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Autre fermeture de la scierie Lauzon de Thurso pour une durée indéterminée

Des planches de bois s'empilent dans la cour de la scierie Lauzon.

La scierie de l'entreprise Lauzon cessera ses activités à compter du 28 août.

Photo : Radio-Canada / Roxane Léouzon

Radio-Canada

La direction de la scierie Lauzon de Thurso a annoncé, mercredi, qu'elle cessera ses opérations à compter du 28 août pour une durée indéterminée.

C’est un manque d’approvisionnement qui explique cette décision de la direction, tout comme ce fut le cas le 19 décembre dernier, où l’entreprise avait temporairement fermé ses portes après la fermeture de la papetière Fortress, en octobre.

Dans un communiqué, la direction de la scierie fait état d’un volume de 125 000 mètres cubes de bois récolté qui se retrouve sans preneur, alors que celui-ci devait être transporté vers la papetière Fortress.

Devant cette situation, la direction en est venue à la conclusion qu’elle doit interrompre les activités de sa scierie pour une période indéterminée

La direction de la scierie Lauzon de Thurso, dans un communiqué

En tout, 132 employés et contractants permanents à Thurso seront licenciés. Aussi, 165 autres emplois directs sont annulés, alors que les opérations forestières devaient reprendre au mois de juin, comme d’habitude. La direction de l’entreprise ne souhaite pas faire d’entrevue sur le sujet.

Jeudi matin, en entrevue à l'émission Les Matins d'ici, le maire de Thurso a déploré une incidence majeure pour les résidents de la Petite Nation et de Gatineau, qui abrite des papetières. C’est énormément de familles qui sont touchées, a lancé Benoit Lauzon.

Il y a quelques semaines, des ministres québécois sont venus à Thurso. À ce titre, le maire dit avoir senti une bonne écoute de la part du gouvernement et notamment du ministre responsable de la région de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, mais selon lui, il y a quelque chose qui bloque dans la machine ministérielle pour assurer les emplois.

De son côté, M. Lacombe indique que l’objectif pour venir à bout du problème est de travailler avec la communauté afin de trouver des solutions. Il est d’avis que l’Outaouais doit présenter un plan à long terme.

Image du ministre lors d'un point de presse à Thurso.

Le ministre Lacombe à Thruso lors d'une annonce plus tôt cette année.

Photo : Radio-Canada

La cellule d’intervention spéciale vient d’accoucher de certaines recommandations qui ont été rendues publiques et qui sont très très court terme. Mais il nous manque toujours la vision à long terme, dit-il.

Une cellule d'intervention avait été lancée en décembre dernier afin de venir en aide à l'industrie forestière en Outaouais. À la mi-juin, le gouvernement provincial a annoncé qu'il continuera d'injecter un peu plus de 2 millions de dollars par année pour maintenir l’usine Fortress en bon état, en vue d'un éventuel rachat.

À l’heure où l’on se parle, on n’a même pas les solutions à long terme. Elles ne nous ont pas été fournies par la communauté.

Mathieu Lacombe, ministre responsable de la région de l’Outaouais.

Le ministre souligne qu’il s’agit d’un dossier complexe. S’il faut changer le régime forestier, on va le changer le régime forestier. Mais ça, c’est un projet de loi. Il faut travailler ça, il faut le déposer, explique M. Lacombe.

M. Lauzon a rappelé que le problème est au niveau du régime forestier mis en place, ce que le gouvernement pourrait remanier, selon lui. En Outaouais, la forêt est mixte, ce qui rend le travail plus complexe que dans les forêts de l'Abitibi-Témiscamingue, qui ne sont constituées que d'épinettes, a-t-il illustré. De plus, le coût d'approvisionnement est de 95 $ le mètre cube, selon le maire.

Dans le courant de la journée de jeudi, le maire Lauzon devrait discuter avec l'entreprise pour savoir quelle vision ils ont pour l’avenir et s’il y a des mesures transitoires mises de l’avant avec la cellule de crise.

