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Fin de l’escale Air Canada de Bathurst : des conséquences « majeures » pour la région

« On se sent encore plus isolés », déplore le maire de Bathurst, Paolo Fongemie.

Des travailleurs prennent l'avion à l'aéroport de Bathurst.

Air Canada était la seule compagnie aérienne qui se rendait à cet aéroport régional.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Bathurst perd son escale Air Canada, la seule compagnie aérienne qui se rendait à cet aéroport régional. Avant la pandémie, deux à trois vols par jour s’effectuaient jusqu’à Montréal pour desservir travailleurs, touristes et Acadiens expatriés. Cette annonce tombe comme une bombe sur cette région du nord-est du Nouveau-Brunswick, déjà durement touchée sur le plan économique.

Jamie Degrace, directeur de l’aéroport de Bathurst, indique que de nombreux investissements à l'aéroport ne pourront avoir lieu. Il prévoit par ailleurs des pertes mensuelles d’environ 100 000 $.

Le nord du Nouveau-Brunswick a besoin d’une liaison aérienne pour prospérer. Lorsque ces liens sont réduits, notre région devient un endroit moins attrayant où vivre, travailler, visiter, investir et faire des affaires.

Jamie Degrace, directeur de l’aéroport de Bathurst

Dur coup pour la région

Le maire de la ville de Bathurst n’a pas caché sa déception, dans une entrevue par vidéoconférence, quelques minutes après avoir appris la nouvelle.

Paolo Fongemie, qui est apparu la mine dépitée, a rappelé que la fermeture de l’escale de Bathurst s’ajoute à une longue liste de fermetures consécutives dans la région Chaleur.

C’est un autre coup dur pour notre communauté, le nord de la province. C’est coup après coup après coup. La fermeture de plusieurs industries, les pertes d’emplois. Maintenant, c’était le seul service qui nous permettait de conserver un lien avec l’extérieur.

Le maire Paolo Fongemie lors d'une entrevue par vidéoconférence.

Paolo Fongemie a exprimé sa déception à la suite de l'annonce de la fermeture de l'escale Air Canada de Bathurst.

Photo : Radio-Canada

Dans les derniers mois, et déjà avant le début de la pandémie, des centaines de travailleurs se sont retrouvés au chômage. La fermeture de la fonderie Brunswick à Belledune, annoncée en novembre, a entraîné la perte de 420 emplois bien rémunérés. Quelques mois plus tard, la mine Caribou a suspendu indéfiniment ses activités, entraînant la mise à pied de 330 travailleurs.

C’est décevant, c’est dur sur le moral [...] On se sent de plus en plus isolés.

Paolo Fongemie, maire de la ville de Bathurst.

À l'Aéroport régional de Bathurst, ils seront 12 à être congédiés, ce qui représente 65 % de la masse salariale. C’est un jour très triste , admet le directeur de l'établissement, Jamie Degrace.

Un sentiment d’éloignement accru chez les Acadiens expatriés

En 2012, le transporteur Via Rail a réduit de moitié la fréquence de son service entre Montréal et Halifax. Les services de transport en autocar du Québec ne se rendent pas jusqu’au Nouveau-Brunswick. Ainsi, de nombreux Acadiens ayant migré vers les villes canadiennes ont été forcés de se tourner vers le transport aérien pour rendre visite à leur famille.

Un train

En temps normal, et ce, depuis 2012, Via Rail offre trois trajets par semaine entre Montréal et Halifax. Le trajet Ocean est toutefois interrompu depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada

C’est notamment le cas de Julie-Anne O’Neil, une Acadienne qui vit à Montréal. Cette dernière souligne que les options pour les déplacements se trouvent ainsi très limitées, voire inexistantes.

Les personnes qui sont éloignées vont se sentir encore plus loin.

Julie-Anne O’Neil, Acadienne qui vit à Montréal

D’autres fermetures comme conséquences collatérales?

Julie Pinette, directrice générale de la Chambre de commerce Chaleur, estime que les répercussions économiques de cette nouvelle seront majeures pour plusieurs secteurs, notamment le tourisme. La population de la région qui fait l'aller-retour pour des affaires est assez grande, ça aussi, ça va avoir un impact , affirme-t-elle.

La venue d'artistes de l'extérieur dans le cadre de festivals dépend largement du service aérien. Le directeur général par intérim du Salon du livre de la Péninsule acadienne, Christian Blanchard, redoute ainsi les conséquences de cette décision sur le milieu culturel si elle s'avère définitive.

