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Le ministère de l'Éducation ontarien veut s’attaquer au racisme systémique dans les écoles

Un jeune garçon semble triste et seul dans un décor qui pourrait être une école.

Selon une étude, 42 % de tous les élèves noirs des conseils scolaires du Grand Toronto ont été suspendus au moins une fois pendant leur parcours scolaire.

Photo : iStock

Nicolas Haddad

Le gouvernement de l'Ontario a révélé qu’une série de mesures qui visent à corriger le racisme systémique dans les écoles de la province seront annoncées cette semaine.

Dans bien des écoles en Ontario, les étudiants de 9e année doivent choisir de suivre soit la filière académique, qui mènerait à des études universitaires, ou la filière appliquée, qui les oriente vers les collèges et les métiers manuels, au début de leurs études secondaires.

Dans une entrevue exclusive avec le journal Toronto Star publiée lundi matin, le ministre de l'Éducation Stephen Lecce a qualifié la division des programmes scolaires de pratique systématiquement raciste et discriminatoire.

Plusieurs chercheurs du domaine de l’éducation ont démontré que la division de ces deux parcours scolaires pèse disproportionnellement sur les élèves noirs et ceux issus d’une famille à faible revenu en ce qui concerne leurs taux de diplomation et leurs chances de poursuivre des études postsecondaires. Selon les experts, les élèves noirs sont trop souvent orientés vers la filière appliquée, ce qui les mène souvent à abandonner leurs études.

Doug Ford et Stephen Lecce en conférence de presse.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, en compagnie du ministre de l'Éducation, Stephen Lecce

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Je ne pense pas que ce soit juste. C'est un système qui ne fonctionne pas.

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

L’Ontario est la seule province au Canada où une telle division du curriculum au secondaire est en place. Selon le premier ministre ontarien Doug Ford, cette pratique stigmatise les élèves noirs en particulier.

Il a déclaré en conférence de presse, lundi, que 50 % des élèves noirs ne fréquentent pas le côté académique du secondaire, ce qui est injuste, et qu’il n’était pas d’accord pour demander à un enfant de 14 ans de prendre une décision en 9e année concernant le reste de sa scolarisation au secondaire et postsecondaire.

La division du programme au secondaire nuit aux Noirs

Un rapport publié en 2017 par le professeur de l'Université York Carl James a révélé que les adolescents noirs du Grand Toronto étaient plutôt orientés vers la filière appliquée à des taux beaucoup plus élevés que les autres élèves.

Une jeune femme travaille sur un moteur.

L'Ontario est la seule province où les élèves de secondaire doivent soit suivre une scolarisation « académique », ou bien « appliquée ».

Photo : Radio-Canada

Selon ses recherches, seulement 53 % des élèves noirs du Grand Toronto ont suivi la filière académique, contre 81 % des élèves blancs, et 80 % des élèves racisés issus d’autres minorités visibles. Le rapport démontre aussi que 39 % des élèves noirs s’étaient inscrits dans la filière appliquée, contre 18 % des autres groupes racisés, et 16 % des élèves blancs.

Un autre rapport publié en 2015 par l'organisme à but non lucratif torontois People for Education a révélé que les élèves qui suivaient la filière appliquée en 9e année avaient beaucoup moins de chances d'aller à l'université, et que les élèves des groupes à faible revenu avaient plus de chances de s'inscrire dans la filière appliquée.

Le conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB), le plus gros conseil au pays, a constaté que seulement 40 % des élèves qui avaient suivi la filière appliquée en 9e année ont obtenu leur diplôme de secondaire en cinq ans ou moins. Depuis quelques années, le TDSB élimine progressivement les deux filières d'éducation secondaires pour ses élèves de 9e et 10e années.

Pas d’expulsions pour les jeunes élèves du primaire

Le ministère de l'Éducation a également déclaré qu'il interdisait les expulsions pour les élèves de la maternelle à la 3e année, une autre pratique qui a disproportionnellement touché les élèves noirs.

L'étude de Carl James avait révélé que 42 % de tous les élèves noirs des commissions scolaires de Toronto, York, Peel et Durham ont été suspendus au moins une fois au moment où ils quittent l'école secondaire.

Des données montrent que les élèves noirs sont suspendus à un plus haut taux que les autres dans les écoles.

Des données montrent que les élèves noirs sont suspendus à un plus haut taux que les autres dans les écoles de l'Ontario.

Photo : The Associated Press

Ce problème a également été signalé dans le cadre d’une enquête récente sur le Conseil scolaire du district Peel qui a mis en lumière le manque de préparation et de savoir-faire des administrateurs du conseil scolaire pour faire face au racisme anti-Noir qui touche ses élèves.

L'étude a révélé que les élèves noirs ne représentent que 10,2 % de la population des écoles secondaires de Peel, mais qu’ils représentent environ 22,5 % des élèves qui ont été expulsés. De plus, les enquêteurs ont rapporté avoir entendu de façon anecdotique que certains directeurs d'école ont utilisé n'importe quelle excuse pour suspendre des élèves noirs, par exemple pour avoir porté des chandails à capuchon, ou des boucles d'oreilles.

Le ministère de l'Éducation a aussi affirmé qu'il s'efforcera de garantir l'imposition de sanctions appropriées aux éducateurs qui font des commentaires racistes ou se comportent de manière discriminatoire.

Un geste attendu depuis plusieurs années

Selon le directeur de l’éducation du conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB), John Malloy, son organisation réclame la fin du curriculum à deux vitesses depuis des années.

Une enseigne devant un édifice en briques

La vaste majorité des élèves expulsés des écoles du conseil scolaire public anglais de Toronto de 2011-2012 à 2015-2016 étaient de jeunes hommes du secondaire, 48 % d'entre eux étant Noirs. En guise de comparaison, 10 % étaient blancs.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Il y a quelques années, nous avons sondé notre communauté et nous avons appris des leçons assez difficiles, souligne M. Malloy, qui explique que quand nous avons regardé qui nous ne servions pas assez bien dans notre système, la majorité des élèves étaient noirs ou autochtones.

Pour Doug Little, un expert de l’éducation en Ontario, l’annonce de Stephen Lecce est surtout liée au mouvement antiraciste qui a suivi la mort de George Floyd aux États-Unis, et à la parution du rapport accablant le mois de mai dernier qui a démontré que le racisme sévit dans les établissements du Conseil scolaire de la région de Peel.

Les parents des familles noires de Peel n'allaient pas se voir refuser leur principale demande, et c’était la fin du système d’éducation à deux vitesses au secondaire, indique l’ancien conseiller scolaire de Toronto.

Nous prenons acte et soutenons les récentes déclarations du ministre de l’Éducation pour continuer d’éliminer les obstacles créés par les préjugés et le racisme systémique, et s’assurer d’adapter les programmes et les services dispensés ainsi que l’éducation offerte aux élèves, a déclaré pour sa part le Conseil scolaire Viamonde par courriel à Radio-Canada.

Avec les informations de CBC

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