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Droits de la personne : Londres sévit contre Moscou et Riyad

Le secrétaire d'État aux Affaires étrangères Dominic Raab.

Le secrétaire d'État aux Affaires étrangères Dominic Raab.

Photo : Reuters / Simon Dawson

Agence France-Presse

Le Royaume-Uni a visé surtout la Russie et l'Arabie saoudite lundi avec ses premières sanctions introduites indépendamment après le Brexit, dans le cadre d'un nouveau mécanisme mis en place par Londres pour punir les violations des droits de la personne.

Avec cette liste noire de 49 personnes et organisations, dont 25 Russes et 20 Saoudiens, Londres, centre international majeur pour les grandes fortunes de la planète, adopte le mécanisme utilisé par les États-Unis avec leur « loi dite Magnitski ».

Ce texte de 2012 interdit l'entrée sur le sol américain et gèle les avoirs aux États-Unis des individus et entités accusés d'enfreindre les droits de la personne.

Les Russes visés par les nouvelles sanctions britanniques sont d'ailleurs accusés d'être impliqués dans la mort en détention en 2009 du juriste Sergueï Magnitski, qui avait dénoncé un réseau de corruption. Parmi eux figure Alexandre Bastrykine, patron du puissant Comité d'enquête, organisme dépendant directement du Kremlin chargé des principales enquêtes.

Le fondateur britannique du fonds d'investissement Hermitage Capital qui employait le juriste, Bill Browder, a salué sur Twitter un énorme tournant, avant de rencontrer le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab en présence de la veuve et du fils de son défunt employé.

Photo de Sergueï Magnitski

La mère de Sergueï Magnitski, Nataliya, tient une photo de son fils, en novembre 2009.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Alexander Zemlianichenko

Moscou brandit des mesures de rétorsion

Via son ambassade à Londres, la Russie a averti qu'elle se gardait le droit de prendre des mesures de rétorsion en lien avec la décision hostile du Royaume-Uni, qui, selon elle, ne va pas améliorer les relations entre les deux pays.

Les relations diplomatiques entre Londres et Moscou sont déjà au plus bas en raison des nombreux sujets de tension accumulés ces dernières années, dont en 2018 l'empoisonnement de l'ex-agent double Sergueï Skripal et de sa fille en Angleterre. L'attaque, qui a causé la mort d'une Britannique, a été attribuée par Londres aux renseignements militaires russes, ce que Moscou dément.

La liste inclut aussi 20 Saoudiens soupçonnés d'avoir joué un rôle dans l'assassinat en 2018 de l'éditorialiste critique du régime saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul. Ce meurtre a plongé l'Arabie saoudite dans l'une de ses pires crises diplomatiques et terni l'image du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit MBS, désigné par des responsables turcs et américains comme le commanditaire du meurtre.

Figurent aussi dans la liste britannique deux généraux birmans soupçonnés d'exactions envers la minorité musulmane des Rohingyas et deux organisations impliquées dans du travail forcé, de la torture et des meurtres dans les camps de Corée du Nord.

Jamal Khashoggi est assis, le regard fixe.

Le meurtre du journaliste dissident Jamal Khashoggi hante toujours l'Arabie saoudite.

Photo : afp via getty images / MOHAMMED AL-SHAIKH

Une liste qui risque de s’allonger

Avec une liste amenée à être complétée, ce nouveau régime de sanctions s'appliquera à ceux qui facilitent, incitent, promeuvent ou soutiennent ces violations, ainsi qu'à ceux qui tirent un avantage financier des violations des droits de l'homme, a expliqué la diplomatie britannique.

Elles pourront viser notamment les meurtriers de journalistes et d'employés des médias, ou les responsables d'actes motivés par la religion ou une croyance .

Devant les députés, Dominic Raab a décrit ces sanctions comme un outil permettant de viser les auteurs (de violations des droits de la personne, NDLR) sans punir plus largement la population d'un pays .

[Les sanctions] envoient un message clair du peuple britannique à ceux qui ont du sang sur les mains, aux hommes de main des despotes, aux sbires des dictateurs : ils ne peuvent pas venir dans ce pays acheter des propriétés sur King's Road, venir faire leurs achats de Noël à Knightsbridge ou siphonner leur argent sale via les banques britanniques.

Le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab

Londres est un important acteur financier, a relevé Emil Dall, chercheur au centre de réflexion RUSI. Les autorités britanniques vont pouvoir refuser à certaines personnes la capacité d'effectuer des opérations financières au Royaume-Uni ou empêcher les personnes sanctionnées d'envoyer leurs enfants dans les écoles privées du pays.

Avec ce mécanisme, le Royaume-Uni adopte pour la première fois de manière autonome des sanctions relatives aux droits de la personne, indépendamment de l'ONU ou de l'Union européenne (UE) qu'il a quittée le 31 janvier.

Cela va permettre au Royaume-Uni de travailler de manière indépendante avec des alliés comme les États-Unis, le Canada, l'Australie et l'Union européenne, a précisé la diplomatie britannique.

Washington salue le geste de Londres

Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a salué lundi les sanctions annoncées par le Royaume-Uni et qui marquent le début d'une nouvelle ère pour la politique de sanctions britannique et la coopération entre nos deux démocraties.

Les États-Unis vont continuer à chercher de nouveaux alliés et partenaires afin de mobiliser ensemble tous les outils à notre disposition pour bloquer l'accès aux systèmes financiers américain et international à tous ceux qui violent les droits de la personne, a ajouté le chef de la diplomatie américaine dans un communiqué.

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