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L'abandon des règles de distanciation met les autorités sanitaires à cran au Québec

Une serveuse portant un masque sert des clients qui n'en portent pas.

Les experts craignent que la réouverture des bars ait un impact notable sur la progression de la COVID-19 au Québec.

Photo : Reuters / Sergio Flores

Le non-respect des règles d’hygiène et de distanciation sociale constaté ces dernières semaines dans les lieux publics, les bars et les restaurants du Québec inquiète les autorités sanitaires, qui redoutent un retour en force de la COVID-19, comme c’est le cas aux États-Unis.

Que ce soit lors d’une sortie dans un parc, d’une journée à la plage, à la piscine, ou lors d’une soirée dans un resto-bar, la règle de distanciation de deux mètres et le port du masque sont de moins en moins respectés par les Québécois ces dernières semaines.

Les autorités québécoises de la santé publique ont constaté ce relâchement collectif à la faveur du retour du beau temps et de la réouverture des établissements de divertissement. C’est pourquoi le directeur de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, ont profité d'une conférence de presse, lundi après-midi, pour rappeler à la population que les risques d’un retour en force de la COVID-19 sont bien réels si les mesures de distanciation sont négligées.

La hantise du scénario américain

Image de drone de nombreuses personnes sur la plage de Clearwater, en Floride.

La plage de Clearwater, en Floride, le 3 juillet 2020. La situation s'est détériorée dans le sud des États-Unis au cours des dernières semaines.

Photo : Reuters / Base de drone

Malgré des chiffres encourageants et la chute du nombre de décès ces dernières semaines au Canada, le coronavirus continue de se propager au pays et également aux États-Unis, où 50 000 à 100 000 nouveaux cas sont recensés chaque jour depuis la réouverture des bars, des restaurants et des plages dans la plupart des États.

Inquiètes de voir un tel scénario se produire au Québec, les autorités sanitaires surveillent la situation de près pour tenter d’endiguer toute nouvelle éclosion de la maladie. C’est ainsi que dimanche, la santé publique de la Montérégie a dû lancer un appel à tous les clients qui ont fréquenté un bar de Brossard le 30 juin dernier, où plusieurs personnes infectées à la COVID-19 ont été identifiées.

On parle d’une soixantaine de jeunes qui ont fréquenté des partys dans des maisons et, parfois, les mêmes personnes se regroupaient dans ces événements, et on s’est retrouvé avec un grand nombre de cas positifs, explique la Dre Julie Loslier, directrice de la santé publique de la Montérégie, dans une entrevue sur les ondes d'ICI Première.

Il y en a qui se sont retrouvés le 30 juin au Mile Public House, d’où le fait qu’on a demandé aux clients qui étaient présents et aux employés d’aller se faire dépister.

Augmentation de cas inévitable

Pour les experts, il ne fait aucun doute que la réouverture des bars aura un impact notable au Québec sur la progression de la maladie, comme cela a été le cas aux États-Unis.

On voit la même chose ici, on s’y attendait. [...] Dès qu'on relâche, la bête revient nous mordre, a confirmé la Dre Caroline Quach, microbiologiste au CHU Sainte-Justine, sur les ondes d’ICI RDI.

Ça donne raison à tout ce qui s’est passé aux États-Unis, où les bars avaient été ouverts déjà depuis plusieurs semaines, explique la Dre Quach. Certains États ont même été obligés de les refermer parce qu’il y avait une transmission accrue de COVID-19.

Des malades de plus en plus jeunes

Des gens dansent sur une piste de danse.

Les rapprochements sont difficiles à contrôler, particulièrement dans les bars.

Photo : Getty Images / mediaphotos

Une autre préoccupation de la santé publique depuis la réouverture des bars est la progression rapide de la maladie dans les tranches les plus jeunes de la population. Notamment chez les jeunes adultes de 18 à 40 ans.

On a vu au Texas et en Floride que la moyenne d’âge des cas a diminué drastiquement. […] C’est ce que j’observe aussi en Montérégie ces dernières semaines, la baisse de la moyenne d’âge est très réelle.

Dre Julie Loslier, directrice de la santé publique de la Montérégie

Les jeunes, ça nous inquiète moins pour leur propre santé, car par rapport aux personnes âgées ils sont beaucoup moins malades, mais il reste qu’ils deviennent des vecteurs de transmission et ils sont en contact avec des personnes qui sont plus âgées et qui peuvent avoir une immunosuppression ou des maladies chroniques.

Pour la Dre Quach, être jeune n’est pas non plus une police d’assurance contre la COVID-19 et ses graves complications.

Leur système immunitaire étant beaucoup plus robuste, c’est sûr qu’il y a des risques qu’ils fassent des inflammations plus importantes et lorsqu’ils sortent des soins intensifs, il y a un impact à beaucoup plus long terme, explique la microbiologiste au CHU Sainte-Justine.

