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« Le Canada, c'est un mythe » : la fête du Canada ne sera pas célébrée par tous

Un drapeau canadien à l'envers, où il est inscrit que la réconciliation est morte.

Des défenseurs des terres autochtones devant l'Assemblée législative de la Colombie-Britannique en février dernier. Pour de nombreuses personnes autochtones, la fête du Canada n'est pas une journée de célébration.

Photo : Avec la permission de @mikegraeme (Instagram)

Nicolas Haddad

Alors que bien des Canadiens profitent du 1er juillet pour célébrer ce qu’ils aiment le plus de leur pays, beaucoup y voient aussi une occasion de remettre en question le mythe du Canada comme un pays où l’injustice systémique n’existe pas.

À Halifax, la poète et activiste El Jones participera à une journée d’action intersectionnelle, mercredi, et passera la fête du Canada à parler de violence faite aux femmes autochtones et de l’histoire coloniale du pays.

Le Canada, c'est un mythe.

El Jones, poète, activiste et éducatrice
Portrait photo d'El Jones

Pour la poète El Jones, la fête du Canada est l'occasion de dénoncer le mythe du Canada, un pays dont le passé colonial se fait toujours sentir.

Photo : Avec l'autorisation d'El Jones

Ceux qui vantent la qualité de vie au Canada ne parlent que de ceux qui peuvent se la permettre, indique-t-elle, en ajoutant que pour ceux qui vivent dans des réserves dans la moisissure et sans eau potable, où ceux travaillant dans une ferme et qui vivent à douze dans une cabane, ces gens-là n'apprécient pas le Canada que nous disons avoir.

Mercredi après-midi, elle fera partie d’un panel de discussion lors d’un rassemblement national virtuel organisé par la coalition Migrant Rights Network, qui sera rediffusé sur Facebook.

Les organisateurs espèrent qu'il sera suivi par des milliers de Canadiens et de travailleurs étrangers présentement au Canada.

Une chambre à coucher avec quatre lits.

Des centaines de travailleurs agricoles étrangers ont dénoncé des conditions de logement insalubres qui ne permettent pas la distanciation sociale.

Photo : Avec l'autorisation de Migrant Workers Alliance for Change

Elle veut aussi déconstruire le mythe de l’identité canadienne pour les dizaines de milliers de migrants qui travaillent présentement dans ce pays.

Selon la poète, qui est aussi professeure à l’Université Mount Saint Vincent de Halifax, on parle de la politesse du Canada et de son multiculturalisme, mais nos fermes dépendent complètement d’une main-d'œuvre migrante qui est exploitée et dont les droits en tant que travailleurs ne sont pas respectés, ce dont beaucoup de Canadiens ne savent rien, souligne-t-elle.

Un autre regroupement virtuel pour parler du climat

L’organisme Indigenous Climate Action organise lui aussi une rencontre virtuelle anti-fête du Canada mercredi après-midi. Cette rencontre précédera celle de la coalition Migrant Rights Network, avant de la rejoindre.

Le rassemblement virtuel dit avoir pour objectif d'amplifier les voix autochtones et de faire comprendre au public les revendications de ces peuples. Selon Jayce Chiblow, une porte-parole de l'organisme, la fête du Canada n’a pas la même signification pour les Premières Nations.

Portrait photo de Jayce Chiblow.

Jayce Chiblow est une Anishinaabe de la Première Nation de Garden River, en Ontario.

Photo : Avec l'autorisation de Jayce Chiblow

Les peuples autochtones vivent toujours ici, explique-t-elle, et nous assumons nos responsabilités en tant que personnes autochtones. Il y a toujours des gens qui apprennent leur langue, qui apprennent nos valeurs et nos responsabilités traditionnelles et qui vivent leur culture au quotidien.

