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Enercon vend son usine de Matane

Le turbinier allemand trace un trait définitif sur une usine de 50 millions de dollars inaugurée il y a à peine dix ans.

L'usine d'Enercon à Matane et les terrains environnants.

Cette photo permet de constater l'immensité de l'usine d'Enercon à Matane qui a nécessité des investissements de près de 50 millions de dollars pour sa construction.

Photo : Radio-Canada

Vide et sans contrat depuis quatre ans, l'usine matanaise, qui devait devenir la plaque tournante du turbinier dans l'est de l'Amérique-du-Nord, est à vendre.

Enercon misait sur un nouvel appel d'offres d'énergie éolienne au Québec pour relancer son usine.

Un mince filet d'espoir qui avait incité l'entreprise allemande à conserver ses installations à Matane, même si plus personne, ou presque, n'y travaillait depuis 2016.

La direction d'Enercon a cependant conclut récemment qu'il n'y a pas de signaux clairs indiquant la reprise du marché de l'industrie éolienne au Québec à court terme.

L'usine, qui n'aura fonctionné que pendant six ans, est donc sur le marché depuis quelques semaines, a confirmé la direction à Radio-Canada. En 2015, environ 80 personnes y travaillaient, un nombre qui a fluctué selon les années et qui a même atteint 150 au plus fort de la production.

Il faut dire que la production de l'usine matanaise, exploitée par la filiale WEC Tours Québec Inc, a toujours reposé presque essentiellement sur les contrats au Québec, ce qui n'était pas l'objectif lors de l'annonce de son implantation en 2008.

Des pièces d'éoliennes sont alignées les unes à côté des autres sur l'asphalte du quai.

Composants d'éolienne au port de Matane (archives)

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Le rêve d'expédier des tours à partir du port de mer, qui avait d'ailleurs fait pencher la balance du côté de Matane, ne s'est donc jamais concrétisé, sauf en de rares occasions. L'ex-maire de Matane, Claude Canuel, s'en désole, lui qui s'était rendu en Allemagne pour convaincre Enercon de choisir sa ville.

Ç'a toujours été difficile de livrer à partir de Matane.

Claude Canuel, ex-maire de Matane et ex-démarcheur industriel

Les exigences supplémentaires en matière de contenu régional/local dans d'autres provinces canadiennes et des exportations non concurrentielles aux États-Unis en raison des prix élevés du transport ont empêché l’exportation de la production, a mentionné par courriel Eva Lotta Schmidt, la directrice aux relations corporatives de l'entreprise.

Claude Canuel, au premier plan, lors de l'inauguration officielle de l'usine Enercon à Matane, en 2011.

Claude Canuel, au premier plan, lors de l'inauguration officielle de l'usine Enercon à Matane, en 2011.

Photo : Radio-Canada

Les tours en ciment produites par Enercon coûtaient aussi plus cher, précise Claude Canuel.

Le choix d'utiliser le ciment combiné à l'obligation pour l'entreprise de faire appel à des sous-traitants pour installer les tours dans les parcs en raison de la réglementation des métiers de la construction au Québec, a fait grimper le coût des pièces produites par le turbinier allemand.

C'était une question de deux cultures qui doivent s'ajuster, la façon de procéder des Allemands et celle du Québec.

Claude Canuel, ex-directeur de l'urbanisme et du développement, Ville de Matane

Enercon a obtenu des contrats après les appels d'offres publics de 2008 et 2010.

C'est d'ailleurs cette volonté politique de développer une filière au Québec qui avait convaincu ce géant de l'éolien en Europe de traverser l'Atlantique.

C'est après son arrivée que les choses se sont corsées. L'entreprise construira bien deux tours pour le parc de la Dune-du-Nord aux Îles-de-la-Madeleine, mais ce fut le seul contrat québécois après 2010. En plus, ces tours ne seront pas construites dans l'usine de Matane.

La direction d'Enercon n'a pas voulu nous accorder une entrevue, se contentant d'une réponse écrite.

L'aventure Enercon au Québec en cinq dates

2011 : Inauguration officielle de l'usine. L'entreprise prévoyait embaucher 150 personnes et expédier sa production à partir du port.

2013 : Enercon transfère sa division d'entretien des parcs éoliens de Matane vers Montréal. Une quinzaine d'emplois sont perdus au profit de la métropole.

2015 : Enercon démantèle partiellement l'équipement de bétonnage à l'usine de Matane. Une trentaine de personnes perdent leur emploi et on évoque une fermeture temporaire, pour un an ou deux.

2016 : Fin de la production à Matane, cinq ans seulement après l'inauguration officielle. Il ne restait déjà qu'une quinzaine d'employés. Ils ne sont maintenant que 4.

2020 : Constatant l'absence de signaux pour de prochains contrats au Québec, Enercon décide de mettre en vente son usine de Matane, 12 ans après en avoir annoncé sa construction.

Déception... mais aussi soulagement

L'entreprise attendait beaucoup de la nouvelle politique énergétique du gouvernement en 2016, qui, au final, n'a pas répondu aux attentes de l'industrie éolienne.

Construction de l'usine Enercon vers 2009-2010.

Construction de l'usine Enercon vers 2009-2010.

Photo : Radio-Canada

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, mentionne que ce n'est pas dans l'ADN d'Enercon de fermer des usines.

Dans le monde, c'est à peu près une des seules [où c'est arrivé], précise le député.

On a maintenant une démonstration claire de l'impact du frein qui a été posé à l'éolien. Ce message-là devrait être entendu par le ministre des Ressources naturelles.

Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia

Le maire de Matane, Jérôme Landry, se dit cependant soulagé qu'Enercon ait enfin pris sa décision, après 48 mois d'inactivité.

Désormais, cette usine presque neuve, conçue pour fabriquer des pièces hors normes, constitue une carte de visite intéressante, note-t-il, pour attirer un nouvel investisseur à Matane.

Il était temps qu'on puisse mettre ce bâtiment-là en vente en espérant avoir un acheteur rapidement.

Jérôme Landry, maire de Matane

Jérôme Landry estime qu'une telle infrastructure pourrait attirer un joueur majeur sur la scène internationale en raison de la configuration unique de cette immense usine.

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