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Retrait d'Air Canada en région : Québec pourrait créer sa propre entreprise

De son côté, le Bloc québécois réclame d'Ottawa qu'il ne fasse pas obstacle aux initiatives du Québec en transport aérien.

Un comptoir de service fermé d'Air Canada dans un aéroport.

Le retrait d'Air Canada sur 30 lignes régionales à travers le pays suscite l'inquiétude.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Radio-Canada

À la suite du retrait massif d'Air Canada du transport régional à travers le pays, le gouvernement du Québec n'exclut pas de créer sa propre entreprise pour desservir les régions. Le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, dit que tout doit être sur la table.

Ces développements surviennent après l'annonce faite mardi, par Air Canada, de la suspension de service sur 30 lignes régionales qui vont de la Saskatchewan au Canada atlantique. Le transporteur a en outre annoncé l'abolition de huit escales à des aéroports régionaux canadiens, dont quatre au Québec : Gaspé, Baie-Comeau, Mont-Joli et Val-d'Or.

Depuis, inquiétudes et protestations fusent, notamment de la part de municipalités qui se sentent laissées pour compte par le transporteur, dont le siège social est à Montréal.

Devant cette situation, François Bonnardel a évoqué la possibilité que Québec crée sa propre entreprise, entre autres pistes de solution.

Il a aussi souligné que d'autres joueurs de l'industrie pouvaient combler le vide laissé par Air Canada : On a des sociétés régionales présentement qui ont les capacités [...] de livrer, d'augmenter leur fréquence, d'acheter de nouveaux avions [...].

Enfin, dans le but de résoudre à court terme ce problème de transport régional, une cellule de crise a été créée au Québec et ses membres se réuniront dès la semaine prochaine. Elle est composée de l'Alliance de l'industrie touristique du Québec (AITQ), de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), du Réseau québécois des aéroports (RQA) et de l'Union des municipalités du Québec (UMQ).

Jeudi, le ministre des Transports du Canada, Marc Garneau a fait parvenir par courriel cette réaction à Radio-Canada : Cette décision d'Air Canada est très décevante pour les résidents des communautés touchées par ces réductions de service.

Nous comprenons les conséquences que ces réductions de service auront sur de nombreux Canadiens à travers le pays et nous continuerons de travailler avec les compagnies aériennes et les aéroports en cette période difficile, a aussi fait savoir le ministre Garneau.

Il y a urgence d'agir

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec et de l’opposition officielle, affirme que le premier ministre Legault lui-même doit s'impliquer dans cette cellule de crise.

Il y a urgence d'agir, selon elle.

Et les solutions concrètes doivent être trouvées sans tarder : On ne peut pas se permettre de perdre l’été et l’automne, en Abitibi en Gaspésie sur la Côte-Nord ou dans le Bas-Saint-Laurent, dit la cheffe libérale.

Ensuite, il faut qu’il y ait une politique nationale au niveau du transport régional, insiste-t-elle, et ce, non seulement pour le transport aérien, mais aussi pour le transport ferroviaire, routier et maritime.

D'après Mme Anglade, la suppression de services annoncée par Air Canada est une catastrophe comparable à celle qui s'abattrait sur la métropole si le pont Champlain fermait. On dirait : "Mon Dieu, quelle est l'alternative?", illustre-t-elle.

La cheffe de l'opposition presse Transports Canada de reconnaître de nouvelles lignes et le gouvernement du Québec d'investir dans les infrastructures aéroportuaires.

Enfin, selon Mme Anglade, des alliances devront être établies entre petits et grands transporteurs afin qu'un voyageur partant, par exemple, de Baie-Comeau en direction de Québec, puisse poursuivre son trajet vers Toronto, les États-Unis ou l'Europe.

Comportement gourmand et irresponsable

Le retrait d'Air Canada a été l'un des dossiers qu'a abordés le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, lors d'une rencontre jeudi avec le premier ministre du Québec, François Legault.

Le Bloc québécois réclame qu'Ottawa ne crée pas d'obstacles tant au gouvernement du Québec qu'aux compagnies aériennes québécoises qui peuvent desservir les régions.

Il faut que ce soit abordable, a insisté M. Blanchet.

En annonçant la fin de ses services en région, Air Canada a invoqué la faiblesse constante de la demande tant dans le marché des affaires que dans celui des loisirs. Le transporteur a aussi montré du doigt les conséquences de la COVID-19, soit des restrictions de voyage fédérales et provinciales ainsi que des fermetures de frontières.

