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Des nouilles bouillantes se transforment en arme dans une bagarre entre élèves

Les nouilles ramen sont un plat à la fois réconfortant et santé, selon Lesley Chesterman.

Des nouilles peuvent se transformer en arme, estime la justice.

Photo : iStock

Radio-Canada

Une adolescente a été reconnue coupable de voies de fait et d'agression armée après avoir lancé des nouilles bouillantes sur une élève de son école secondaire en Colombie-Britannique.

Il s'agit du point culminant d’une guerre qui a escaladé les mois précédents entre les filles par l’entremise de leurs téléphones cellulaires.

Les faits remontent à décembre 2018 lorsqu’une adolescente alors âgée de 14 ans a lancé un plat bouillant de nouilles ramen à la poitrine de la victime, qui avait 15 ans.

Le jugement  (Nouvelle fenêtre)(en anglais) du Tribunal de la jeunesse met en lumière le pouvoir insidieux des médias sociaux qui peuvent alimenter le ressentiment et la violence chez les jeunes. Il permet aussi d’apprécier les vains efforts des administrateurs de l’école secondaire, largement impuissants devant ce problème.

La juge Judith Doulis a dû démêler les faits pour décider si l’accusée, identifiée par les initiales « SH » dans la décision, avait agi par légitime défense.

Elle conclut que ce n’était pas le cas.

SH a été reconnue coupable de voies de fait et d’agression armée par la Cour provinciale de la Colombie-Britannique la semaine dernière. La victime, identifiée par les initiales « MVT » dans le jugement, a dû recevoir des greffes de peau après avoir subi des brûlures au deuxième et au troisième degrés.

L'école assaillie par des bagarres amicales

Les noms des élèves, de l’école, des enseignants et même de la communauté où les événements ont eu lieu ont été censurés afin de protéger l’identité de l’accusée.

D’après la décision de la juge Doulis, l’école avait été assaillie par une série de bagarres amicales consensuelles dans les mois précédant l’agression. Celles-ci étaient populaires sur YouTube à l’époque.

Les administrateurs de l’école jugeaient ces bagarres amicales dangereuses et ont suspendu les élèves qui s’y adonnaient. En parallèle, l’établissement scolaire faisait aussi face à un problème de cyberintimidation, indique le jugement.

En utilisant les plateformes de médias sociaux variés tels que Facebook, Instagram et Snapchat, les élèves fautifs publiaient des commentaires destinés à dénigrer, intimider ou humilier leurs ennemis

Judith Doulis, juge

Malheureusement, les administrateurs de l’école avaient une autorité limitée pour réagir à ces communications lorsqu’elles avaient lieu hors de l’établissement.

Une histoire de garçon

L’animosité entre les groupes dont faisaient partie SH d’un côté et MVT de l’autre datait de deux ans avant les événements. Leur amitié s’était effritée à cause d’une histoire de garçon. Les jeunes soeurs des deux adolescentes étaient aussi impliquées dans le conflit.

Des amis de SH ont accusé MVT sur les médias sociaux d’avoir des injections aux lèvres et d’être grosse. Personne ne t’aime MVT ont-ils écrit.

MVT de son côté a défié la petite soeur de SH de venir lui faire face, en faisant référence à une bagarre amicale.

Les deux groupes s’accusaient d’intimidation. Les parents de MVT, tous deux enseignant à l’école où les faits se sont déroulés, ont conseillé à leur fille de rester à l’écart de SH et de sa bande.

Les choses se sont corsées après une assemblée réunissant toute l’école afin d’affronter le problème des bagarres amicales. Les amis de SH lui ont alors envoyé des messages selon lesquels d’autres filles se moquaient d’elle et l’accusaient de se cacher.

SH s’est ensuite rendue au bureau du directeur adjoint pour lui dire qu’elle voulait botter le cul de MVT.

Le directeur adjoint a demandé à SH de se calmer et de retourner en classe. Au lieu d'obtempérer, elle est allée prendre un bol de nouilles dans son casier, l’a rempli d’eau bouillante et s’est rendue dans les toilettes des filles. Elle a laissé les nouilles refroidir sur le comptoir puis a commencé à texter ses amis.

C’est à ce moment que MVT a eu envie d’aller aux toilettes.

Une adolescente tient un téléphone cellulaire dans ses mains.

Les adolescentes impliquées et leurs groupes d'amis s'insultaient par l'entremise de divers médias sociaux depuis des mois.

Photo : Radio-Canada

Ta face laide

SH a commencé à rire quand MVT est entrée. MVT lui a demandé ce qu’il y avait de si drôle.

Ta face laide, a répondu SH, selon ce qu’on peut lire dans le jugement.

Elles ont toutes deux sorti leurs téléphones et ont commencé à se filmer mutuellement. SH a publié une vidéo de la rencontre sur Snapchat, qui sera plus tard jouée en cour. Une de ses amies a vu la vidéo, puis est immédiatement sortie de classe pour les rejoindre aux toilettes. Elle a été témoin de la suite, alors que SH et MVT échangeaient des insultes.

Tu dis que j’ai des injections aux lèvres, aux fesses, tu te moques de ma famille sans raison, dit MVT.

Qui a dit ça? lui demande SH.

J’ai des captures d’écran, répond MVT.

L’échange s’est envenimé jusqu’à ce que SH prenne son bol de nouilles et le lance vers MVT et son appareil mobile.

Couverte de nouilles, MVT s’est lancée sur SH et les deux adolescentes sont tombées au sol.

SH prétendait avoir été provoquée. Elle disait se rappeler d’avoir pris les nouilles, mais qu’elle avait ensuite perdu la mémoire et ne se souvenait pas de les avoir lancés.

Une attaque et non une défense

Dans son analyse, la juge Doulis devait décider si un bol de nouilles ramen pouvait être considéré comme une arme.

Il se trouve que n’importe quel objet peut être considéré comme une arme s’il est utilisé pour tuer, blesser, attaquer, menacer ou intimider quelqu’un d’autre, écrit-elle.

La juge a aussi rejeté la prétention de SH selon laquelle elle aurait agi involontairement, par automatisme. L’adolescente n’a soumis aucun témoignage d’expert à cet effet et n’a pas rempli le fardeau de preuve requis.

La juge Doulis a tout de même accepté que SH vît bel et bien MVT comme une menace étant donné l’historique de leur relation et la culture d’intimidation entre les filles de l’école.

Le fait de lancer les nouilles était néanmoins une attaque, et non une défense, selon la juge, soulignant que d’autres options s’ouvraient à elle, comme quitter les lieux.

La peine de SH n’a pas encore été déterminée.

D'après les informations de Jason Proctor

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