•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les Sœurs grises de Montréal visées par une demande d'action collective

Des enfants auraient été agressés sexuellement et maltraités entre 1925 et 1972 à la Crèche d'Youville.

Photo en noir et blanc du bâtiment du chemin de la Côte-de-Liesse.

La Crèche d'Youville, en 1959.

Photo : David Bier

Une demande de recours collectif a été déposée contre les Sœurs de la Charité de Montréal, aussi appelées « Sœurs grises », à qui l'on reproche de ne pas avoir pris soin adéquatement des enfants vulnérables qui leur ont été confiés sur une période d'environ 50 ans.

La requête a été transmise lundi à la Cour supérieure du Québec par la firme d'avocats Quessy Henry St-Hilaire.

Le demandeur, Jacques Beaulieu, souhaite obtenir justice pour tous les enfants vulnérables qui ont eu le malheur d'avoir été placés à la Crèche d'Youville, où ils ont été abusés, maltraités, battus, violés et détruits par les personnes mêmes qui devaient prendre soin d'eux et de leur bien-être.

Il demande donc l'autorisation d'exercer une action au nom de toute personne ayant été victime d'abus sexuel et/ou d’abus physique et/ou d’abus psychologique [...] par les préposés laïcs de la Crèche d’Youville, [par] les Sœurs grises de Montréal [ou] par quelconque autre personne à qui elle a été confiée par ceux-ci, entre 1925 et 1972.

La demande de recours collectif qui a été déposée lundi n'évalue pas les dommages qui pourraient être réclamés à la congrégation religieuse. Le montant sera à déterminer ultérieurement, peut-on lire dans la requête.

De sa création (en 1925) à sa fermeture (en 1972), la Crèche d'Youville a accueilli plus de 78 000 enfants de 0 à 12 ans. L'établissement – situé sur le chemin de la Côte-de-Liesse, dans ce qui était alors la ville de Saint-Laurent – servait de maison d’accueil aux enfants orphelins et à ceux dont les parents, pour une raison ou pour une autre, ne pouvaient plus s’occuper.

Jacques Beaulieu affirme avoir fait l’objet d’abus physiques et psychologiques de la part [...] des Sœurs grises de Montréal et de leurs préposés laïcs après son admission à la Crèche d’Youville en 1968, alors qu'il n'avait que 3 ans.

Le demandeur dit avoir été traumatisé [...] des abus dont il a été victime et dont il a été témoin. Plus précisément, il raconte avoir été frappé à coup de ceintures, avec des règles en bois ou avec la main ouverte; gavé; menacé de mort; rabaissé; démoli psychologiquement; etc.

M. Beaulieu atteste en outre avoir été agressé sexuellement à de nombreuses reprises par un prêtre, un dénommé Conrad, à qui il était confié tous les dimanches pour se rendre à la messe.

Et il n'était pas le seul à subir de tels sévices, spécifient ses avocats. Il ne [s’agissait] pas de gestes isolés, plaident-ils dans leur requête, mais plutôt d’agressions systémiques répétées, commises par plusieurs personnes, à l’endroit de plusieurs victimes, et ce, sur une longue période.

Décédée l'an dernier, Manon Beaulieu – la sœur de Jacques – aurait notamment confié à son frère avoir elle-même été agressée sexuellement par des religieuses pendant qu’elle était hébergée à la Crèche, ajoutant que les Sœurs s’adonnaient à cette pratique avec plusieurs autres jeunes filles.

Les recours s’additionnent

Au moins une dizaine d'autres causes semblables sont devant les tribunaux à l'heure actuelle. Des recours collectifs ont notamment été déposés ces dernières années par la firme Arsenault Dufresne Wee contre les Clercs de Saint-Viateur, les Oblats de Marie-Immaculée et l'archevêché de Montréal, entre autres.

Le cabinet Quessy Henry St-Hilaire a également intenté un recours collectif contre les Sœurs de la Charité de Québec pour des agressions sexuelles et physiques commises à l'orphelinat du Mont d'Youville.

C'est d'ailleurs la médiatisation de cette cause qui aurait mené Jacques Beaulieu à entrer en contact avec la firme, qui se spécialise dans les recours collectifs.

Le rôle de ces institutions-là était de protéger les personnes les plus vulnérables de notre société et, clairement, c’est un échec – un échec important, estime l'avocat Jean-Daniel Quessy.

Parallèlement à ça, je crois que c’est notre responsabilité aujourd’hui de faire entendre la voix de ces victimes-là, de les valider dans leur expérience, de dire : "Oui, on vous a causé un tort", et qu’on les indemnise, considère-t-il.

Avec la collaboration de Valérie-Micaela Bain

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.

Grand Montréal

Justice