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Un confinement ciblé pourrait ménager l’économie, mais ne fait pas l’unanimité

Un homme âgé marche sur le trottoir avec une canne, dans une rue où passent des voitures.

Des mesures de confinement plus sévères pour les personnes âgées pourraient ménager l'économie tout en maintenant un taux de mortalité bas, selon une étude (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des économistes du Massachusetts Institute of Technology (MIT) estiment que des mesures de confinement ne visant que les plus vulnérables pourraient sauver des vies tout en évitant les conséquences économiques plus graves d’un isolement universel. Pour d’autres, l’implantation d’une telle mesure soulèverait des enjeux éthiques et légaux importants.

L’étude (Nouvelle fenêtre) n’a pas encore fait l’objet d’une révision par les pairs. Mais puisqu’elle a été réalisée au sein de l’une des meilleures écoles et qu’elle a été diffusée par le National Bureau of Economic Research (NBER), c’est tout comme, selon la professeure Nisha Malhotra, économiste à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).

Elle souligne toutefois que l’article serait plus crédible s’il y avait un expert des maladies infectieuses parmi les auteurs.

Le professeur Daron Acemoglu et ses collègues, tous des économistes, y ont développé un modèle dans lequel évoluent des groupes représentant trois tranches d’âges, soit les jeunes (âgés de 20 à 49 ans), les personnes d’âge moyen (âgées de 50 à 64 ans), et les vieux (âgés de 65 ans et plus).

Le taux de mortalité dû à la COVID-19 varie entre ces groupes et augmente fortement avec l’âge, comme le démontre la distribution des décès au pays (Nouvelle fenêtre), ce qui se reflète dans l’étude. Un taux de mortalité de 0,001 % y a été attribué aux plus jeunes, tandis que ce taux est de 0,01 % pour les personnes d’âge moyen et de 0,06 % pour les plus âgés.

Les auteurs présument qu’un vaccin serait disponible dans un délai d’un an et demi.

L’économie ou la santé? Portrait d’un faux dilemme

Lorsque tous les groupes sont traités de la même manière, on se retrouve devant deux scénarios : soit on priorise la santé à un coût exorbitant, soit on priorise la reprise économique au détriment de vies humaines, expliquent les auteurs.

Par exemple, selon ce modèle, il faudrait un confinement généralisé de près d’un an et demi pour maintenir le taux de mortalité de la population sous la barre des 0,2 %. Une telle mesure vient à un prix fort : une perte pouvant atteindre l’équivalent de 38 % du produit intérieur brut (PIB) annuel.

À l’autre extrémité du spectre, tenter de limiter les dégâts à moins de 10 % du PIB pourrait mener à un taux de mortalité dépassant 1 %, toujours en imposant des mesures uniformes sur les trois groupes composant la population.

Des mesures ciblées pour sauver des vies à coût moindre

Il est cependant envisageable d’emprunter une autre voie, selon le professeur Acemoglu et ses collègues. Si l’on traite les groupes d’âge différemment, le taux de mortalité pourrait demeurer bas sans entraîner les répercussions économiques les plus graves.

L’étude montre que le fait d’imposer un confinement plus strict aux personnes âgées de 65 ans et plus pourrait maintenir le taux de mortalité en deçà de 0,2 % tout en réduisant les pertes économiques à l’équivalent d’environ 25 % du PIB annuel.

Les pertes moindres s’expliquent par le fait que le reste de la population se verrait imposer des mesures moins strictes et un confinement plus court. Dans ce scénario, les groupes des jeunes et des personnes d’âge moyen reprennent donc leurs activités plus tôt.

[L]e compromis entre les vies perdues et les dommages économiques causés par la pandémie est considérablement amélioré lorsque nous considérons des politiques ciblées appliquant des restrictions plus strictes au groupe plus âgé, écrivent les économistes du MIT.

Des problèmes éthiques et légaux

Selon la professeure Margot Young, qui enseigne le droit constitutionnel à UBC, une telle mesure serait sans doute jugée discriminatoire.

L’article 15 de la Charte Canadienne des droits et libertés interdit de discriminer sur la base de l’âge, explique-t-elle. Il faudrait alors défendre cette distinction sous l’article premier de la Charte, qui permet de limiter les droits d’une façon qui soit justifiée dans une société libre et démocratique.

Or à cette étape, les tribunaux tendent à être déférents envers le gouvernement, en particulier face à des lois qui visent à protéger des groupes vulnérables ou qui touchent des problématiques sociales très complexes, selon la professeure Young. Et clairement, ce sont des attributs qu’on retrouve ici.

Je pense que [les tribunaux] seraient très déférents envers le gouvernement face à ce genre de politique.

Margot Young, professeure de droit constitutionnel à UBC

Ce genre d’analyse coûts-bénéfices, ce sont des choses qui sont difficiles à remettre en question pour les tribunaux, poursuit-elle. De sorte qu’un gouvernement qui aurait fait ses devoirs pourrait sans doute justifier une telle mesure s’il démontre que l’atteinte aux droits protégés par la Charte est minimale et proportionnelle aux maux visés, conclut la professeure Young.

Ce qui serait jugé légal en fin de compte ne tiendrait cependant pas nécessairement la route d’un point de vue éthique pour le philosophe Daniel Weinstock, de l’Université McGill.

Daniel Weinstock dans un bureau.

Daniel Weinstock, philosophe et professeur à la Faculté de droit de l'Université McGill (archives).

Photo : Radio-Canada

Un confinement sévère peut se défendre dans la mesure où c’est un effort collectif que nous nous imposons tous, raisonne-t-il. Il y a cependant de plus graves problèmes éthiques à créer deux catégories de citoyens.

Le professeur Weinstock privilégie une approche qui donne des outils aux gens afin qu’ils puissent prendre leurs propres décisions. Si on impose un confinement ciblé aux aînés pour leur propre bien, on erre dans un paternalisme excessif, selon lui.

Qu’en est-il alors de la recommandation faite aux aînés du Québec de s’isoler dès le début de la pandémie? Le début de la pandémie était une situation différente, juge le philosophe. Je pense qu’on pouvait imposer des choses pour un laps de temps limité en invoquant l’urgence.

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