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Avion abattu : l’Iran n’avait pas fermé son espace aérien pour des raisons militaires

Le chef de l'équipe d'enquête iranienne a été démis de ses fonctions après la révélation d'un enregistrement dans lequel il intimide un proche d'une victime canadienne.

Des débris du vol 752 éparpillés au sol, en Iran.

L'avion s'est écrasé en Iran janvier 2020 avec 176 personnes à son bord.

Photo : Reuters / Wana News Agency

CBC News

Un enregistrement téléphonique obtenu par CBC suggère que les plus hautes autorités iraniennes n’ont pas fermé leur espace aérien le jour où le vol PS752 a été abattu, parce qu’elles ne voulaient pas compromettre leurs frappes contre une base militaire américaine en Irak.

L’enregistrement remonte au 7 mars dernier. Il s'agit d'une conversation téléphonique de 91 minutes entre Javad Soleimani, un proche d’une victime canadienne, et Hassan Rezaeifar, le chef de l'équipe iranienne qui enquête sur l’écrasement du vol de l’Ukraine International Airlines, qui a fait 176 morts, dont 55 citoyens canadiens.

On peut y entendre M. Rezaeifar déclarer que Téhéran a délibérément choisi de laisser les avions commerciaux entrer et sortir de son espace aérien, parce qu’il ne voulait pas compromettre son plan d'attaquer une base militaire américaine en Irak.

Selon l’enquêteur, si l’Iran avait interdit aux avions de circuler, leurs opposants auraient été alertés d'une attaque imminente.

Imaginons que nous ayons fermé notre espace aérien, est-ce que ça n'aurait pas trahi notre volonté de lancer une attaque imminente?

Hassan Rezaeifar, chef de l'équipe d'enquête iranienne

Le vol 752 a été abattu le 8 janvier dernier, quatre heures après l’attaque iranienne d’une base militaire américaine en Irak, en représailles à l'assassinat par les États-Unis du puissant général Qassem Soleimani.

Par ailleurs, dans l'enregistrement, Hassan Rezaeifar dit que la fermeture de l’espace aérien aurait entraîné l’annulation de plusieurs vols. L’Iran aurait ainsi perdu plusieurs centaines de milliers de dollars par jour, a-t-il indiqué.

L’enregistrement, qui révèle plusieurs détails accablants sur l'écrasement de l'avion et la réaction de l'Iran, est aussi entre les mains des autorités canadiennes.

L'enquêteur démis de ses fonctions

CBC a contacté l’enquêteur iranien et lui a indiqué être en possession d’une copie de la conversation téléphonique. Moins de 24 heures plus tard, l’enquêteur était démis de ses fonctions. L'Iran a annoncé avoir choisi un nouvel enquêteur.

Hassan Rezaeifar n'a pas répondu aux nombreuses demandes d'entrevues de CBC.

Au dire de Thomas Juneau, un professeur adjoint en affaires internationales à l'Université d'Ottawa et ancien analyste du Moyen-Orient, cet enregistrement prouve que l’enquête menée par l’Iran n’est pas indépendante.

Le fait que l'enquêteur principal dise ces choses lors de cet appel téléphonique vient endommager cette idée fictive [selon laquelle l'enquête est indépendante]. En le retirant de l'enquête, l'Iran essaie de se protéger, dit M. Juneau.

Payam Akhavan, un professeur canado-iranien de droit international à l’Université McGill et ancien procureur des Nations unies à La Haye, va plus loin. Il estime que le régime iranien a agi de manière criminelle en laissant son espace aérien ouvert, alors que des opérations militaires étaient en cours.

Les hauts responsables du gouvernement ont volontairement et sciemment ignoré ces risques, estime-t-il.

Ce n'est pas seulement une question d'erreur humaine ou de faute. C'est une question d'imprudence criminelle.

Payam Akhavan, professeur de droit international à l’Université McGill

Mettre sciemment des avions civils en danger, utiliser des avions de ligne civils pour en faire des boucliers humains, ça implique clairement une responsabilité pénale, estime-t-il.

Le mari d’une victime intimidé

Javad Soleimani, le mari d’une des victimes que l’on entend dans l’enregistrement avec l’enquêteur, affirme que Hassan Rezaeifar a également fait pression sur lui pour qu’il retire une publication Instagram critiquant le régime iranien. S’il vous plaît, supprimez cette publication Instagram, peut-on entendre dans l’enregistrement.

Deux jours après cette conversation téléphonique, Javad Soleimani précise que sa famille en Iran a été contactée par le ministère iranien du Renseignement au sujet de son attitude sur les réseaux sociaux.

Autoportrait de Javad Soleimani et sa femme devant une rivière.

Javad Soleimani a perdu sa femme Elnaz Nabiy dans l'écrasement d'avion d'Ukraine International Airlines.

Photo : Courtoisie / Javad Soleimani

Selon Javad Soleimani, le régime exerce une pression psychologique et physique sur tous les opposants, qu’ils soient en Iran ou à l’étranger.

Ils ont essayé de me faire taire [...] mais honnêtement, je n'ai rien à perdre, dit Javad Soleimani.

L'attachée de presse du ministre François-Philippe Champagne, Syrine Khoury, a indiqué dans une réponse écrite à CBC que les interférences avec des citoyens canadiens sont inacceptables, très troublantes et ne seront pas tolérées.

Le gouvernement du Canada dénonce toutes les tentatives de coercition ou de pression sur les Canadiens, en particulier ceux qui souffrent de la perte d'un être cher.

Syrine Khoury, attachée de presse du ministre François-Philippe Champagne

Thomas Juneau ajoute que M. Rezaeifar a fait une erreur en tentant d'intimider le mari d'une victime habitant au Canada. Ce n'est vraiment pas intelligent de sa part.

Mais d'après le porte-parole intérimaire de l'association représentant les familles des victimes canadiennes, Hamed Esmaeilion, l’enregistrement décrédibilise les deux précédents rapports de l'Organisation de l'aviation civile iranienne.

Je ne vois aucune différence entre Rezaeifar et le nouvel enquêteur [...] l'Organisation de l'aviation civile iranienne n’est pas indépendante et travaille de très près avec le Corps des Gardiens de la révolution islamique, déplore-t-il.

L’Iran doit publier un nouveau rapport sur l’écrasement, avant de se rendre en France le 20 juillet pour analyser les données et les enregistrements de l’avion, selon une lettre envoyée aux familles des victimes britanniques.

Une enquête d'Ashley Burke et Nahayat Tizhoosh

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Écrasement d'avion

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