Si c'est vraiment quelque chose qui continue après la pandémie, j'ai de la difficulté à imaginer la logistique et les coûts pour le Salon du livre de la Péninsule acadienne , indique-t-il.

Marie Laberge.

Marie Laberge au Salon du livre de la Péninsule acadienne, le 12 octobre 2019 à Shippagan au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Une incidence sur le transport des médecins

Ce n'est pas que le secteur touristique et culturel qui pourrait être mis à mal par cette décision. Le milieu de la santé pourrait également subir les contrecoups de cette fermeture.

Plusieurs patients se servent aussi de ce vol pour des raisons de santé, fait valoir le maire Fongemie.

Julie Pinette, directrice générale de la Chambre de commerce Chaleur, abonde dans son sens en affirmant que le Réseau de santé Vitalité, un employeur majeur de la région, comptait sur ce service pour le transport des travailleurs de la santé.

Julie Pinette en entrevue par vidéoconférence.

Julie Pinette, directrice générale de la Chambre de commerce Chaleur, craint les conséquences de la fermeture de l'escale Air Canada à Bathurst sur l'économie de sa région.

Photo : Radio-Canada

L’un de nos employeurs majeurs, Vitalité, a des médecins qui utilisent ce transport-là. J’imagine que ça va limiter l’accessibilité et la rapidité avec laquelle ils peuvent transiter, indique-t-elle.

L’avenir de l’aéroport de Bathurst

Le maire de la ville de Bathurst, Paolo Fongemie, ne croit toutefois pas que cette annonce sonne le glas de l’aéroport, qui accueillait plusieurs vols par jour avant la pandémie.

Il y a quand même un besoin. Si on avait annoncé l’abolition du vol et du service, je serais beaucoup plus préoccupé. C’est une suspension indéfinie. C’est les contrecoups de la pandémie. Espérons que lorsqu’on sera post-pandémie, le vol sera de retour, parce que le besoin est là.

Interrogée sur la question de savoir si les services pourraient reprendre, Air Canada laisse quant à elle peu de place à l’optimisme. Tel que mentionné dans le communiqué de presse, l’escale de Bathurst va fermer. À ce stade-ci, Air Canada n’a aucun échéancier de retour, déclare Pascale Déry, porte-parole de la compagnie aérienne.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, a pour sa part déclaré que la décision d’Air Canada était très décevante pour les résidents et les communautés touchées par ces coupures de service.

Une décision « irresponsable » et « irréfléchie »

Le député d'Acadie-Bathurst Serge Cormier a indiqué à Radio-Canada lundi qu’il trouve cette décision irresponsable et irréfléchie.

Le député Serge Cormier en entrevue par vidéoconférence le 30 juin 2020.

Le député fédéral d'Acadie-Bathurst, Serge Cormier, estime que la décision d'Air Canada est irresponsable et irréfléchie.

Photo : Radio-Canada

De par son travail, Serge Cormier doit normalement prendre l’avion chaque semaine. Ce sera difficile pour moi, mais je ne suis pas le seul qui va être impacté par cette décision.

On sait que le transporteur Via a aussi cessé ses opérations, alors c'est un coup dur pour la région et j'espère que la population va se mobiliser pour faire en sorte que Air Canada revienne sur sa décision.

Serge Cormier, député d'Acadie-Bathurst

Serge Cormier est persuadé qu'Air Canada pourrait revenir sur sa décision de fermer la liaison Bathurst-Montréal. Je vais faire tout mon possible, avec les maires de la région, les chambres de commerce, et l'aéroport , dit-il.

La fermeture du service à Bathurst s’inscrit dans un plan de compression de 30 liaisons régionales et de 8 escales à travers le pays à cause de la chute de la demande pour le transport aérien entraînée par la pandémie de COVID-19.

Les liaisons suivantes en Atlantique sont suspendues:

  • Bathurst-Montréal;
  • Charlottetown-Halifax;
  • Deer Lake-St. John's;
  • Fredericton-Halifax;
  • Fredericton-Ottawa;
  • Gander-Goose Bay;
  • Gander-Saint-Jean, T.-N.-L.;
  • Goose Bay-Saint-Jean, T.-N.-L.;
  • Moncton-Halifax;
  • Moncton-Ottawa;
  • Saint-Jean-Halifax;
  • Wabush-Goose Bay;
  • Wabush-Sept-Îles.

Plusieurs autres liaisons sont aussi suspendues au Québec, en Ontario et dans l’Ouest canadien. Les autres escales fermées se trouvent au Québec et en Ontario.

Avec les informations de Margaud Castadère et de Karine Godin

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