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Des experts prônent le port du masque ou de la visière à l'école

Certains spécialistes doutent aussi de l'efficacité du retour en classe à temps partiel privilégié en Ontario.

Une petite fille avec un sac à dos vue de dos alors qu'elle entre dans la cafétéria d'une école.

Les experts sont partagés sur le retour en classe en septembre.

Photo : Getty Images / SDI Productions

Enseignants et élèves devraient porter un masque à l'école en septembre, selon plusieurs experts canadiens, qui ajoutent que la visière pourrait être une solution de rechange, particulièrement pour les plus petits.

Alors que plusieurs villes un peu partout au pays rendent le masque obligatoire dans les endroits publics intérieurs pour freiner la COVID-19, nombre de spécialistes croient que la mesure devrait aussi s'appliquer dans les écoles à la rentrée.

Il ne faudrait pas qu'on envoie un signal contraire [à celui des autorités municipales], affirme le virologue Hugues Loemba.

Le virus n'est pas parti. On risque de se retrouver comme ce qu'on voit chez nos voisins du Sud si on ne prend pas des mesures continues, ajoute le clinicien-chercheur à l'Hôpital Montfort d'Ottawa.

Les enfants, même s'ils sont moins susceptibles de tomber malades, un petit nombre peut développer le syndrome post-COVID et les enfants peuvent transmettre ce virus à leurs parents.

Hugues Loemba, virologue

Il est vrai, dit-il, que les élèves plus jeunes risquent de s'auto-infecter en portant un masque, parce qu'ils auront tendance à jouer avec leur couvre-visage et à toucher leur nez et leur bouche.

Pour les plus petits, la visière pourrait être une solution de rechange, selon lui. La visière ne colle pas au nez ou au visage, l'enfant peut mieux respirer, souligne-t-il.

Le Dr Hugues Loemba en entrevue.

Le virologue Hugues Loemba de l'Hôpital Montfort à Ottawa.

Photo : Radio-Canada

L'épidémiologiste Raywat Deonandan de l'Université d'Ottawa pense que le port du masque ou de la visière devrait être obligatoire pour tous les élèves de 12 ans et plus. Pour les enfants plus jeunes, le port du masque n'est probablement pas une solution, dit-il.

La professeure de médecine Anna Banerji de l'Université de Toronto prône elle aussi l'utilisation du couvre-visage en classe pour tous les enfants d'âge « approprié ».

Même son de cloche de la part du Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l'Hôpital général de Toronto. Il ajoute que la visière peut être une option de rechange, parce qu'elle est plus facile à porter pendant de longues périodes, est plus confortable et offre plus de possibilités pour la communication verbale et non verbale.

Isaac Bogoch dans son bureau en entrevue.

Isaac Bogoch, infectiologue de l'Hôpital général de Toronto

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Pour leur part, la professeure de pédiatrie Sarah Khan et son collègue en sciences de la santé Dominik Mertz de l'Université McMaster de Hamilton croient que le port du masque à l'école peut contribuer à rassurer les parents et les enseignants.

Les deux experts pensent toutefois qu'il devrait être obligatoire seulement si le taux d'infection local est élevé. Sinon, les bénéfices potentiels sont plutôt faibles, affirment-ils.

Les deux professeurs soutiennent aussi que les masques devraient être fournis par les écoles s'ils y sont obligatoires, pour assurer l'équité entre élèves.

Le plan pour la rentrée au Québec ne prévoit pas le port obligatoire du masque en classe. En Ontario, selon les trois scénarios à l'étude actuellement (école à temps plein, cours en ligne seulement ou approche hybride), le couvre-visage est optionnel, tant pour les élèves que pour les enseignants.

Des experts de l'Hôpital pour enfants de Toronto, qui ont conseillé le gouvernement de Doug Ford pour la rentrée, se sont opposés récemment au port obligatoire du masque chez les élèves. Leurs arguments : les avantages du masque chez les enfants sont méconnus, selon eux, et un couvre-visage porté incorrectement peut mener à un risque accru d'infection.

Le modèle hybride remis en question

Si la question du port obligatoire du masque suscite des divergences d'opinions chez les experts, tous s'entendent pour dire que le nettoyage des écoles et le lavage des mains sont essentiels pour limiter la propagation du coronavirus.

Les spécialistes sont aussi en faveur de la distanciation physique à l'école.

Mais l'application de ce concept en classe ne fait pas l'unanimité. Le modèle hybride, qui combine enseignement en classe à temps partiel et leçons sur Internet à la maison, est critiqué par beaucoup de parents ontariens, qui se demandent comment ils pourront travailler dans un tel contexte.

L'objectif d'un retour à l'école à temps partiel serait de diviser les groupes d'élèves, qui iraient en classe selon un horaire alterné, afin de faciliter la distanciation.

Toutefois, la professeure Banerji se demande si les élèves, particulièrement les plus jeunes, seront véritablement capables de respecter ces consignes.

Toutes ces règles comme les groupes de cinq, quelques jours d'école suivis de quelques jours de congé, ça ne marchera pas, selon moi.

Anna Banerji, experte en santé publique

Selon elle, l'accent devrait plutôt être mis sur la protection des élèves vulnérables et de leurs proches susceptibles d'être infectés.

Les professeurs Khan et Mertz pensent eux aussi que le modèle hybride créerait beaucoup de perturbations pour les élèves et les parents et que ses bénéfices sont « incertains » sur le plan de la santé publique.

Qui gardera les enfants les jours où ils ne sont pas à l'école? Ça risque d'être les grands-parents ou un élève du secondaire qui n'habitent pas sous le même toit (...). Ça peut mener à une transmission rapide de la COVID d'un groupe d'âge à l'autre.

Sarah Khan et Dominik Mertz, professeurs à l'Université McMaster

C'est sans parler, disent les professeurs Khan et Mertz, du fait que les élèves se côtoieront probablement dans leur quartier, sans grande distanciation physique, avant ou après les heures de classe.

Pour sa part, le virologue Hugues Loemba pense que l'approche devrait changer selon l'âge des élèves. Il explique que la distanciation physique est particulièrement importante chez les plus petits pour qui il peut être difficile de rester assis à un pupitre en portant un masque ou une visière, ce qui est moins le cas pour les plus grands.

En d'autres mots, il ne faut pas rejeter d'emblée le modèle hybride, selon lui, mais plutôt être « malléable » et ajuster le nombre d'heures d'enseignement en classe, selon le taux d'infection à la rentrée et l'âge des élèves.

Le professeur Deonandan pense lui aussi que les élèves les plus jeunes sont ceux qui ont le plus à gagner de classes à taille réduite, selon un horaire alterné si c'est nécessaire.

On ne peut pas garder les petits hors de leur groupe social pendant une autre année scolaire. Il faut trouver des façons de leur permettre de retourner à l'école.

Raywat Deonandan, épidémiologiste

De son côté, le psychologue et professeur à l'Université Laval de Québec Égide Royer prône un retour en classe à temps plein en septembre, même s'il y aura vraisemblablement de nouvelles infections à la rentrée, dit-il.

À un moment donné, c'est plus le risque de ne pas avoir d'enseignement qui devient plus grave que le risque éventuel d'être confronté à la COVID, soutient-il.

En Ontario, le ministère de l'Éducation et les conseils scolaires doivent donner plus de détails sur leur plan pour la rentrée au début d'août. La province a déjà précisé que les parents qui ne veulent pas envoyer leur enfant en classe auront accès à de l'enseignement en ligne.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

Avec la collaboration de Myriam Eddahia

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