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La complexe logistique du déménagement en temps de pandémie

Deux déménageurs transportent un matelas dans des escaliers.

La période des déménagements pour l'été 2020 pose une série de défis à la fois aux déménageurs qu'aux locataires.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pas facile de déménager en pleine pandémie. Autant locataires que déménageurs doivent composer avec de nouvelles exigences sanitaires qui rendent l’exercice plus ardu. Pendant que le Québec traverse une crise du logement, ce n’est pas tout le monde qui parvient à se trouver un nouveau toit.

La saison du déménagement bat son plein dans la Belle Province, mais les déménageurs préviennent qu'elle sera plus étalée dans le temps en raison des mesures sanitaires mises en place. Habituellement, la saison du déménagement touche à sa fin à la mi-juillet. Cette année, les entreprises voient leurs carnets de commandes s'étirer jusqu'à la fin du mois d'août.

Laeticia Perez a déménagé au cours de la fin de semaine dernière. Elle a quitté son condo situé à Saint-Hubert pour une maison unifamiliale à Saint Constant, en Montérégie. Son déménagement, elle a pris soin de bien le planifier. Je l'ai fait il y a longtemps. Je l'ai fait depuis le mois de mai, relate-t-elle.

Mme Perez devait se conformer à des règles d'hygiène strictes. J'ai reçu un papier de la Ville et aussi du syndicat du condo. Ils m'ont envoyé des consignes pour nettoyer toutes les surfaces avec du désinfectant et aussi pour le camion. Il devait être tout désinfecté, explique-t-elle.

Avant de laisser son condo, Laeticia Perez a tout nettoyé en restant à deux mètres de distance des déménageurs, qui sont obligés eux aussi de respecter les mesures sanitaires.

Des consignes strictes pour les déménageurs

Les déménageurs doivent respecter plusieurs nouvelles règles qui ne sont pas toujours faciles à appliquer. Les employés doivent porter des masques et des gants. Les équipes de travail sont toujours les mêmes pour chaque camion.

De plus, les véhicules sont désinfectés avant et après chaque déménagement. On demande qu'il n'y ait qu'une personne présente lors de l'arrivée des déménageurs pour limiter les interactions.

Alexandro Theodore Demain parle devant un camion de déménagement.

Alexandro Theodore Demain est propriétaire de l’entreprise Déménagement Constant.

Photo : Radio-Canada

Propriétaire de l’entreprise Déménagement Constant, Alexandro Theodore Demain, assure qu’il suit à la lettre les règles sanitaires avec ses employés.

Chaque matin, je leur donne un formulaire qu'ils signent, qu'ils [affirment qu’ils] n'ont pas de symptômes, qu'ils sont en bonne santé, qu'ils n'ont pas été en contact avec une personne infectée. C'est toujours la bonne foi de chaque personne, indique-t-il.

Il ajoute : C'est vraiment difficile de travailler avec les masques quand on fait un travail physique. Une affirmation confirmée par un de ses employés : C'est très difficile à respirer, mais on doit se protéger, on n'a pas le choix. On nous protège et on protège aussi nos clients.

Pierre-Olivier Cyr, propriétaire de la compagnie de déménagement Le Clan Panneton, reconnaît que ces mesures compliquent le travail de ses employés, surtout par temps chaud.

Pour les déménageurs, ce n'est vraiment pas évident de déménager avec un masque et des gants. De plus, c'est sûr et certain que c'est très difficile pour nous de respecter la distanciation sociale de deux mètres. Souvent, les déménageurs vont être très près l'un de l'autre. On travaille vraiment avec la santé publique pour s'assurer qu'on puisse respecter le maximum de consignes, soutient-il.

M. Cyr admet que les nouvelles consignes à respecter ont entraîné des frais supplémentaires. Ça nous a coûté environ 100 000 $ en mesures de prévention en santé et sécurité, que ce soit les exterminateurs qui désinfectent les cabines et les camions tous les soirs, que ce soit l’achat de masques réutilisables. On a décidé de ne pas appliquer une taxe COVID-19, a-t-il dit.

