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Incident raciste à Grande Prairie : le ministre de la Santé demande une enquête

Le ministre albertain de la Santé Tyler Shandro annonce la tenue d’une enquête indépendante en ce qui concerne un acte raciste ayant eu lieu dans l'enceinte de l'hôpital de Grande Prairie en 2016.

Le ministre de la Santé, Tyler Shandro au pupitre

Quatre ans après les faits, le ministre de la Santé, Tyler Shandro, annonce qu'une enquête publique va avoir lieu sur l'incident raciste s'étant déroulé à l'hôpital de Grande Prairie.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Radio-Canada

L'enquête est lancée alors que nos collègues de CBC ont publié un article sur l'incident vendredi, affirmant que plusieurs docteurs du même hôpital avaient dénoncé le geste du Dr Wynand Wessels, mais qu'aucune sanction n'avait été prise à son encontre.

Le 24 juin 2016, le Dr Wessels, un chirurgien blanc né en Afrique du Sud, accroche un noeud coulant sur la porte d'un bloc opératoire de l'hôpital Queen Elizabeth II de la ville de Grande Prairie. Il informe un collègue que le geste est à destination d'un assistant chirurgien noir, originaire du Nigeria.

Quelques minutes après, l’incident est reporté. Les quatre années qui suivent, au moins trois chirurgiens font remonter des plaintes auprès de l'administration hospitalière, de Services de santé Alberta (AHS), du College des docteurs et chirurgiens de l’Alberta (CPSA) et du ministre provincial de la Santé, Tyler Sandro.

Selon les médecins qui ont parlé, rien n’a été fait depuis. Le Dr Wessels continue à exercer, n'ayant fait face à aucune sanction disciplinaire, et il se trouve toujours à des postes haut placés au sein de l'hôpital et de AHS.

Jeudi après-midi, Tyler Shandro annonce à CBC la mise en place d'une enquête indépendante. Récemment, des individus proches du dossier se sont une nouvelle fois interrogés sur la façon dont AHS a géré cet incident en 2016. Je partage leurs doutes et je ne suis pas satisfait que cela ait été géré de la bonne manière, fait-il savoir dans une déclaration écrite.

La docteure Verna Yiu, la PDG de AHS affirme pour sa part que les autorités sanitaires ont fait preuve d’une réponse appropriée, sans toutefois mentionner d’action disciplinaire ou des réprimandes. Nous avons fait en sorte de nous assurer que l’individu mis en cause a accepté la responsabilité de ses actes et que les victimes ont reçu le soutien nécessaire, a déclaré Mme Yiu.

L’ancienne ministre de la Santé du Nouveau Parti démocratique, Sarah Hoffman, qui était en poste à l’époque des faits, a, elle, affirmé à CBC qu'elle n’avait pas été mise au courant de l'incident à l’époque. Si je l’avais su, j’aurai rapidement agi et ce médecin aurait été licencié immédiatement, a-t-elle fait savoir lors d'une déclaration vendredi.

Un symbole odieux

Le Dr Wessels a décliné la demande d'entretien de la part de CBC, mais s’est fendu d’une déclaration écrite. Il y a quelques années, j’ai fait une blague stupide en créant ce que je considérais être un lasso puis en l’accrochant sur la porte d’un bloc opératoire. À aucun moment cela n’avait vocation à être un geste raciste, a-t-il fait savoir.

Il ajoute aussi qu’après que des collègues lui aient fait remarquer qu’il s’agissait d’un acte inacceptable, il a fait remonter l'incident auprès d’AHS et s’est excusé verbalement et par écrit à ses collègues.

Le Dr Wynand Wessels sur une moto.

Le chirurgien Wynand Wessels s'est excusé de son geste par écrit. À ce jour, il n'a subit aucune sanction.

Photo : Photo envoyée par une personne qui préfère rester anonyme

À l’époque, je n'avais pas conscience du symbole odieux derrière ce noeud que j’avais créé. Je me suis autoéduqué et je comprends maintenant mieux le symbolisme dans ce geste et je suis totalement désolé et embarrassé par cet incident, ajoute encore le médecin, qui n’a pas précisé les différences possibles entre la manière dont est perçu ce symbole en Afrique du Sud comparé à ce qu’il implique de raciste et violent en Amérique du Nord.

Le docteur à qui était destiné ce noeud coulant a lui aussi refusé plusieurs demandes d'entrevues de la part de CBC. Selon ses collègues de l'hôpital, en contact avec lui récemment, il craindrait de perdre son emploi. Nous avons choisi de ne pas le nommer.

Plusieurs plaintes déposées

La docteure Carrie Kollias est une ancienne membre du conseil d'administration du CPSA. À l'époque des faits, elle était chirurgienne orthopédique à Lethbridge. Elle dit avoir été mise au courant de l’incident à l’automne 2017.

Elle a rapporté l’incident au directeur des plaintes du CPSA, le Dr Michael Caffaro, le 1er décembre 2017. Il s’est montré très troublé. En me basant sur cela, je me suis dit, à l’époque, qu’il y aurait des répercussions ou au moins, une enquête en bonne et due forme, et je l'espérais, des sanctions, raconte-t-elle. Mais à ma connaissance, rien ne s’est produit, déplore-t-elle. Elle lui a parlé au téléphone en octobre 2018, mais n’a rien entendu non plus après cela.

