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De l’arsenic détecté dans des puits privés en Estrie

Un puits artésien privé

Les propriétaires de puits artésiens privés sont peu nombreux à vérifier les taux de métaux lourds de leur eau.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Thomas Deshaies

Des métaux lourds comme de l’arsenic et du manganèse ont été détectés dans plusieurs puits artésiens de l’Estrie par le Conseil de gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François (COGESAF).

Le COGESAF a détecté la présence d’arsenic dans 110 des 150 puits artésiens évalués aux quatre coins de la région et deux d’entre eux dépassaient la norme réglementaire qui garantit une eau propre à la consommation. Quelque 28 puits dépassaient la norme en ce qui concerne le manganèse. Ces données proviennent de prélèvement effectué à l’été 2019.

L’étude du COGESAF a notamment pour objectif d'accroître la connaissance sur une situation déjà connue depuis longtemps, selon la coordonnatrice de projets pour le COGESAF, Julie Grenier. C’est bien diffusé sur le site de la Santé publique Estrie, mais les gens ne sont pas toujours au courant des particularités de la région , admet-elle.

Quand on le sait, on peut mettre en place des infrastructures pour diminuer l’impact de ces métaux

Julie Grenier, coordonnatrice de projets au COGESAF.

L’arsenic absorbé sur une longue période peut accroître le risque de développer certains types de cancer. Le manganèse, selon certaines études citées par le COGESAF, pourrait nuire au développement neurologique des enfants. Il est donc important de faire tester l’eau de son puits. D’une résidence à l’autre, il y a une grande variation [concernant la présence de métaux]. Donc on ne peut pas se baser sur la qualité de l’eau de son voisin pour savoir si l’eau de notre puits est de bonne qualité, prévient-elle.

Méconnaissance?

La contamination de certains puits aux métaux lourds est d’origine naturelle dans les cas observés par le COGESAF. C’est d’origine naturelle, on retrouve les minéraux qui sont dissous par l’eau souterraine, explique Julie Grenier. Donc, plus l’eau reste longtemps dans un aquifère, plus elle va dissoudre les minéraux et plus ils seront accessibles quand on va les puiser.

L’enjeu selon le COGESAF, c’est que les citoyens qui font évaluer leur eau régulièrement se comptent sur le doigt d’une main .

Radio-Canada a rencontré deux citoyens du secteur Saint-Élie qui doivent composer avec une contamination à l’arsenic. Claude Dion a fait évaluer l’eau de son nouveau puits lorsqu’il a procédé à sa reconstruction. Il s’agissait d’une exigence pour l’obtention d’un prêt hypothécaire. Avant d’avoir à faire ce nouveau puits-là, c’est quelque chose dont je n’étais pas au courant, parce que j’avais déjà un puits et on a jamais fait tester l’eau, explique-t-il. Peut-être que le niveau d’arsenic était plus haut aussi avec l’autre puits.

Quand tu entends parler d’arsenic, les cheveux te lèvent sur la tête. Pour boire, on ne s’en sert pas et même pour les cafetières, on achète des 18 litres

Jacques Gagnon, citoyen

Jacques Gagnon, a quant à lui fait le choix de boire de l’eau embouteillée lorsqu’il a constaté qu’il y avait du manganèse et de l’arsenic dans son eau. Il investira prochainement dans un système de traitement qu’il juge onéreux.

Enjeu de la sensibilisation

Le préfet de la MRC de Memphrémagog, Jacques Demers, estime que les villes doivent s’impliquer pour sensibiliser les citoyens à cet enjeu. Les municipalités on a un rôle. Il faut de façon récurrente ramener ces choses-là parce qu’on a tellement l’impression que l’eau est bonne puis qu’on a pas à surveiller cela, puis on l’oublie. J’en fais partie aussi , témoigne-t-il.

Ce n’est pas parce que l’eau ne sent pas ou que ce n’est pas apparent [la contamination], qu’on ne doit pas faire les tests

Steve Lussier, maire de Sherbrooke

Le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, abonde dans le même sens. La plupart des citoyens ne le font pas [tester], croit-il. J’aurais des discussions dès le début de la semaine avec les services [de la ville].

Le ministère de l’Environnement recommande aux citoyens de faire tester leur eau de puits au moins deux fois par année pour les paramètres microbiologies, ce qui permet de détecter la présence de bactéries E. coli.

Il est recommandé d’évaluer les paramètres physico-chimiques pour permettre de déterminer s’il y a présence d’arsenic ou de manganèse par exemple, au moins une fois durant la durée de vie utile du puits.

Étude sur les eaux souterraines

Les données préliminaires mises en lumière dans ce reportage proviennent d’une étude du COGESAF et de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) menée sur plusieurs années. Cette étude a aussi pour objectif de mieux connaitre l’eau souterraine en Estrie afin d’assurer la pérennité de la ressource. La dernière étude datait de 1979, explique Julie Grenier. Nous aurons une meilleure idée de la qualité de l’eau des puits pour la consommation en eau potable. Ultimement, cette étude pourrait permettre aux décideurs de connaitre la vulnérabilité de l’eau souterraine et assurer un développement responsable.

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