Des déménageurs recouvrent un meuble d'une enveloppe protectrice.

Les déménageurs, qui sont fort sollicités ces temps-ci, doivent porter un masque et des gants tout au long de l'opération.

Photo : Radio-Canada

Les déménageurs très sollicités

Malgré la pandémie, la demande est au rendez-vous. Martin Langlois, propriétaire de déménagement Martin, explique que les derniers mois ont été beaucoup plus achalandés que d'habitude. Il parle même d’un printemps extraordinaire pour son entreprise.

Cela ne nous a pas empêchés de fonctionner. On a travaillé quand même. On n’a pas arrêté, on était prioritaires. On a eu une augmentation du chiffre d’affaires, affirme-t-il, mentionnant devoir effectuer au moins 300 déménagements au mois de juin.

Sylvain Audet, propriétaire de Déménagement Blais express, abonde dans le même sens. Moi, c’est ma plus grosse année. Les mois de mars et d’avril ont été mes plus gros mois en cinq ans, dit-il.

Attention au relâchement des consignes sanitaires

Si les entreprises sont très encadrées, les déménagements plus informels avec des proches et des amis le sont moins. L’infectiologue Cécile Tremblay met en garde contre un relâchement du respect des consignes sanitaires.

Le relâchement est possible partout, dans tous les scénarios, dans tout ce qu'on fait présentement. Alors, c'est pour ça qu'il faut être particulièrement conscient de la chose. Si ce sont des amis qui déménagent, on n’est pas obligé d'être rapproché d'eux. Si on veut prendre une bière après, on peut prendre notre bière à deux mètres de distance l’un de l’autre, affirme-t-elle.

Cécile Tremblay assise dans son bureau.

Cécile Tremblay est infectiologue.

Photo : Radio-Canada

Cécile Tremblay souligne que la planification demeure la clé pour un déménagement réussi en temps de pandémie : C'est plus une question de le planifier, de penser à notre affaire avant de la faire à chaque étape, et de s'assurer qu'on prend les précautions en conséquence.

La Société d’habitation du Québec (SHQ) a publié un guide sur les bonnes pratiques sanitaires à respecter pour déménager de façon sécuritaire au temps de la COVID-19. Parmi les conseils fournis, on retrouve les suivants :

  • Se laver les mains souvent, tousser dans son coude et garder une distance de deux mètres avec les personnes qui nous aident à déménager, ou porter un masque si la distanciation physique n’est pas possible;
  • Éviter d’être plusieurs personnes dans une même pièce;
  • Préparer le plus de boîtes possible à l’avance et les disposer le plus près de l'entrée du logement pour éviter que trop de monde entre;
  • Désinfecter toutes les pièces du logement que l’on quitte et de celui dans lequel on emménage, et plus particulièrement la salle de bain – murs, lavabo, toilette et baignoire.

Crise du logement dans la métropole

Cet été, les déménagements se déroulent en pleine crise du logement. On dénombre 350 ménages au Québec qui n'ont toujours pas trouvé de logement pour le 1er juillet, dont 220 dans le Grand Montréal.

Dans la métropole, le taux d'inoccupation est de 1,5 % seulement, un creux jamais atteint en 15 ans. Au pays, ce taux se situe à 2 %. Rappelons que la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) considère qu’un taux d’inoccupation en deçà de la barre des 3 % se traduit par une situation de pénurie.

Selon le plus récent rapport de l’organisme fédéral, la situation devrait s’améliorer au cours des prochains mois, car 10 000 unités locatives sont appelées à venir gonfler le parc immobilier et à réduire la pression sur le marché.

Pancarte de logement à louer sur un balcon.

Les logements à louer se font de plus en plus rares, notamment à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La situation actuelle inquiète grandement le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), qui redoute les effets de la crise sur les locataires affectés.