Faut-il fermer de nouveau les bars?

Considérant l’évolution dramatique de la maladie aux États-Unis, ne serait-ce pas plus sage d’ordonner tout de suite leur fermeture chez nous?

En ce moment, on l’expérimente, explique la Dre Loslier. Il y a quand même des mesures qui sont mises en place à plusieurs endroits. Il y a plusieurs bars et restos-bars qui ferment plus tôt, par exemple, pour prévenir le fait que les gens boivent de plus en plus et perdent cette conscience de la distanciation.

Pour la question des fermetures, il ne me revient pas de fermer des établissements dans ma région. Par contre, on a fréquemment des discussions, que ce soit pour les bars ou d’autres types d’événements qu'on surveille de près, explique-t-elle.

Le but, ce n’est pas de tout fermer pour tout fermer. On ne souhaite pas aller vers ça, mais il faut vraiment que la situation change. Il y a les restaurants et les bars, mais il y a aussi les partys privés.

Dre Julie Loslier, directrice de la santé publique de la Montérégie

Et ce n’est pas que les jeunes, rappelle la Dre Loslier. On dirait que la pandémie n’existe plus. Mais je peux vous assurer que la pandémie est loin d’être terminée.

Qu'en pensent les restaurateurs?

Un serveuse d'un restaurant de Québec qui porte une visière et un masque.

L'expérience dans les restaurants est aujourd'hui bien différente de ce qu'elle était avant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Mireille Roberge

Pour François Meunier, vice-président Affaires publiques et gouvernementales à l'Association des restaurateurs du Québec, il est essentiel que les clients autant que le personnel des établissements continuent d'observer les règles d'hygiène et de distanciation.

Les bars, les endroits où c’est davantage dans un mode festif, où il y a un peu de spectacles, où les gens sont invités à s’exprimer, c’est vrai que dans ces endroits, il y a davantage de contrôle et de gestion à avoir , reconnaît M. Meunier.

Il fait chaud, il fait beau, c’est l’été… ça fait trois mois qu’on n’est pas sortis. Il y a certaines couches de la population, peut-être les plus jeunes, qui ont besoin qu’on leur rappelle que ce n’est pas terminé.

François Meunier reconnaît par ailleurs que du travail reste aussi à faire du côté des propriétaires d'établissements, dont certains sont carrément réfractaires et transgressent volontairement les règles parce que ça répond aux attentes d’une certaine clientèle.

Il y a des gens qui sont dans la mauvaise foi complète. Il y a des propriétaires qui refusent complètement de respecter [les règles], et ça, je suis désolé, on ne pourra pas supporter ces gens-là.

François Meunier, vice-président Affaires publiques et gouvernementales à l'Association des restaurateurs du Québec

Rappelons que l'Association des restaurateurs a demandé sans succès jusqu'ici des assouplissements à la santé publique pour le bien-être des employés qui doivent actuellement porter un masque combiné à une visière pour servir la clientèle.

François Meunier précise que ces demandes ne constituent en aucun cas une volonté de contourner les règles sanitaires en place, mais une démarche pour assurer le bien-être des employés obligés de porter ce double dispositif de protection de longues heures en période de canicule.

Pourquoi ce relâchement maintenant?

Deux policiers rédigent des contraventions alors que des gens sont assis par terre.

Des policiers dans un parc à Montréal le 2 mai 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Selon la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou, plusieurs facteurs induisent ce comportement de masse, à commencer par l’attrait du plaisir après une période de restriction et de privation.

Il ne faut pas oublier que les êtres humains sont des bêtes sociales. [...] Les gens ont été privés et la durée a fait en sorte que ça a été difficile au niveau de la santé mentale et psychologique de certaines personnes. Et là, il y a une espèce de ruée vers la liberté, a expliqué Mme Grou sur les ondes d'ICI Première.

La situation est d'autant plus intéressante, souligne la psychologue, que les gens renoncent sciemment aux mesures de protection alors que la réalité objective reste à peu près la même qu'au début de la pandémie.

Un autre phénomène qui contribue au relâchement, selon Mme Grou, est l'absence de conséquences.

Dans le fond, ce que les gens veulent éviter, c’est la maladie, la pression des gens autour d’eux et la contravention, et s’il n’y a rien de ça, les gens vont craindre de moins en moins.

Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec

Dans les bars, il y a le phénomène de l’anonymat qui s’ajoute à ça. Surtout dans un groupe où les gens se ressemblent […] il y a un effet d’entraînement et d’anonymat et il y a aussi un effet de "désinhibition" si les gens consomment de l’alcool.

Pour être respectées collectivement, les mesures contraignantes doivent, selon elle, être appliquées partout de la même façon. Si les mesures ne sont pas à géométrie variable pour les gens, il y a une cohérence. À partir du moment où il n’y a plus de contravention et qu’il n’arrive rien, plus ça va, moins les gens craignent, conclut la psychologue.

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