Les résidents de Thurso sont inquiets

Les résidents de Thurso sont préoccupés par cette nouvelle fermeture de la scierie Lauzon. Ils s’inquiètent de voir d’autres entreprises du coin fermer leurs portes.

Ça fait mal à l’économie du village, dit René Michauville. Je trouve ça triste pour Thurso, parce que tout ferme ici, ajoute un autre citoyen, Robert Charlebois.

Mes deux fils travaillent là. [...] Ils se sont trouvé un autre travail ailleurs en attendant , raconte Andrée Robillard, rencontrée par Radio-Canada.

Robert Lavallée a déjà travaillé à la scierie Lauzon et à l’usine de Fortress. Ça commence à faire peur un peu. [...] Ça va faire mal au village, s’inquiète-t-il. Pour se trouver un nouvel emploi, il a dû faire une nouvelle formation à la suite de la fermeture de l’usine de Fortress plus tôt cette année.

Des producteurs forestiers indépendants de la région affirment que ces fermetures ont des impacts un peu partout en Outaouais.

Pour les producteurs forestiers comme moi, ça limite un peu les débouchées pour le produit. [...] On est obligés d'envoyer le bois qu’on produit ailleurs à des distances [...] plus éloignées , indique Denis Payer, qui faisait affaire avec l’usine de Fortress avant sa fermeture.

L’industrie forestière est au coeur de la fondation de la région

Le professeur en science politique et en développement régional à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) Guy Chiasson explique que l’industrie forestière a permis le développement de la région.

Il s’agit d’un moteur économique important dans la périphérie de Gatineau, indique M. Chiasson. Les papetières seraient un marché important pour les scieries, selon lui.

De plus en plus, les papetières et les scieries sont très intégrées. C’est-à-dire que les papetières s’alimentent beaucoup à partir de copeaux des scieries.

Guy Chiasson, professeur à l’Université du Québec en Outaouais.

Ainsi, lorsque les papetières diminuent ou cessent leurs activités, il y aurait des incidences majeures sur la production des scieries.

Les copeaux de bois sont les résidus de la coupe forestière des scieries, comme les branches des arbres. Ils sont ensuite utilisés par les papetières pour la confection de papier.

La vente de copeaux permet aux scieries de rentabiliser la coupe de bois, alors que l’achat d’hectares forestiers en Outaouais est dispendieux.

L'entrée de la scierie à travers la clôture.

La fermeture pour une durée indéterminée de la scierie Lauzon entraîne la mise à pied de 132 employés et contractants permanents à Thurso.

Photo : Radio-Canada / Roxane Léouzon

Ça a eu une espèce d’effet en chaîne, dit M. Chiasson, en faisant référence à la fermeture initiale de l’usine de Fortress. Changer le régime forestier ne serait pas la solution la plus simple, selon lui.

La dernière fois qu’on a changé le régime forestier [...] ça a pris une dizaine d’années à le mettre en place, souligne le professeur. C’est un problème beaucoup plus urgent.

Il estime qu’il faudrait examiner les pratiques sur le terrain, sans toutefois changer le régime forestier.Il y a toute la question de la spécificité de l'Outaouais. [...] C’est difficilement viable de faire juste ce qu’on faisait [depuis toujours]. Il faut peut-être penser à trouver de nouvelles débouchées pour les produits de la forêt , dit-il.

Le professeur croit qu’il faudrait développer de nouveaux marchés, pour qu’à long terme, l’industrie soit capable de poursuivre ses activités sans l’aide du gouvernement.

Il faut peut-être penser à des solutions qui sont probablement temporaires. Mais encore une fois, il ne faut pas que ça fasse oublier le problème central [...] et qu’on n’ait pas besoin de secourir [l’industrie forestière] encore et encore, conclut-il.

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Ottawa-Gatineau

Industrie forestière