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Les Canadiens qui habitent Hong Kong s'inquiètent pour leur sécurité

Le reportage de Gabriel Garon

Photo : Reuters / Bobby Yip

Radio-Canada

La nouvelle loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin sur Hong Kong représente une sérieuse source d’inquiétude pour les 300 000 Canadiens qui habitent l’ancienne colonie britannique.

La loi, qui est en vigueur depuis moins d’une semaine, est si tentaculaire que l’incertitude ronge les Canadiens qui vivent à Hong Kong. C’est le cas de Mike (nom fictif), un Canadien d’une trentaine d’années. Il est né à Montréal de parents hongkongais et a déménagé à Hong Kong il y a une quinzaine d’années.

Mike a demandé de demeurer anonyme par crainte de représailles.

La loi est si vague. Je ne sais pas si et quand je viole la loi. Les Canadiens qui habitent Hong Kong sont préoccupés, inquiets. J’ai plusieurs amis [dans une situation similaire à la mienne] et nous songeons tous à déménager, explique-t-il.

C’est de plus en plus dangereux pour les Canadiens d’être à Hong Kong, ajoute Charles Burton, expert de la Chine à l'Institut Macdonald-Laurier et ancien diplomate à Pékin.

Réprimer la subversion

La nouvelle loi sur la sécurité nationale a pour but de réprimer le séparatisme, le terrorisme, la subversion et la collusion avec des forces extérieures et étrangères, selon le texte officiel.

Or, la section sur la subversion inquiète grandement les experts. Cette section de la loi ratisse si large qu’elle est problématique, selon Davin Wong, directeur des initiatives politiques à Alliance Canada Hong Kong, un organisme canadien qui milite pour les droits de la personne en Chine. En vertu de la loi sur la sécurité nationale, il est devenu illégal de plaider pour tout type de réforme du gouvernement et du régime au pouvoir à Pékin.

Il s’agit de la fin de l’autonomie de Hong Kong. [La ville est maintenant assujettie] aux normes politiques de la Chine, explique M. Burton. Et pour cette raison, beaucoup de résidents de Hong Kong songent à déménager [dans un autre pays], selon lui.

M. Burton rappelle que la loi a été écrite et imposée en raison des demandes incessantes du peuple hongkongais pour plus de liberté et de démocratie.

Un système de justice partial

La nouvelle loi permet aux autorités de déporter quiconque vers la Chine. Mike dit s’inquiéter du côté arbitraire de la loi et ajoute n’avoir aucune confiance dans le système judiciaire chinois.

S’ils voulaient me cibler, peu importe leur motivation, je crois qu’ils trouveraient une raison de m’arrêter. Et si je dois passer devant un juge, je ne sais même pas si ça se fera à Hong Kong, ça pourrait être en Chine. Et le taux de condamnation de la justice chinoise est de 99,9 %. Donc, oui, je suis très inquiet.

En d’autres mots, en Chine, une personne qui est accusée est automatiquement condamnée. C'est entre autres pour cette raison que le Canada a suspendu son traité d'extradition avec Hong Kong.

Les Canadiens à Hong Kong font face à un risque omniprésent d’arrestation, de détention ou de poursuites arbitraires, ajoute M. Wong.

Quelle application?

Puisque la loi est toute nouvelle, le manque de jurisprudence signifie que les experts ont des opinions divergentes sur son application.

Lester Ross, associé chargé du bureau de Pékin du cabinet d'avocats international WilmerHale, s’attend à ce que les autorités s’attaquent aux citoyens de Hong Kong en premier. 

Je soupçonne qu'ils hésiteront à être agressifs [envers les Canadiens] pour le moment afin d’éviter de contrarier davantage le Canada et d'autres pays qui ont exprimé leur inquiétude à propos de Hong Kong. Ils semblent réussir à inciter les citoyens de Hong Kong à se soumettre, réduisant ainsi la nécessité de prendre des mesures contre les personnes autres que les citoyens et les résidents permanents de Hong Kong , croit-il.

Or, M. Burton n’est pas si optimiste. La décision du Canada – va-t-il permettre à Huawei d’installer la 5G au pays? – devrait venir sous peu. Les autorités chinoises pourraient être tentées d’arrêter plus de Canadiens dans le but de mettre de la pression sur le gouvernement et qu’il offre le contrat de la 5G au géant chinois de la télécommunication.

Mike, lui, a compris ce qu’il doit faire pour respecter la nouvelle loi. La liberté d'expression n'existe plus. Elle n'est pas complètement effacée, mais elle a été biffée.

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