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Les chorales veulent reprendre le chant, de manière sécuritaire

Des personnes chantent dans une chorale dans une église londonienne.

Les personnes sont normalement très rapprochées dans les chorales, ce qui est impossible en ces temps de pandémie.

Photo : Getty Images / Paolo Paradiso

Cecile Gladel

Chanter n’est pas plus dangereux qu’une autre activité, selon les chorales du Canada qui ont écrit une lettre pour se faire entendre. Les différents chœurs, tant d’adultes que de jeunes, veulent recommencer les répétitions à défaut de ne pouvoir offrir de représentations devant public pour le moment.

C’est très flou, la façon de pouvoir reprendre les activités. Le lobby du chant choral n’est peut-être pas aussi puissant que celui des équipes sportives, malgré le fait qu'énormément de gens font partie de chorales dans le pays. Autant sur le plan professionnel qu’amateur, peu de consignes sont données, déclare Philippe Ostiguy, directeur musical et artistique des Petits Chanteurs de Laval, des Voix Boréales et du Chœur des Jeunes de Laval.

Du côté du chœur des Petits Chanteurs du Mont-Royal, qui a l’habitude de chanter lors des messes estivales du dimanche à l’oratoire Saint-Joseph, la direction a préféré annuler sa participation après un avis défavorable des autorités de santé publique de Montréal. C’était trop compliqué que des enfants chantent à l’oratoire devant des personnes âgées, surtout après l’histoire d’une chorale aux États-Unis où tous les membres ont été infectés, explique Marie-Pierre Rolland, directrice générale du chœur.

Les Petits Chanteurs du Mont-Royal en concert.

Les Petits Chanteurs du Mont-Royal permettent à des enfants de 8 à 17 ans de s'initier au chant choral tout en poursuivant une scolarité publique et privée.

Photo : Les Petits Chanteurs du Mont-Royal / André Chevrier

Devant cette incertitude et pour s’assurer que les règles seront bien respectées afin de chanter en toute sécurité, l’Alliance chorale du Québec prépare un guide des bonnes pratiques, qui sera offert au début août.

On offre des options, comme diviser le chœur, pratiquer à 20 personnes et de manière écourtée, chanter avec le masque, apporter du Purel, désinfecter les chaises et les lutrins après les répétitions, avoir des personnes responsables de cette désinfection, etc. On va s’assurer que les chœurs ont le plus d’options possible, précise Marie-Élène Lamoureux, directrice générale de l’Alliance chorale du Québec.

Outre les consignes sanitaires, l’un des principaux défis des chorales, surtout dans la grande région de Montréal, est le manque de lieux pour répéter, puisque des centres de services scolaires ont décidé de ne pas ouvrir leurs portes aux activités parascolaires.

Certains chœurs de jeunes n’auront pas accès à leurs locaux habituels. Ils regardent avec les églises, qui ouvrent tranquillement, précise Marie-Élène Lamoureux.

Une première chorale se réunit

Le 5 juillet dernier, Marie-Élène Lamoureux faisait partie de l’une des premières chorales à se réunir depuis le début de la pandémie. Le Chœur de chambre du Québec a chanté en direct sur Facebook pendant une heure à l’Université de Sherbrooke, sous la direction de Robert Ingari, professeur de l'École de musique et responsable de la maîtrise en direction chorale.

On a appliqué les règles; 16 chanteurs et chanteuses à 2 mètres, et on portait un masque. On a choisi ça, car on n’était pas nombreux et on respectait les consignes de la CNESST pour les artistes. On veut servir de modèle, mais pas de mauvais modèle. Chanter avec un masque, c’est une adaptation. C’est un peu chaud, il faut le placer de façon à être confortable et prendre des pauses. Entre les pièces, on se permettait de l’enlever sans chanter.

Marie-Élène Lamoureux

Évidemment, quand les personnes chantent, des gouttelettes sont projetées. C’est pour cette raison que le port du masque ou de la visière est privilégié par les chorales.