Ce sont des gens qui n’ont pas de bail carrément et qui vivent beaucoup d’anxiété actuellement. Il faut dire que ces chiffres sont la pointe de l’iceberg, parce que ces chiffres ne révèlent pas le nombre de ménages qui, craignant de ne pas trouver de logements, se sont résignés à signer un bail trop cher pour leurs moyens, déclare Véronique Laflamme, porte-parole de l’organisme.

Mme Laflamme constate que le prix des loyers a monté en flèche dernièrement, contribuant ainsi à la crise du logement.

La solution pour lutter contre cette crise réside dans le contrôle des loyers et dans le logement hors marché privé. Il faut des coopératives d'habitation, des organismes sans but lucratif, des HLM pour que les ménages qui ne peuvent plus assumer les prix trop élevés et qui ne trouvent pas à se loger décemment puissent avoir accès à ces logements sociaux, dit-elle.

Les logements annoncés à louer sont beaucoup plus chers que ce que peuvent payer la plupart des ménages locataires, particulièrement ceux à revenu modeste.

Jonathan Carmichael, organisateur communautaire au Bureau d’animation et d’information logement du Québec métropolitain
Un homme déménage des objets dans un camion.

La saison des déménagements bat son plein dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De son côté, Maxime Roy-Allard, porte-parole du Regroupement des comités de logement et associations de locataires du Québec, indique que la rareté des logements se traduit par une hausse du prix des loyers.

C’est sûr que la pandémie n’a pas aidé les choses. Tout a été retardé, la question des déménagements, des visites de logements. Mais d’emblée, on était dans une réelle crise du logement dans la plupart des régions du Québec. Donc, il n’y a pas beaucoup de logements disponibles. Les logements encore disponibles sont des loyers très élevés. Je pense qu’il y a des gens qui sont victimes d’expulsion ou qui devaient déménager qui n’arrivent pas à trouver de logement, estime-t-il.

Des programmes d’aide

Divers programmes d’aide existent pour les locataires qui seraient dans le besoin. La Société d’habitation du Québec a notamment mis sur pied depuis deux mois environ un programme de prêts sans intérêt pour payer les loyers des mois de mai et de juin afin d’éviter les évictions. Il sera en vigueur jusqu’en août 2021 et permettra d’attribuer une aide financière maximale de 1500 $ par ménage.

Des déchets et vieux matelas entassés près d'un escalier.

Les déménagements riment souvent avec des déchets laissés à l'extérieur.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

André Ménard, directeur des communications de la SHQ, a précisé les conditions d’admissibilité en entrevue à l’émission Tout un matin sur les ondes de la chaîne ICI Première : Les gens doivent avoir reçu la PCU (Prestation canadienne d’urgence) ou encore avoir reçu la prestation d’assurance-emploi et évidemment détenir un bail en vigueur au premier mai.

Le programme Supplément au loyer permet aux locataires qui ont de la difficulté à payer leur logement d’obtenir une aide financière. Concrètement, grâce à ce programme, les ménages consacreront 25 % de leurs revenus au paiement du loyer. Le reste de la facture sera divisé entre la municipalité et de la SHQ; cette dernière honorera 90 % du coût.

C’est une aide qu’on offre dans le contexte actuel. C’est une aide de dernier recours évidemment, puisque c’est difficile de se trouver un loyer à un prix raisonnable au moment où on se parle.

André Ménard, directeur des communications de la SHQ

Finalement, le programme d’aide aux municipalités consiste en la prise en charge temporaire d’un ménage pour l’hébergement, le déménagement et l’entreposage des biens. La municipalité prendra en charge ces frais et la SHQ remboursera la municipalité, dit le porte-parole.

André Ménard se dit convaincu de pouvoir traverser la crise adéquatement : La Société considère avoir l’ensemble des outils nécessaires pour accompagner les ménages québécois durant cette période de déménagements.

Avec les informations de Fannie Bussières McNicoll et de Yasmine Khayat

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