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De jeunes Français en ont assez des contrôles policiers

Les tensions demeurent vives entre de nombreux jeunes Français et les policiers. La mort de l’Américain George Floyd a ramené les projecteurs sur la controversée pratique des contrôles d’identité visant les jeunes de couleur. Témoignages.

Abdoulaye.

Abdoulaye a grandi dans le quartier de la Goutte d'Or.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

« Mon premier contact (avec les policiers), c'était quand j'avais 14 ans. Je me rappelle, j'avais une bicyclette, j'étais parti faire des courses. » Maigre et posé, Abdoulaye parle lentement. Comme s’il pesait ses mots. Sans afficher d’émotion, il replonge dans ses souvenirs. Ce moment où son enfance a perdu en innocence.

Abdoulaye a grandi dans le quartier populaire de la Goutte d'Or, dans le nord de Paris, où habitent surtout des gens de couleur. Ce jour-là, il circulait sur la bicyclette empruntée à un copain.

Je m'étais arrêté à un feu rouge. [Le policier] m'avait contrôlé pour voir si le vélo n'était pas volé. Le vélo, il était de qualité.

Abdoulaye

Conclusion d’Abdoulaye : dans la tête du policier, si quelqu’un lui ressemblant conduit un beau vélo, c’est sûrement volé. Ça laisse un goût très amer en bouche, explique-t-il. Vous n'avez plus le même ressenti que quand vous parlez d'eux comme les gentils et bons citoyens qui sont là pour nous protéger. Une pratique peu fréquente, sauf que…

Abdoulaye fait partie d’un groupe de cinq jeunes hommes de couleur qui ont accepté de se livrer, d’expliquer comment se déroulent ces fameux contrôles d’identité si controversés en France.

Du groupe, il était le plus âgé lorsqu’il s’est fait aborder pour la première fois par un policier. Il avait 14 ans. Les autres en avaient tous 13. C’est l’âge auquel les garçons prennent l’allure d’adolescents, qu’ils passent plus de temps en groupe.

Interrogés séparément, les cinq ont tous décrit des situations qui se ressemblent. Jeunes à la peau foncée, ils sont approchés par les policiers auprès de qui ils doivent s’identifier. Des contrôles fréquents et, très souvent, sans suite judiciaire.

En France, les policiers ont le droit d’agir ainsi, sans motif préalable. Peu de traces de ces contrôles sont conservées. Difficile de dire combien sont effectués chaque semaine. Ni combien permettent vraiment de découvrir des délits.

Les témoignages et les enquêtent permettent cependant de comprendre qu’une minorité est sujette à ces contrôles plus souvent qu’à son tour. 20 fois plus souvent, selon une estimation du Défenseur des droits.

Dimitri assure avoir été contrôlé deux ou trois fois chaque semaine. Abdoulaye l’a été cinq jours consécutifs durant le confinement. Avant de nous quitter pour un quartier plus cossu de Paris, Mamadou anticipe un contrôle.

Dimitri

Chaque semaine, Dimitri affirme être contrôlé par la police.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Les racines de la méfiance

Une bonne partie de ces contrôles s’avère banale et routinière. Bonjour, vos papiers, quelques questions. Et c’est terminé.

Mais certains sont plus pénibles à subir. Mains sur le mur ou la voiture, jambes écartées, palpation corporelle. Le tout devant les voisins ou les commerçants qui peuvent les reconnaître.

Un traitement dégradant et humiliant, explique Charles. Se faire contrôler comme ça sur la place publique, pour rien. Ce n'est même pas une bonne image pour nous. Une humiliation qui, pour les jeunes, semble calculée. Destinée à leur lancer un message.

Je me suis senti inférieur à eux, lance Mamadou. Comme si j'étais un chien. Ils pouvaient insulter mon frère et ma soeur. Je ne pouvais rien faire.

Mamadou

Mamadou

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Les jeunes soutiennent être insultés, giflés ou même battus durant ces contrôles. Des gestes qui seraient destinés à provoquer une réplique du contrôlé, afin de justifier son arrestation.

Les cinq jeunes hommes affirment n’avoir d’autres choix que de rester polis et coopératifs. Et de baisser la tête.

Mais pas question de porter plainte en cas d’abus. Ça ne sert à rien, croit Mamadou. Les jeunes sont convaincus que les agents prendront toujours le parti d’un collègue accusé. Un traitement qui entretient colère et méfiance auprès d’une partie de la jeunesse française. C'est un vrai sentiment de haine, lâche Charles, en parlant du rapport avec les policiers.

Cette politique des contrôles répétés, c'est bloquant dans le dialogue, explique Jérôme Disle, le responsable de l'association Espoir 18 qui tente de rapprocher les jeunes des policiers.

Jérôme Disle.

Jérôme Disle, responsable de l'association Espoir 18.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Il jette la pierre aux politiciens, ceux qui définissent les priorités de la police française. Il compare la France à d’autres pays européens où les policiers ont adopté une tactique moins agressive. Aujourd'hui (la police française) est plus sur le côté répressif que sur le côté prévention et dialogue. La seule chose qui peut faire évoluer ça, c'est au niveau politique.

Les cinq jeunes ont tous tenu à souligner que bien des rencontres avec les policiers se déroulent correctement. Que beaucoup d’agents n’abusent pas de leur autorité.

C’est la fréquence des contrôles qui frustre Charles et les autres. J'ai déjà couru parce que je ne voulais pas vivre un contrôle. Ça me met en tort de courir, mais j'en ai marre d'être contrôlé pour rien. J'en ai marre de vivre tout ça.

Charles

Charles a été contrôlé à plusieurs reprises par des policiers.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

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