•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De jeunes cinéastes montrent la réalité de la communauté noire

Montage des photos des cinq jeunes cinéastes.

Les cinq jeunes ayant réalisé les courts métrages qui composent le documentaire « Être Noir.e à Montréal » : Alexa Carrenard, Justice Rutikara, Marina Mathieu, Sara-Claudia Ligondé et Stella Lemaine.

Photo : Télé-Québec

Cecile Gladel

Le documentaire Être Noir.e à Montréal, diffusé le 1er juillet sur Télé-Québec, regroupe cinq courts métrages réalisés par de jeunes cinéastes qui dépeignent des réalités de la communauté noire de Montréal.

Cinq jeunes cinéastes ont choisi divers sujets pour faire le portrait de personnes noires ou d’un problème qui les touche. On parle notamment d’arts visuels, d’identité, de fibromes et du manque de représentation des personnes noires au théâtre, au cinéma et à la télévision.

Peu de comédiennes noires

Cette quête sur le manque de représentation des personnes noires parmi les acteurs et actrices a été menée par Stella Lemaine, étudiante en art dramatique à l’Université du Québec à Montréal, qui a réalisé le court métrage Prendre sa lumière.

Ça me touche directement, car j’ai toujours voulu devenir actrice et jouer. J’ai fait beaucoup de figuration quand j’étais jeune. Ça a toujours été un problème pour moi de me retrouver dans la télévision québécoise. Je me demandais tout le temps comment j’allais réussir si je n’étais pas capable de me voir et d'avoir des modèles qui ont un parcours similaire au mien. Ça m’a aussi amenée à vouloir réaliser des films et à faire ce documentaire sur le sujet.

Stella Lemaine

Pour illustrer ses propos, la jeune femme a rencontré plusieurs comédiennes noires qu’elle ne voyait pas à l'écran, dont la jeune actrice Schelby Jean-Baptiste.

La jeune femme regarde devant elle.

La comédienne Schelby Jean-Baptiste

Photo : Marcel Cristocea

Je ne les voyais pas sur les scènes et à la télé, mais ça ne veut pas dire qu’elles n’existaient pas. Le fait de rencontrer Schelby et de parler avec elle [m’a permis de la voir] comme une personne qui avait le parcours que je cherchais, un genre de modèle, ajoute Stella Lemaine.

La jeune réalisatrice et comédienne raconte qu’elle a essuyé de nombreux refus lors de ses premiers essais pour entrer dans des écoles de théâtre. Ça m’a frappée. On se dit que c’est parce qu’on n’est pas assez bonne. Mais j’ai vu qu’il y avait d’autres personnes noires, et aucune n’est rentrée cette année-là, soutient-elle.

Elle avoue aussi que les parents noirs n’encouragent pas leurs enfants à penser à des carrières dans le milieu culturel.

Ils ont travaillé fort pour le niveau de vie qu’ils ont et ils veulent le meilleur pour nous. On écoute les mêmes émissions [que tout le monde] et on ne voit pas de gens comme nous. Ils n’ont pas de preuve que c’est possible.

Stella Lemaine

Les fibromes, un problème de santé gynécologique

Si plusieurs courts métrages abordent des questions sociales, Marina Mathieu a choisi un problème de santé, car les femmes noires sont plus sujettes aux fibromes, et la raison reste mystérieuse. En réalité, personne ne sait pourquoi les femmes afrodescendantes sont majoritairement touchées par cette maladie, explique Marina Mathieu, qui a rencontré plusieurs spécialistes.

Les six personnes sont sur scène et regardent devant elles.

Les cinq jeunes ayant réalisé les courts métrages qui composent le documentaire « Être Noir.e à Montréal », Stella Lemaine, Sara-Claudia Ligondé, Justice Rutikara, Alexa Carrenard et Marina Mathieu, en compagnie de Fabienne Colas, le 21 février dernier.

Photo : Festival Fade to Black / Fondu au Noir

Par ailleurs, le sujet est personnel pour cette dernière. En effet, toutes les femmes de sa famille sont touchées par ce problème gynécologique, dont sa sœur Fedora, qui témoigne dans le documentaire. Ce premier court métrage se nomme F, une lettre qui veut dire « fibrome », mais aussi « femme forte » et tous les mots en F que les gens veulent lui accoler.

