•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Écouter les chants des oiseaux pour mieux les comprendre avant qu'ils ne disparaissent

Un carouge à épaulettes est posé sur une branche au sommet d'un arbre.

Les chercheurs s'accordent pour dire que L'Amérique du Nord aurait perdu plusieurs milliards d'oiseaux depuis les années 70.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Radio-Canada

Les images envahissent nos yeux, nos vies. Nos réseaux sociaux vont regorger de paysages de vacances, mais prenons-nous le temps de les écouter, ces paysages? Ils peuvent pourtant nous en dire tant sur notre environnement.

La bioacoustique est une science qui combine la biologie et l'acoustique. Dans cette science ce sont les paysages sonores que l’on étudie, et ils sont multiples. De la forêt dans les contreforts des Rocheuses aux prairies balayées par les vents, en passant par le coeur des villes, tous ont leurs propres paysages sonores.

Il s'agit d'un mélange de la biophonie, les sons émis par animaux, et l'anthropophonie, les sons liés à l'activité humaine. Ce mélange a tendance à se déséquilibrer par la place que prend l'humanité au détriment des oiseaux, parfois forcés au silence.

On ne peut pas vraiment donner de chiffres exacts pour l’instant, mais ce qui revient souvent c’est ce chiffre de 3 milliards d’oiseaux en moins en Amérique du Nord depuis les années 1970. Pour moi, on est en deçà de la réalité, alerte le professeur Erin Bayne, de la Faculté des sciences de l'Université de l'Alberta.

Erin Bayne est assis sur un tronc d'arbre dans une forêt de la région de Kananaskis.

Erin Bayne écoute et analyse le chant des oiseaux depuis près de trois décennies, des prairies aux plus lointaines forêts du Nord.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Depuis le début des années 1990, ce professeur se penche sur la question du paysage sonore. Si les débuts consistaient à utiliser un enregistreur portable rudimentaire pendant quelques minutes et prendre des notes, l'évolution de la technologie et l'arrivée d’appareils autonomes (ARU) dès 2010 ont permis d’approfondir l'écoute.

On peut installer ces machines en forêt et les laisser seuls capter les sons de la nature pendant des jours, des semaines, des mois, voire des années.

Erin Bayne, professeur à la Faculté des sciences de l'Université de l'Alberta

Erin Bayne a créé le laboratoire de bioacoustique à l’Université de l’Alberta et son programme Wildtrax. L'idée est de créer un réseau pour couvrir la totalité de la province et l’ouest canadien, stocker, partager, et faciliter la collaboration entre les utilisateurs.

Des milliers de ces dispositifs sont déjà en place et écoutent en ce moment même la nature pour nous, ce qui en fait un des réseaux les plus développés au monde selon lui.

Plus de 700 téraoctets de données, de sons de nature, sont enregistrés dans les serveurs. Il faudrait au total l'équivalent de 2,5 vies humaines moyennes pour écouter tous les chants d'oiseaux qu'elle contient, du premier au dernier.

Heureusement, les ordinateurs sont de plus en plus performants et peuvent reconnaître des chants quand ils ne se superposent pas. L'intelligence artificielle ne parvient pas encore à remplacer l’oreille des experts.

Ces enregistrements sont autant de preuves, selon lui, que durant les 20 à 30 dernières années, les bruits produits par l'activité humaine, que ce soit avec nos voitures, l’industrie, les avions, tout cela change la nature de ce que l’on peut entendre.

Même au plus profond de la nature, vous pouvez maintenant entendre l’être humain, alors que ce n'était pas le cas avant.

Avec la disparition des oiseaux, c’est la nature qui sombre dans le silence, un silence parfois assourdissant, que captent donc ces enregistreurs.

Quelque part dans une forêt de la région de Kananaskis, à l’ouest de Calgary, l’une des étudiantes d’Erin Bayne, Carrie Ann Adams, s’affaire à compléter le réseau d’enregistreurs. Pendant un mois environ, mon bureau, c’est la forêt, se réjouit-elle.

Carrie Ann Adams installe un enregistreur autonome sur un arbre.

