•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un mouvement en faveur des potagers de façade à Moncton

Un jardin vue de haut.

Le jardin de Sylvain Ward de Moncton ne correspond pas à la définition d’aménagement paysager de la section 55 de l’arrêté de zonage municipal.

Photo : Radio-Canada / Guy R. Leblanc

En mai dernier, Sylvain Ward, scénographe et artiste de la région de Moncton, décide en pleine pandémie de faire un jardin urbain avec son fils de 10 ans. Mais quelques semaines après que son projet a vu le jour, il se heurte à des restrictions de zonage municipal. S'ensuit alors un mouvement qui continue de prendre de l'ampleur.

Le projet, initialement conçu comme lieu d’échange entre voisins, tire son inspiration de l’ouvrage Le livre du lykke : le tour du monde des gens heureux, de l’auteur danois Meik Wiking.

Dans cette œuvre, une Canadienne bâtit un petit jardin devant sa maison après avoir déménagé en Australie et crée ainsi un mouvement communautaire.

On s’est dit, moi et mon garçon, que ça pourrait être le fun de faire la même chose [...] On s’apercevait que les gens commencent à marcher de plus en plus dans la rue [...] Ils voulaient se sentir moins isolés dans leur maison , raconte Sylvain Ward.

Père et fils ont alors pour mission de rencontrer les voisins de la rue, de créer un espace intéressant.

Comme la cour arrière était plus petite, la famille décide d’utiliser le devant de la maison pour son projet et se mettre à l’œuvre.

Sylvain Ward, résident de Moncton, dans son jardin.

Sylvain Ward, résident de Moncton, dans son jardin.

Photo : Radio-Canada / Guy R. Leblanc

Le 1er juin, Sylvain Ward reçoit une lettre de la Ville de Moncton, stipulant qu’il est illégal d’avoir un jardin communautaire.

Ce n’était pas notre plan, affirme ce dernier, qui précise que l’élaboration de ce potager de façade était principalement une démarche d’autosuffisance alimentaire et de carrefour amical entre voisins.

Ce n’était pas pour nécessairement créer un jardin communautaire, mais plutôt pour aider la communauté, si c’était possible, et pour rencontrer les voisins.

Mais la Ville de Moncton lui demande alors de retirer le jardin, car il ne correspond pas à la définition d’aménagement paysager de la section 55 de l’arrêté de zonage municipal.

Un banc fait de tronc d'arbre devant une maison.

Un espace pour s'asseoir dans le jardin urbain de Sylvain Ward.

Photo : Avec la gracieuseté de Sylvain Ward

C’est un peu triste de ne pas pouvoir planter des légumes et juste avoir le droit de planter des fleurs ou des arbustes.

Sylvain Ward

Ce dernier pousse alors ses recherches sur la réglementation dans d’autres municipalités canadiennes.

Il constate qu’un couple de Drummondville, au Québec, a vécu une situation similaire en 2012.

Josée Landry et Michel Beauchamp avaient alors créé une pétition ayant récolté plus de 29 000 signatures et permis d’assouplir certaines règles de l’agriculture urbaine.

Ils ont écrit un livre sur les potagers urbains et sur la façon d'aider les villes à améliorer les règlements pour la tenue de potagers urbains, indique Sylvain Ward, qui dit s’être inspiré de leur démarche.

J’ai décidé que j’allais essayer de faire changer les règlements parce que je trouvais que ça n’avait pas sa place, surtout en temps de pandémie, quand il y a un problème de sécurité et de souveraineté alimentaire au Nouveau-Brunswick.

Le Pirate garden Friend-ship

Parallèlement, lors de son échange avec la Ville de Moncton à la suite de la réception de l’avis du 1er juin, Sylvain Ward a été interrogé pour être en règle avec la loi.

Pour être conforme, ce dernier devait retirer les structures en bois et les plantes de son jardin.

Se refusant à détruire son projet père-fils, Sylvain Ward apprend, en lisant la définition d’aménagement paysager municipal sur le site web de la Ville, que les œuvres d’art sont acceptées en façade de maison.

Étant un artiste de la communauté de Moncton, étant scénographe qui crée des espaces, j’ai décidé de faire évoluer mon projet en œuvre d’art.

Sylvain Ward

C’est ainsi qu'il créé une maquette 3D des nouvelles installations paysagères de son avant-cour qu’il présente à la Ville de Moncton.

Maquette d'une maison avec un jardin dans la cour avant.

La maquette du « Pirate garden Friend-ship ».

Photo : Avec la gracieuseté de Sylvain Ward

L’œuvre d’art, une coproduction avec son garçon de dix ans, s’intitule le Pirate garden Friend-ship. La Ville nous a dit que ça ne fittait pas avec leur interprétation de l'art, raconte Sylvain Ward.

Le scénographe prend alors d’assaut les médias sociaux mardi matin pour partager son histoire, photos à l’appui, afin de solliciter sa communauté. La publication Facebook de Sylvain a été partagée plus de 260 fois en 8 h.

Il y encourage notamment les résidents de la ville de Moncton à communiquer avec le conseil municipal pour lui demander de réviser ses lois sur les jardins en cour avant. Ça a fait réagir beaucoup en ligne, constate Sylvain Ward.

La réponse de la Ville de Moncton

Sur le site web de la Ville de Moncton, un plan d’inclusion sociale indique qu’un des objectifs municipaux est d’accroître la production d’aliments locaux et urbains sur des terrains privés et publics.

Je trouvais étrange que la Ville essaie de faire cela, mais ne permette pas aux citoyens de faire la même chose chez eux , admet Sylvain Ward.

Dans une note reçue par Radio-Canada mardi après-midi, le directeur de l’urbanisme de la Ville de Moncton, Bill Budd, fait valoir qu’après un examen du règlement de zonage, il a été déterminé qu’un jardin situé dans la cour avant n’est pas conforme à la définition de l’aménagement paysager de la ville.

La définition de l'aménagement paysager de la ville de Moncton. Dans sa publication Facebook, Sylvain Ward a encerclé en rouge le mot œuvres d'art.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La définition de l'aménagement paysager de la Ville de Moncton. Dans sa publication Facebook, Sylvain Ward a encerclé en rouge les mots «œuvres d'art».

Photo : Avec la gracieuseté de Sylvain Ward

Il est aussi reconnu que le règlement de zonage ne prévoie pas explicitement les jardins fruitiers et/ou potagers dans sa version actuelle.

Le service de l’urbanisme entreprendra des recherches sur les meilleures pratiques utilisées en matière de jardins et d’agriculture urbaine dans d’autres municipalités canadiennes et étudiera comment ces pratiques peuvent être intégrées au règlement de zonage, a affirmé Bill Budd.

Le directeur de l’urbanisme a ajouté espérer pouvoir proposer des améliorations au règlement de zonage pour que le conseil puisse les examiner dans un avenir proche ce qui permettrait de résoudre ce problème.

Jardin urbain avec un homme et une tondeuse.

L'autosuffisance alimentaire est l'une des raisons pour lesquelles Sylvain Ward a décidé de faire un jardin urbain.

Photo : Radio-Canada / Guy R. Leblanc

Sylvain Ward a reçu à 17 h mardi un appel du service d’urbanisme de la Ville de Moncton.

Cette dernière lui a confié que, pour le moment, il n’avait pas à démanteler son jardin, du moins, jusqu’à ce que la révision de leurs réglementations actuelles soit terminée.

Nous collaborons vers le même but d’une agriculture urbaine! a écrit Sylvain Ward sur Facebook à la suite de cette nouvelle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Nouveau-Brunswick

Agriculture