Mais aux yeux du chef du Bloc québécois, le comportement d'Air Canada est gourmand et irresponsable. L'entreprise, dit-il, avait des réserves financières significatives.

Yves-François Blanchet dénonce aussi que le transporteur « ait gardé l’argent des acheteurs de billets », ne remboursant que les Européens parce que les Européens ont eu le courage d’exiger le remboursement.

À la fin de juin, le transporteur a annoncé qu'il remboursera certains voyageurs dont les vols ont été annulés en raison de la pandémie de COVID-19. Toutefois, ces remboursements ne sont offerts que pour des vols au départ de l'Union européenne (UE), de la Suisse et l'Islande.

Des petits pour remplacer le géant

D'autres qu'Air Canada peuvent répondre aux besoins des voyageurs, affirme Yves-François Blanchet : Il y a des entreprises qui ne demandent pas mieux que d’aller couvrir des régions dont Montréal est éloignée.

C'est le cas de Pascan Aviation, qui effectue déjà plusieurs liaisons régionales. Basé à Saint-Hubert, à moins de 15 kilomètres au sud de Montréal, ce transporteur se dit ouvert à bonifier son offre afin de remédier au retrait d'Air Canada.

Un homme en complet se tient devant des avions dans un hangar.

Le vice-président de Pascan Aviation, Yani Gagnon

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Mais cela constitue un risque financier, explique son copropriétaire et vice-président, Yani Gagnon. Si la demande est insuffisante, on ne peut pas se permettre de faire plusieurs vols sur une destination avec des taux de remplissage qui ne sont pas intéressants.

Si le volume passager est insuffisant, souligne-t-il, ce ne sont pas trois vols quotidiens qui seront offerts à une ville, mais seulement un vol par jour.

M. Gagnon dit que la situation actuelle ne durera pas indéfiniment. Nous sommes en déconfinement progressif, rappelle-t-il.

Du plomb dans l'aile pour les municipalités

Pour la Fédération québécoise des municipalités (FQM), le geste posé par Air Canada freinera la reprise économique en région.

J'espère que le gouvernement va nous donner un signe réel qu'il tient à ses régions, a déclaré à RDI Jacques Demers, président de la FQM. Au moins, qu'il y ait rapidement une rencontre pour voir quelles sortes de pistes de solutions il y a dans ce dossier-là.

La Fédération rappelle que le transport aérien, en région, est utilisé par les touristes, par des citoyens qui requièrent des soins médicaux loin de chez eux et aussi par les travailleurs de la santé qui sont appelés à se déplacer.

Par conséquent, la FQM réclame d'être entendue sur le sujet.

Mardi, par communiqué, la FQM avait demandé au ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, une intervention d’urgence pour empêcher Air Canada de mettre fin à ces dessertes essentielles pour l’économie des territoires affectés.

L'Union des municipalités du Québec (UMQ) trouve pour sa part que cette suspension de service arrive à un bien mauvais moment, alors que les régions tentent par tous les moyens de relancer leur économie et d'attirer des visiteurs cet été.

L'UMQ rappelle qu'Air Canada détient le quasi-monopole des liaisons aériennes régionales.

Des maires furieux

On va se le dire, c’est en droite ligne avec les déclarations du PDG d’Air Canada, qui disait que c'est plus important de servir ses actionnaires que les régions, a affirmé le maire de Gaspé, Daniel Côté.

Le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny, n'est quant à lui pas surpris. On s’y attendait un peu. En 2018, clairement, dès le Sommet sur le transport aérien régional, on sentait qu’Air Canada n’était pas proactive et que la desserte régionale n’était pas la plus rentable.

Air Canada cherche vraiment à faire de l’argent. C’est une compagnie privée et ça paraît vraiment.

Yves Montigny, maire de Baie-Comeau

Un service public obligatoire...

David Duval, professeur à l'Université de Winnipeg en économie et en commerce, donne l'exemple de l'Union européenne qui part de la prémisse que le transport est un service public obligatoire et qui subventionne, dans un pays donné, certaines liaisons aériennes. La possibilité de les exploiter est offerte à un soumissionnaire lors d'une mise aux enchères.

Le gouvernement canadien n'est pas en position de faire de même à l'heure actuelle, a-t-il dit en entrevue à CBC, mais je ne serais pas étonné que cette option soit considérée ici.

Pour certaines petites communautés, ces lignes régionales sont une question de survie, a conclu David Duval. Il ne faut pas accroître leur isolement.

Avec les informations de Véronique Darveau

Avec les informations de CBC

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