Carrie Ann Adams étudie les effets de la lumière artificielle sur le comportement et la répartition des oiseaux nocturnes. L'analyse des sons de la forêt permet de confirmer, ou non, leur présence.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

L'étudiante au doctorat en écologie à l'Université de l'Alberta étudie les effets de la lumière artificielle sur le comportement et la répartition des oiseaux nocturnes dans le secteur, car chaque cas est unique et complexe.

Par exemple, certains oiseaux vivent la nuit, quand les lumières artificielles sont le plus présentes, et chassent des insectes qui sont également actifs la nuit, une installation dans leurs habitats pourrait dérégler leur mode de vie, les pousser à fuir, ou causer leur disparition s’ils ne trouvent pas un nouvel habitat adapté.

Ce qui est génial en faisant partie de l’équipe de recherche d’Erin, c’est que nous pouvons partager les données explique Carrie Ann Adams.

Je peux m'appuyer sur les données amassées dans toute la province depuis 2010. Cette année, je cherche surtout à combler les manques dans les zones où nous n’avions pas tant d’ARU par le passé.

Elle compte profiter des ressources accumulées au fil du temps afin de mesurer les conséquences du développement humain sur la nature.

Dans de nombreuses régions du monde, oui les oiseaux disparaissent. En Alberta, nous sommes chanceux, mais si l’on ne prend pas de précautions, on ne sera pas si chanceux que ça.

Erin Bayne, professeur à la Faculté des sciences de l'Université de l'Alberta

Dans l’intérêt de tous, disent les chercheurs

Ce projet du laboratoire de bioacoustique de l'Université de l'Alberta, en partenariat avec l’Institut de surveillance de la biodiversité de l'Alberta, est financé par un mélange de fonds gouvernementaux et privés.

C’est une obligation légale que de protéger les oiseaux pour s'assurer que les espèces ne déclinent pas et ne devienne en danger, explique Erin Bayne.

Avec la vision d’ensemble donnée par ces enregistrements et leurs analyses, les différents intervenants peuvent prendre de meilleures décisions, croit-il.

Vous voulez aider et participer à la protection des oiseaux ?

L'une des plus grandes menaces est peut-être en ce moment dans votre salon : le chat. Le conseil de l’expert est de le laisser à l'intérieur ou de limiter ses possibilités de chasse. À l’échelle de la planète, Erin Bayne estime que ce sont des milliards d’oiseaux qui pourraient être sauvés chaque année.

Vos fenêtres sont aussi meurtrières. Les rendre repérables en les teintant ou en y mettant des autocollants permettra, selon lui, de réduire le taux de collision.

Quoi qu'il en soit, la conclusion reste inchangée, soutient Erin Bayne : les oiseaux disparaissent.

Des forêts rasées au développement de l'humanité, qui cause plus de pollution sonore humaine, entraîne la disparition des insectes, les causes sont multiples.

Lorsqu'on lui demande s'il est trop tard pour inverser la tendance, Erin Bayne rappelle que le problème dépasse le seul cadre scientifique. C’est plus une question sociale qu’une question scientifique.

Des pigeons dans les rue de Vancouver.

Ce qu'il faut, c'est trouver le juste équilibre, souligne Erin Bayne.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Ce qu'il faut, ajoute-t-il, c'est trouver l'équilibre entre nos besoins en ressources dans ces habitats naturels [et] les besoins qu’ont les oiseaux dans ces mêmes habitats, car si l’on puise trop dans n’importe quel habitat, les oiseaux ne s’en remettront pas.

Il n’existe aucun endroit, que ce soit le stationnement d’un supermarché ou le centre-ville de Calgary, où une espèce d’oiseau n’arrivera pas à faire sa vie, assure-t-il.

Malgré tout, il prévient que les espèces spécialisées, uniques, sont celles qui vivent dans les environnements naturels parfaits, qui sont rapidement remplacées par des pigeons lorsque leur habitat disparaît.

Même si l’on n’a rien contre ces derniers, toute disparition d’une autre espèce est une perte pour la biodiversité, pour la richesse naturelle de notre planète, et donc préjudiciable à tous, souligne le chercheur.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Alberta

Protection des écosystèmes