Par ailleurs, avant de rentrer dans l’édifice, les chanteuses et les chanteurs ont signé une décharge affirmant que personne ne ressentait de symptômes.

Le port du masque a peu dérangé le chef de chœur, Robert Ingari, à l’exception des quelques petits étourdissements qu'il a ressentis. Je respire assez fort quand je dirige, explique-t-il.

Robert Ingari avoue que le port du masque rend le son plus feutré. Le gros défi pour le chef de chœur est de voir comment les choristes prononcent les paroles, quand ils respirent et comment ils placent les consonnes finales. C'est difficile de corriger la diction ou même la production vocale quand on ne peut pas voir leur bouche.

Cela étant dit, rien ne me dérangeait au plan sonore, parce que j'avoue que le simple fait que nous puissions faire de la musique avec une certaine qualité fait en sorte que les bénéfices sont bien supérieurs aux problèmes posés. En fait, je considère le masque comme un accessoire de costume. Il y aura du travail à faire pour peaufiner un modèle idéal pour le chant, mais pour cette première fois, j'étais très satisfait du résultat.

Robert Ingari

Des camps de jour modifiés

Alors que quelques chorales adultes commencent à reprendre les rencontres en personne, le chœur des Petits Chanteurs de Laval a, quant à lui, transformé son camp de vacances en camp de jour au mois d’août.

On a modifié les horaires pour faire des demi-journées pour que les groupes soient plus petits et que les jeunes soient à deux mètres. Il n’y a pas de partage de matériel, de partition, pas d’échange de papier. On privilégie la visière, explique le directeur musical Philippe Ostiguy.

Les choristes enregistrent leur prestation au studio 12 de Radio-Canada.

Les Petits Chanteurs de Laval

Photo : Radio-Canada / Les petits chanteurs de Laval

Des conséquences financières et sociales

Pour les chorales, comme pour toutes les organisations, la pandémie a entraîné des pertes financières. Les concerts de fin d’année, qui constituent d’importantes sources de revenus pour plusieurs chœurs, ont tous été annulés.

Des pertes financières sont également à anticiper en raison de la baisse de cotisations des choristes. Si en septembre plusieurs choristes décident de ne pas revenir ou que le chœur n’a pas de locaux pour répéter, ce sera des pertes de revenus. Certaines chorales n’ont aussi pas pu continuer à payer leur chef de chœur jusqu’à la fin de la saison ainsi que les musiciens accompagnateurs, explique Marie-Élène Lamoureux.

Les personnes sont assises et portent un masque.

Première rencontre post-COVID pour le Chœur de chambre du Québec le dimanche 5 juillet.

Photo : Marie-Élène Lamoureux

Elle ajoute que la chorale est aussi une affaire de musique et de communauté. Puisque la plupart des chœurs se réunissent chaque semaine pour pratiquer, les choristes se lient d’amitié, autant musicalement qu’humainement. Plusieurs chefs continuaient de communiquer avec leurs choristes pendant la pandémie et ont fait des chœurs virtuels. D’autres ont continué les pratiques sur Zoom, mais le numérique ne remplacera jamais le vrai contact humain, soutient la directrice générale de l’Alliance chorale du Québec.

Par ailleurs, Philippe Ostiguy affirme qu’il est impossible de chanter en direct par visioconférence. La technologie ne le permet pas : il y a trop de délais entre les différents individus et les bandes passantes ne sont pas toujours assez fortes. [...] Chaque personne s’enregistre quand on fait des chœurs virtuels, affirme-t-il.

De plus, pour les jeunes chanteurs et chanteuses, l’absence de répétitions a engendré des problèmes. Il est temps qu’on recommence; le chœur est à refaire. Les cordes vocales sont un muscle qu’on doit entretenir. On a perdu beaucoup de nos sopranos qui ont mué, conclut Marie-Pierre Rolland.

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