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Réformes policières : doit-on faire la collecte des données raciales?

Une jeune femme noire de profil marche devant des policiers en tenue antiémeute portant la mention « police militaire ».

La relation entre la police et les minorités visibles est tendue, aux États-Unis comme au Canada (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / Jose Luis Magana

Radio-Canada

La question de la relation entre les minorités visibles et la police est d’actualité depuis les manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd à Minneapolis, aux États-Unis. De nombreux Canadiens ont eux aussi manifesté leur désir de voir des réformes policières mises en place. Or, la collecte de données raciales en lien avec les interactions policières n’est pas uniforme au pays. De plus, certains militants se disent dubitatifs quant aux intentions derrière cette collecte.

En Ontario, le débat au sujet de la collecte des données raciales pendant les interactions policières dure depuis longtemps. Depuis janvier 2020, les policiers doivent rapporter les données raciales lors de certaines interactions.

Cette décision a été prise à la suite d’un rapport accablant de la Commission ontarienne des droits de la personne sur le profilage racial publié en 2018.

Si le fait même de compiler ces données est sujet à débat, l’utilisation de ces données en chicote certains.

De sérieux doutes

Selon Adora Nwofor, activiste de Black Lives Matter à Calgary, les personnes qui sont touchées directement par la collecte de ces données devraient être celles qui formulent les recommandations qui en découlent.

Si on commence à collecter ces données raciales, je suggère très, très fortement que ces populations obtiennent les informations en premier et soient autorisées à faire des suggestions pour améliorer la situation, dit-elle.

L’arrestation de Samuel, un citoyen de Montréal-Nord, a fait le tour des médias sociaux dernièrement. Il a demandé de demeurer anonyme puisqu’il craint d’être harcelé. CBC News a accepté de protéger son identité. Selon lui, les policiers utiliseraient ces données à leurs propres fins.

[Les policiers] vont nous montrer ce qu’ils veulent bien nous montrer et cacher ce qu’on devrait vraiment voir, selon lui.

Des données sur les interventions policières auprès de personnes racisées

Le cas de Halifax

À Halifax, en Nouvelle-Écosse, la police collige des données raciales depuis des années. Ce n’est qu’en 2017, suite à une enquête de CBC News, qu’une partie de ces données a été dévoilée au public. Celle-ci révélait que les Noirs avaient 3,1 fois plus de chances de se faire ficher.

Fichage : un contrôle d’identité aléatoire par un policier; ceux-ci collectent noms, adresses, description physique et autres détails, dépendamment des lois et règlements de chaque région

La sénatrice Wanda Thomas Bernard, qui est de la Nouvelle-Écosse, a suivi de près le débat sur le fichage à Halifax. Bien qu'elle voie l'avantage de rendre les données publiques, une approche prudente était nécessaire, selon elle.

Il ne s'agit pas seulement de collecter des données basées sur la race. Ce qui se passe avec ces données est bien plus important, dit-elle. À qui appartiennent les données? Comment la communauté est-elle informée? Comment les informations sont-elles utilisées pour créer et modifier les politiques et les pratiques?

Depuis que ces données ont été rendues publiques, le fichage a été rendu illégal en Nouvelle-Écosse.

À Toronto

Le débat sur le fichage a aussi permis des réformes à Toronto. Si le fichage y est maintenant illégal, les données sur la race continuent d’être colligées.

Le Service de police de Toronto veut prioriser la contribution de la communauté. En ce sens, leurs dirigeants ont tenu quatre assemblées publiques qui ont suscité l’engagement de plus de 800 résidents.

Nous leur avons posé des questions sur notre stratégie, ce qu'ils voulaient voir inclus dans la formation donnée aux policiers, selon Suelyn Knight, commandant de la section de l'équité, de l'inclusion et des droits de l'homme du Service de police de Toronto.

Il est important que les gens soient au courant que la voix de la communauté alimente notre stratégie. Et nous allons continuer. Il y aura d’autres [assemblées publiques].

Voir du changement

Malgré ces exemples, les activistes interviewés par CBC News à ce sujet sont convaincus que les données déjà colligées sont suffisantes et que la réforme policière devrait aller de l’avant.

C’est l’opinion d'Adora Nwofor. Franchement, je n'ai pas besoin de plus d'informations basées sur la race. J'ai besoin de voir du changement. Les idées des gens qui savent déjà que la police est systématiquement raciste doivent être appliquées.

Myra Tait, avocate autochtone et formatrice sur les questions de justice autochtone à l'Université de Winnipeg, est du même avis. Selon elle, le processus doit se dérouler en consultation avec ceux visés par ces statistiques.

On nous étudie, on collecte des données à notre sujet depuis très longtemps, dans ce pays. Et celles-ci sont tordues et utilisées pour nous blâmer, pour condamner la victime, conclut-elle.

Avec les informations de CBC News

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