Ce que ça dit à un autre docteur, un travailleur de la santé ou à un concierge en Alberta, c’est si vous êtes victime d’un incident de même ampleur ou moins important, ne vous donnez pas la peine de le rapporter, car rien ne se passera

Dr Carrie Kollias, chirurgienne et ancienne membre du conseil d'administration du CPSA

La Dre Kollias s’est aussi plainte de l’incident, par écrit, auprès de Tyler Shandro en août 2019. Elle affirme qu’à l'exception d’une réponse générique du bureau du ministre accusant réception de son courriel, elle n’a plus jamais eu de nouvelles.

Selon l’attaché de presse du ministre, ce dernier a reconnu la gravité de l'incident signalé, et a soulevé la question auprès de hauts fonctionnaires du ministère.

Sarah Hoffman se dit pour sa part profondément préoccupée par le fait que Tyler Shandro soit au courant de cet incident depuis près d’un an, qu’il ne l’ait pas soulevé publiquement, et qu'il n’ait pas agi. Ce n’est pas du leadership.

Un noeud coulant accroché sur une porte.

Un chirurgien de l'hôpital de Grande Prairie a collé sur la porte d'un bloc opératoire un noeud coulant à destination d'un collègue noir, en juin 2016.

Photo : Photo envoyée par la Dre Carrie Kollias

Pour la Dre Kollias, qui vit maintenant en Australie, AHS et d’autres ont en effet toléré ce comportement. Le fait que cela se soit passé, c’était atroce, mais le manque de réponse était, à mon sens, tout aussi atroce, s'indigne-t-elle dans une entrevue avec CBC.

Des collègues, témoins de l’incident

Le Dr Scott Wiens, chirurgien orthopédique à Grande Prairie a lui dit à CBC avoir été témoin de la fabrication du noeud coulant dans les couloirs de l'hôpital. Je lui ai demandé pourquoi il faisait cela et le Dr Wessels m’a dit "c’est pour ton assistant" et est parti, se rappelle-t-il.

Le Dr Wiens, ainsi que ses collègues les docteurs Alika Lafontaine et Tosin Akinbiyi, lui aussi originaire du Nigéria, ont tous trois rapporté l'incident à l’administration de leur hôpital. Selon le Dr Akinbiyi, qui a échangé des sms avec le directeur adjoint, le Dr Richard Beekman, sa déclaration initiale était du genre "est-ce vraiment si grave que cela?". Il affirme aussi qu’après une discussion approfondie, le Dr Beekman a déclaré qu’il allait chercher à être davantage guidé sur la question, par la hiérarchie.

Le Dr Wiens affirme avoir fait une déclaration auprès d’AHS à Grande Prairie. Six semaines plus tard, le Dr Beekman lui aurait dit que l’affaire était close et ne serait plus discutée.

Richard Beekman n’a pas répondu aux demandes d’entrevues de la part de CBC jeudi.

Le Dr Akinbiyi a par ailleurs, reporté l’incident au CPSA et s’est fait dire par le Dr Caffaro qu’un dossier d’enquête serait ouvert. Après avoir de nouveau abordé le sujet, deux semaines plus tard, le Dr Akinbiyi n’a plus eu de nouvelles.

Une porte-parole du CPSA a fait savoir à CBC qu’en vertu de la loi, l’organisation ne peut pas discuter les détails d’un cas ni même confirmer qu’une plainte a été déposée ou qu’une enquête est en cours.

Pourtant, de son côté AHS a affirmé attendre les conclusions d’une enquête du CPSA sur le comportement du Dr Wessels. Nous prendrons les décisions qui s’imposent après que celle-ci soit terminée, a fait savoir le Dr Verna Yiu.

Une lettre d’excuses

Au début du mois d'août 2016, le Dr Wessels a rédigé une lettre d’excuses, dont des copies ont été envoyées aux Drs Wiens et Akinbiyi, mais pas à la cible du noeud coulant, selon ces derniers.

Wynand Wessels se défend d’avoir été mal intentionné en attachant le noeud coulant sur la porte. En l’absence de contextualisation, je peux comprendre que cela ait été interprété comme pouvant être une attaque malpolie sur des personnes en particulier. Je peux vous assurer que cela n’était pas le cas, écrit le médecin dans sa lettre, disant privilégier la communication ouverte lorsqu’il a des messages à faire passer.

Vendredi, en annonçant l’enquête indépendante à venir, Tyler Shandro a remis en question les règlements internes appliqués par le personnel médical d’AHS. Il semblerait qu’ils n’aient pas été mis à jour depuis plus de dix ans, ce qui peut entraver une réponse efficace, y compris la mise en place de sanctions disciplinaires potentielles, déclare-t-il dans son communiqué.

Il demande donc à AHS de réviser ces règlements dans un délai de 60 jours.

Le ministre albertain de la Santé a également a annoncé qu'il allait accroître le nombre de représentants du public dans les conseils des collèges, tribunaux et comité d'examen des plaintes de 25 à 50 %.

Avec les informations de Jennie Russell et Charles Rusnell

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