Pour la jeune Anishinaabe, la conversation actuelle au Canada ne semble pas se concentrer sur les peuples autochtones ni même reconnaître que le Canada a été construit sur des terres autochtones, et qu'il y a encore beaucoup de systèmes qui oppriment les peuples des Premières Nations aujourd'hui.

Si l’organisme Indigenous Climate Action milite surtout autour de la cause du changement climatique, l'environnement est enchevêtré dans les cultures autochtones, c'est ainsi que nous obtenons toutes nos connaissances et notre langue. Tout est lié à la Terre, explique Jayce Chiblow.

Le sentiment anti-fête du Canada aussi présent en Colombie-Britannique

Célébrer la fête du Canada pour certains groupes autochtones de la Colombie-Britannique semble ne pas être une priorité, surtout compte tenu des récentes confrontations avec la police et du racisme systémique dans le système de santé provincial.

Le chef de la bande de l'Okanagan, Byron Louis, estime qu’il y a eu une érosion des relations entre le gouvernement et les peuples autochtones, ce qui rend difficile leur participation à la célébration. Quant à Jess Housty, de la nation Heiltsuk à Bella Bella, elle ne se souvient pas de la dernière fois que la communauté a célébré la fête du Canada.

Mary Ellen Turpel-Lafond, directrice du Centre sur l’histoire des pensionnats autochtones de l’Université de la Colombie-Britannique.

Mary Ellen Turpel-Lafond, directrice du Centre sur l’histoire des pensionnats autochtones de l’Université de la Colombie-Britannique

Photo : CBC

La directrice du centre des pensionnats indiens de l'Université de la Colombie-Britannique, Mary Ellen Turpel-Lafond, estime que la fête du Canada est un symbole du colonialisme et que les récentes manifestations anti-oléoduc des Premières Nations et du mouvement Black Lives Matter ajoutent de la complexité à la célébration nationale.

Cette dernière a récemment été nommée pour enquêter sur les allégations selon lesquelles certains membres du personnel des urgences auraient joué à un jeu de devinettes sur la teneur en alcool dans le sang des patients autochtones.

Le ministère fédéral des Relations Couronne-Autochtones a déclaré par courriel à Radio-Canada qu'il reconnaît que pour beaucoup, la fête du Canada n'est pas un jour de fête. Les peuples autochtones ont été confrontés à l'oppression pendant des siècles. Nous devons reconnaître ces torts passés et nous en excuser, et nous engager à nouveau à tracer ensemble une nouvelle voie pour l'avenir.

Annuler la fête pour de bon

Il y a plus d'une semaine, une quinzaine de personnes ont investi le parc Victoria, à Kitchener, avec un tipi et des tentes. Le groupe, qui compte présentement une quinzaine d’individus, a prévu un plus grand rassemblement, mercredi, pour demander au gouvernement d’annuler la fête nationale.

Portrait de Amy Smoke et Terre Chartrand.

Terre Chartrand (à gauche) et Amy Smoke disent qu'elles se concentrent sur le souvenir des vies perdues le jour de la fête du Canada et la construction d'une communauté durable au parc Victoria.

Photo : Radio-Canada / Julianne Hazlewood

Nous ferons une cérémonie commémorative pour toutes les vies perdues depuis la dernière fête du Canada, en particulier à cause de la violence policière et de la violence coloniale, a déclaré l'organisatrice Amy Smoke du clan des Tortues de la nation mohawk des Six Nations de la rivière Grand.

La fête du Canada n'est pas un jour de célébration pour les peuples autochtones. C'est un jour de deuil, a déclaré Terre Chartrand de la nation algonquine, une autre organisatrice de l'occupation.

Des femmes autochtones, des personnes bispirituelles et des jeunes participent à l'occupation pacifique. Son but est de réinvestir ces terres qui étaient autrefois un centre d'activité pour plusieurs Premières Nations, y compris les peuples Chonnonton, Haudenosaunee et Anishinaabe, selon les organisateurs de l'occupation.

Avec des informations de CBC et de La Presse canadienne

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