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Le Cirque du Soleil se place à l'abri de ses créanciers

L'entreprise ne génère plus aucun revenu, ses activités étant paralysées en raison de la crise sanitaire.

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Des artistes de cirque en action lors d'un spectacle du Cirque du Soleil.

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet

Photo : Radio-Canada / Cirque du Soleil - Gracieuseté de Mathieu Girouard

Endetté jusqu'au cou, le Cirque du Soleil a annoncé lundi avoir demandé la protection des tribunaux contre ses créanciers, présentant par la même occasion une convention d'achat conclue avec les actionnaires actuels du groupe.

Cette « soumission d'amorce » sera présentée mardi à la chambre commerciale de la Cour supérieure du Québec. Si elle est acceptée, l'entreprise demandera sa reconnaissance provisoire immédiate aux États-Unis en vertu du chapitre 15 de la loi américaine sur les faillites.

L'accord de vente prévoit le rachat de l'essentiel de l'actif du groupe par un consortium formé des actionnaires actuels : la firme américaine TPG, la chinoise Fosun – propriétaire du Club Med et de Thomas Cook – et la Caisse de dépôt et placement du Québec.

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Entrevue avec le PDG du Cirque du Soleil

Frappé de plein fouet par la pandémie de coronavirus, le Cirque annonce par ailleurs le licenciement permanent de 3480 employés, qui avaient été mis à pied temporairement au mois de mars.

Ceux-ci représentent environ 85 % du personnel de l'entreprise, a spécifié son président et chef de la direction, Daniel Lamarre. Ce que l’on souhaite, dès que la reprise se fera, c’est de réembaucher ces mêmes personnes-là et de les ramener au bercail, a-t-il expliqué à Radio-Canada lundi.

M. Lamarre espère que la plupart des spectacles du Cirque du Soleil pourront reprendre vers la fin de l'année ou au début de 2021. Déjà, un premier spectacle a repris le mois dernier en Chine, et un autre s'ouvrira vendredi au Mexique.

Un prêt gouvernemental au cœur de la relance

La convention d'achat qui sera soumise au tribunal mardi prévoit l'injection par les actionnaires de 300 M$ US de liquidités, dont 200 M$ US prêtés par Investissement Québec en échange de certaines garanties, comme le maintien du siège social au Québec, qui emploie toujours 200 personnes malgré la crise.

Cette somme permettra, selon les actionnaires actuels, de soutenir la relance du Cirque quand la pandémie de COVID-19 se sera atténuée et d'assumer certaines obligations, notamment les demandes de remboursement des détenteurs de billets touchés par l'annulation des spectacles.

Elle servira aussi à dédommager en partie les employés affectés et les partenaires. Ainsi, la convention prévoit la création de deux fonds pour venir en aide aux employés qui auront perdu leur emploi (15 M$ US) et aux sous-traitants, consultants, pigistes, agents ou autres collaborateurs non-salariés (5 M$ US).

Un prêt provisoire consenti par certains prêteurs de premier rang serait également remboursé pour un montant de 50 millions de dollars américains, précise le communiqué du Cirque du Soleil.

On veut éviter de faire faillite. Et d'avoir l'appui de gens qui réinjectent plusieurs millions de dollars – au-delà de 300 millions de dollars –, ça veut dire que les gens sont confiants que la relance sera possible.

Daniel Lamarre, président et chef de la direction du Cirque du Soleil

Le plan de relance prévoit en outre que les créanciers garantis recevront une dette non garantie de 50 millions de dollars américains, en plus d'une participation de 45 % dans l'entreprise restructurée, ce qui aura pour effet de diluer la participation des actionnaires actuels. TPG détiendrait ainsi 33 %, tandis que Fosun et la Caisse auraient chacun 11 %.

La dette totale de l'entreprise, qui avoisine le milliard de dollars américains, serait ramenée à 250 M$ US.

Les enchères sont ouvertes

La proposition dévoilée lundi, qui a reçu l'aval du comité de transaction mis sur pied par le conseil d’administration, constitue l'offre minimale acceptable dans le cadre du processus de restructuration qui sera supervisé par le tribunal.

Ce plan pourrait toutefois être bonifié si un autre acheteur présente une meilleure offre dans les 45 prochains jours pour mettre la main sur l'entreprise.

