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Racisme à la Défense nationale : le ministre Sajjan ordonne une enquête

Harjit Sajjan en veston-caravate porte un turban sur la tête.

Le ministre de la Défense Harjit Sajjan a ordonné une enquête approfondie sur cette affaire liée en partie à la pose d’affiches à caractère raciste en milieu de travail.

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada

Le ministre Harjit Sajjan a ordonné la tenue d’une enquête concernant des gestes à caractère raciste commis dans un bureau du ministère de la Défense nationale situé dans la capitale fédérale.

Cette affaire remonte à 2016. Un superviseur travaillant pour le ministère de la Défense nationale (MDN) à Ottawa a affiché dans la cuisine du bureau une image montrant une camionnette blanche destinée à ressembler à une publicité pour une entreprise de déménagement de Détroit.

Le logo comportait des caricatures de deux hommes noirs tenant des lances et un slogan offensif contenant les mots « nègre » et « merde ».

Andrea Kenny, une employée noire, a déposé une plainte au printemps 2017. Elle raconte avoir été choquée lorsqu'elle a vu l'image pour la première fois à la fin de l’année 2016.

Nous n’étions que trois personnes sur tout l’étage à faire partie des minorités visibles. Alors, le fait que mon supérieur immédiat affiche une telle image était du mépris pour les employés dans cet environnement, affirme-t-elle.

Elle dit s’être plainte au patron de son supérieur et celui-ci a été contraint à s’excuser auprès des employés noirs du bureau.

La camionnette blanche stationnée avec deux hommes noirs tenant des lances et des slogans offensants. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Image de l’affiche posée dans la cuisine du MDN en 2016. La CBC a masqué en rouge deux mots offensants. Une enquête menée par le groupe américain Media Matters a conclu qu’une telle compagnie n’a jamais existé. L’image circulait sur des sites Internet racistes. Me Doug Hill de l’Alliance de la Fonction publique du Canada l’a transmise pour accompagner ce reportage.

Photo : Courtoisie / Doug Hill / Alliance de la Fonction publique du Canada

Plaintes internes rejetées

Plus tard, Andrea Kenny a déposé un grief officiel au ministère de la Défense nationale après que son superviseur, un officier supérieur militaire, a affiché une autre image offensante dans la cuisine du bureau : une blague raciste faisant référence aux juifs et à Hitler.

Cette plainte alléguant une discrimination raciale ainsi qu'un racisme systémique a été rejetée à plusieurs reprises dans des décisions rendues par le mécanisme interne de règlement des griefs du Ministère.

C’était juste des non, se souvient Sandra Griffith-Bonaparte de l’Union des employés de la défense nationale (UEDN).

Mme Griffith-Bonaparte, qui a accompagné Mme Kenny tout au long du processus, n’est plus une représentante syndicale.

Cependant, elle soutient que quand elle travaillait au syndicat, les griefs liés à la discrimination raciale étaient systématiquement rejetés.

Mme Kenny attend une date d'audience pour l’appel qu’elle a interjeté à la Commission des relations de travail et de l’emploi dans le secteur public fédéral.

Un arriéré de dossiers non traités à la Commission fait en sorte que le processus pourrait prendre encore quelques années, selon l’avocat de Mme Kenny, Doug Hill, du département des services juridiques de l’Alliance de la Fonction publique du Canada.

Doug Hill signale que 70 % des employés choisissent de résoudre les problèmes liés à la discrimination en milieu de travail par la médiation. Cette option inclut des clauses de confidentialité qui masquent l'ampleur du problème racial au sein du service public, estime-t-il.

Un panneau annonçant le site du campus en grosses lettres.

Le ministère de la Défense nationale du Canada reconnaît qu'il s'agit d'une « affaire extrêmement grave ».

Photo : Radio-Canada

Une affaire sérieuse, dit le ministre

Après que CBC a commencé à enquêter sur cette affaire au ministère de la Défense nationale, le ministre a décidé d’intervenir.

Cette sérieuse affaire à Ottawa vient d’être portée à mon attention. J'ai demandé qu'une enquête approfondie soit menée immédiatement, et des mesures appropriées seront prises une fois terminée.

Harjit Sajjan, ministre de la Défense

Des sources bien informées du dossier ont indiqué à CBC que le superviseur qui a affiché les images a été suspendu par son employeur. On ignore toutefois s’il reçoit toujours son salaire.

Le ministère de la Défense nationale refuse de révéler son statut actuel, invoquant la protection de la vie privée du personnel.

Dans une déclaration, le Ministère a néanmoins admis que le dossier Kenny était une affaire extrêmement grave.

Nous reconnaissons que le MDN/ FAC (Forces armées canadiennes) doivent en faire plus pour prévenir et punir les comportements haineux dans nos rangs et nos équipes, est-il écrit.

Ceci explique pourquoi nos hauts dirigeants s'efforcent en permanence d'identifier et de mettre en place des solutions concrètes pour s’attaquer à la discrimination et au racisme institutionnel et systémique, peut-on lire dans la déclaration.

Le ministre Sajjan a assuré que l’enquête allait s’étendre au-delà de la pose de l’affiche et s’intéresser de près à la procédure de règlement des griefs, qui a rejeté la plainte initialement, et à la question du racisme systémique.

Vue de face d'un édifice en verre.

Le campus Carling du ministère de la Défense nationale du Canada situé à Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Des représailles au travail

Cette enquête survient quatre ans après le début de l’affaire. Andrea Kenny dit avoir payé un gros prix pour s’être levée et avoir dénoncé le racisme.

À partir du moment où j’ai déposé ma plainte, les représailles ont commencé, dit-elle au sujet de sa première dénonciation auprès de son syndicat au cours des mois qui ont suivi l’affichage de l’image controversée en 2016.

Son superviseur a pu rester en poste, souligne-t-elle, et il a été autorisé à procéder à l'évaluation de ses performances au printemps 2017.

Mme Kenny affirme que son évaluation effectuée en 2017 contrastait avec les précédentes évaluations de performance positives et qu'elle était considérée comme une fautrice de troubles, et ce, malgré 25 années passées au sein du ministère.

Dès lors, se rendre au boulot est devenu de plus en plus difficile et le stress a commencé à perturber son sommeil et sa santé mentale, décrit-elle. C’était simplement un environnement très, très toxique, lâche-t-elle.

En vertu des conditions liées à la procédure de réclamation, Mme Kenny dit être tenue à la confidentialité concernant certaines informations, dont le nom de la personne qui a posé l’affiche.

Aujourd’hui, Mme Kenny a un nouvel emploi au sein de la fonction publique. Elle demeure résolue à mener à bien l'affaire du MDN.

J’espère que quelque chose de bon en ressortira. Si ce n'est pour moi, pour quelqu'un d'autre, souhaite-t-elle.

D’après un reportage d’Amanda Pfeffer de CBC News

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