157 260 $ au réseau de Mark Zuckerberg, ce qui représente 7 % des investissements publicitaires totaux du gouvernement sur Facebook.

Ces sommes n'incluent pas les budgets de publicité des sociétés d'État. Le gouvernement les a donc invités à lui emboîter le pas, sans les y forcer. N'empêche, les SAQ, Hydro-Québec et Loto-Québec ont toutes décidé de suspendre leurs achats publicitaires sur Facebook en juillet.

Hydro-Québec avait deux campagnes qui devaient se poursuivre, notamment sur l'efficacité énergétique des piscines et sur la visite des installations. Tout a été stoppé, confirme le porte-parole d'Hydro-Québec Francis Labbé, qui estime à 5000 $ la valeur de ces campagnes.

La SAQ, de son côté, avait déjà ralenti sa publicité en raison de la COVID-19. Depuis le début de la pandémie, les seules campagnes qui ont fait l'objet d’achat média sur Facebook étaient sociétales, soit des campagnes liées à la pandémie, à notre soutien aux banques alimentaires et aux produits du Québec, précise Yann Langlais Plante, responsable des communications à la SAQ. Ces campagnes étant terminées, la société d'État n'a pas l'intention d'en lancer d'autres avant septembre.

Un geste symbolique

Pour Bruno Guglielminetti, spécialiste des médias numériques, c'est une goutte d'eau dans l'océan, le réseau social ayant généré des recettes publicitaires de l'ordre de 17,44 milliards de dollars américains de janvier à mars dernier.

On est dans le geste de relations publiques pour montrer qu'on appuie une bonne cause, pour se donner bonne conscience, davantage que de poser un geste qui va avoir des conséquences.

Bruno Guglielminetti, spécialiste des médias numériques

Le moment choisi pour ce boycottage, en plein été, minimise encore plus son impact, selon lui. Le mois de juillet n'est pas le mois le plus occupé en placement publicitaire. Fin juin et juillet, ça ralentit partout, parce que les gens sont moins actifs sur les réseaux sociaux. Il y a une baisse d'utilisation.

Et ce sera encore plus vrai cet été, précise M. Guglielminetti. On n'a pas les statistiques, mais avec le déconfinement, les gens veulent encore moins passer de temps sur leurs tablettes et leurs téléphones; ils veulent passer du temps à contacter leurs proches en personne, affirme-t-il.

Une loi pour tenir tête aux réseaux sociaux

Par conséquent, il ne croit pas que ce boycottage forcera Facebook à s'éduquer et à améliorer sa gestion des messages racistes et haineux. C'est une chose de boycotter symboliquement, de ne pas investir quelque 100 000 $ ce mois-ci, mais ce serait beaucoup plus sérieux et politiquement payant si on légiférait, comme en France et Allemagne, explique le spécialiste et chroniqueur.

Bruno Guglielminetti, spécialiste des médias numériques.

Selon Bruno Guglielminetti, spécialiste des médias numériques, ce boycottage de Facebook représente une goutte d'eau dans l'océan pour le géant américain.

Photo : Radio-Canada

La loi allemande sur les médias sociaux, par exemple, oblige les sociétés à retirer le contenu haineux d'un message dans un délai de 24 heures après un signalement. En vigueur depuis 2018, la loi impose des amendes pouvant aller jusqu'à 50 millions d'euros à ceux qui ne respectent pas le délai.

Une avenue sur laquelle pourrait se pencher le groupe d'action sur le racisme récemment mis sur pied par le gouvernement du Québec et qui doit remettre ses recommandations à l'automne.

Les partis politiques et le boycottage

Les députés de la Coalition avenir Québec se sont aussi engagés, tout comme la direction du parti, à ne pas acheter de publicité sur Facebook. Le Parti libéral du Québec et le Parti québécois appliquent les mêmes règles. De son côté, Québec solidaire n'a pas de campagne publicitaire prévue en juillet sur Facebook.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique provinciale

Politique