On devrait savoir vers la mi-septembre qui sera le nouveau propriétaire du Cirque du Soleil.

En entrevue, lundi, Daniel Lamarre a précisé qu'au total, cinq ou six acheteurs, canadiens comme étrangers, étaient toujours intéressés.

Fin mai, le cofondateur du Cirque Guy Laliberté avait annoncé son intention de racheter l'entreprise. Québecor avait également pressé le groupe de lui ouvrir ses livres, trois semaines plus tôt.

Des spectacles annulés partout dans le monde

La crise sanitaire provoquée par le coronavirus a forcé le Cirque à annuler, il y a environ trois mois, ses 44 spectacles et à licencier la quasi-totalité de son effectif, soit environ 4700 personnes.

Les mises à pied confirmées lundi permettront aux employés, selon l'entreprise, de recevoir immédiatement le paiement de la totalité des vacances qu'ils ont accumulées et d'accéder au Programme canadien de protection des salariés et à d'autres programmes d'assurance-chômage.

Étant donné que les spectacles résidents à Las Vegas et Orlando devraient reprendre avant le reste des spectacles du Cirque, les artistes et les employés des spectacles de la division des spectacles résidents ne sont pas touchés par cette mesure, a-t-elle précisé par communiqué.

Environ 700 emplois sont donc maintenus dans ces deux villes américaines, selon Daniel Lamarre. Les activités du Cirque à Vegas constituent à elles seules 40 % des revenus du groupe, a-t-il expliqué en entrevue.

« Le Cirque était très profitable avant la crise »

Pour la période de 12 mois terminée en septembre dernier, le Cirque aurait généré des revenus d'environ 950 millions de dollars américains, avait calculé l'agence de notation Moody's dans un rapport publié en mars dernier. Ses profits étaient estimés à 155 M$ US.

Le Cirque était très profitable avant la crise, a rappelé Daniel Lamarre en entrevue à ICI RDI, lundi après-midi. Malheureusement, lorsque vous vivez plus de quatre mois sans revenus, ça devient intenable.

Le plan élaboré par les actionnaires actuels du Cirque prévoit un retour à la profitabilité dans deux ans, a-t-il mentionné.

La difficulté réside surtout dans les contraintes liées aux spectacles de tournée, explique M. Lamarre. Parce qu’on ne pourra pas reprendre nos activités tant et aussi longtemps que les lignes aériennes n’auront pas repris les leurs, et que les frontières ne seront pas ouvertes à travers tous les pays.

Les spectacles ambulants du Cirque du Soleil sont présentés dans 450 villes à travers le monde, a-t-il spécifié.

M. Fitzgibbon à l'Assemblée nationale.

Pierre Fitzgibbon est ministre de l’Économie et de l’Innovation dans le gouvernement caquiste de François Legault.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Appelé à commenter la nouvelle en marge d'une autre annonce, le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, s'est dit très à l'aise avec le plan du Cirque. Il n'y aura pas trop de dettes, on [relance] les spectacles progressivement. Je pense que le 200 M$ US du gouvernement est relativement [en sécurité]. C'est un très bon instrument financier.

Le Regroupement des artisans des arts du cirque, qui avait manifesté sa colère à Montréal il y a deux semaines, a pour sa part offert une réaction mitigée.

Nous sommes bien entendu dévastés par le fait que le Cirque du Soleil se voit potentiellement acculé à la faillite et nous sommes solidaires de nos collègues employés réguliers qui viennent de perdre leur emploi, a-t-il déclaré par courriel.

Toutefois, poursuit le Regroupement, nous constatons que le Cirque du Soleil [...] semble prêt à honorer la dette qu’il a envers les artisans que nous représentons. [Dans ce contexte], nous ne pouvons qu’espérer une mise en place rapide de cette nouvelle convention et par le fait même le remboursement intégral de la dette qui nous est due.

Le Cirque du Soleil a été fondé au Québec en 1984. Son premier spectacle a été présenté à Montréal le 23 août de cette année-là par une troupe d’artistes auparavant connue comme Les Échassiers de Baie-Saint-Paul.

Avec les informations de La Presse canadienne, et Agence France-Presse

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