Je voulais que les gens se l’approprient, car c’est un cadeau que je fais avec ce film. La réalité, c’est que dans la communauté noire, on n’a pas vraiment de conversation à propos de problèmes de santé reproductive et sexuelle. Tout ce qui peut arriver à notre utérus n’avait jamais été abordé comme étant un problème ou une maladie. Quand ma sœur l’a eu, j’ai eu une inquiétude : elle souffrait, elle saignait énormément, elle n’allait pas bien. Je ne comprenais pas que tout le monde l’avait eu et que ma sœur avait des problèmes. J’ai compris que ça touchait ma communauté, et de plus en plus jeune, explique la réalisatrice de 26 ans.

L’objectif était donc de parler d’une réalité peu ou pas connue et de donner une voix à des femmes qui n'en ont pas. Marina Mathieu a aussi abordé ce sujet, car elle avoue n’avoir jamais eu une bonne relation avec ses menstruations. Il y a plusieurs femmes comme moi qui ne savent pas qu’on est plusieurs à vivre la même chose. C’était pour démocratiser l'idée qu’on a le droit de ne pas se sentir bien et d’aller chercher de l’aide. Ce n’est pas normal d’avoir des menstruations aussi douloureuses et abondantes et de sentir une bosse dans son ventre et se dire que ça doit être un fibrome et que ce n’est rien, soutient-elle.

Montrer des réalités différentes

Ces courts métrages ont été réalisés avec le programme Relève et diversité de la Fondation Fabienne Colas. Les cinq jeunes ont reçu un accompagnement de gens de l’industrie et une formation à l’Institut national de l’image et du son (INIS). L’objectif était de combler le manque de diversité et de représentation des personnes noires dans l’industrie culturelle et de montrer qu'elles ne forment pas un groupe monolithique qui vit les mêmes choses que les autres.

C’est un geste de revendication de se montrer dans notre diversité de vie, de perception, de représentation et d'inquiétudes. L’avantage du documentaire est de montrer avec nos yeux des sujets qui ne sont pas souvent abordés, comme ce complexe de la femme noire forte qui est capable de tout vivre sans prendre soin d’elle ou le contexte d’identité pour les personnes qui ne sont pas nées au Québec ou au Canada et qui ont des conflits identitaires.

Marina Mathieu

Cette première incursion dans l’univers du court métrage lui a donné le goût d’en faire d’autres. Pour quelqu’un comme moi qui vient de commencer, le court métrage est mon médium de prédilection, car je suis capable de montrer et de passer rapidement un message, explique-t-elle.

Son deuxième court métrage, portant sur les personnes qui s'exilent en raison des changements climatiques, devrait sortir à l’automne.

De son côté, Stella Lemaine s'est découvert une passion. S’il faut que je fasse mes propres films, je vais les faire. C’est extraordinaire. Faire de la réalisation, c’est un coup de cœur. Le théâtre m’a fait tomber en amour avec le jeu, et j’aime aussi la mise en scène. On travaille en équipe, dit-elle.

Le jeune homme tient des feuilles dans sa main

Justice Rutikara a réalisé « Le Mugunzu québécois ».

Photo : Louis Longpre

Le court métrage Le Mugunzu québécois, de Justice Rutikara, aborde quant à lui la question de l’identité. Les personnes rencontrées par le réalisateur se demandent si on peut avoir une identité à la fois africaine et québécoise.

Pour le Québécois, tu n’es jamais assez Québécoise et pour l’Africain, tu n’es jamais assez Africaine », raconte dans le court métrage Noëlle Ujeneza, née au Rwanda. « Dans tout ça, tu essayes de te retrouver et tu te demandes qui tu es. Je me suis souvent posé la question et maintenant, je suis capable de dire que je suis 70 % québécoise et 30 % africaine, et j’en suis fière.

Dans le film Le dilemme de Ma, Alexa Carrenard présente l’artiste visuelle Maliciouz qui offre son point de vue sur la place que les femmes noires occupent dans les arts de la rue.

Avec Le repos est un droit, Sara-Claudia Ligondé explore et démystifie le stéréotype de la femme noire forte dont on exige qu’elle soit à la fois excellente, parfaite et performante.

Être Noir.e à Montréal sera en ondes le 1er juillet à 20 h sur Télé-Québec et s’inscrit dans la série Être Noir.e au Canada, qui comporte aussi Être Noir.e à Toronto et Être Noir.e à Halifax, dont les 10 courts métrages seront présentés sur CBC le 19 septembre 2020.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Cinéma

Arts