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Île d’Entrée : la peur du virus... et des touristes

Un paysage de l'île d'Entrée

L'île d'Entrée, la seule île madelinienne habitée qui ne soit pas reliée aux autres par voie terrestre, compte une soixantaine de résidents permanents, dont la quasi-totalité a plus de 60 ans.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Alors que la saison touristique est bel et bien lancée aux îles de la Madeleine, les résidents de l’île d’Entrée sont très préoccupés par l’arrivée des visiteurs. Selon eux, la propagation du virus pourrait être fatale sur cette île, qu'on compare à un centre de personnes âgées à ciel ouvert puisque la quasi-totalité de cette population anglophone a plus de 60 ans.

Plusieurs vies pourraient être perdues si on ne prend pas les bonnes mesures, lance d’entrée de jeu Brian Josey, le seul restaurateur et aubergiste de l’île d’Entrée, l’unique île habitée de l’archipel madelinot qui ne soit pas reliée aux autres par voie terrestre.

L’homme de 67 ans a annulé toutes ses réservations estivales dans sa maison d'hébergement. Selon lui, la saison touristique n’aurait pas dû avoir lieu aux îles de la Madeleine.

Brian Josey photographié devant un paysage de l'île d'Entrée

Brian Josey aurait souhaité que la saison touristique soit annulée aux îles de la Madeleine. « Ils devraient tout arrêter cette année et attendre que ça se calme, parce que si les gens arrivent en masse et deviennent malades, que va-t-il se passer? », demande-t-il.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

On n'a aucun cas de COVID-19 sur l’île d’Entrée et il ne faut pas que ça change, mentionne-t-il. Il n’y a pas eu beaucoup de cas dans le reste de l’archipel, alors je ne vois pas pourquoi les gens devraient être autorisés à venir, et peut-être apporter la maladie aux îles de la Madeleine. Les gens vieillissent et je crois que c’est dangereux.

Ce n’est pas que nous ne voulons pas que les gens viennent, nous sommes juste préoccupés.

Brian Josey, restaurateur et aubergiste
Un paysage de l'île d'Entrée avec le Big Hill

Plusieurs touristes vont passer une journée à l'île d'Entrée pour escalader le plus haut sommet des îles de la Madeleine, Big Hill.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L’homme est conscient que les touristes afflueront tout de même sur son île, peuplée d'à peine 60 résidents permanents, le temps d’une balade de quelques heures. Loin de lui l’idée de leur faire la chasse, même s’il aurait préféré avoir un été sans visiteurs.

Je vais les laisser venir au restaurant, je ne vais pas leur dire qu’ils ne sont pas les bienvenus, mais je suis en désaccord avec le fait qu’on accueille 35 000 personnes, dit-il en faisant référence à la limite fixée par les autorités de santé publique.

Façade du restaurant Chez Brian Josey

Le restaurant de Brian Josey demeure ouvert, mais les repas sont servis à emporter ou sur le patio arrière, car la salle à manger est trop petite pour respecter la distanciation physique.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Selon moi, dit-il, c’est impossible que notre réseau de santé puisse s’occuper à la fois des Madelinots et de tous ces visiteurs si le virus se propage. L’argent ne devrait pas être la priorité.

Une ouverture repoussée d’un an

Originaire des Laurentides, Laurence Oligny-Roy a acheté une maison sur l’île d’Entrée avec son conjoint madelinot l’an dernier.

Elle avait prévu d'ouvrir au public un atelier-boutique de vêtements faits de tissus recyclés cet été, mais en raison du climat ambiant, elle a décidé de changer ses plans.

En parlant avec la population, explique-t-elle, j’ai bien compris que les gens avaient peur de la venue des touristes, surtout de Montréal, parce que c’est l’épicentre au Canada, et beaucoup de touristes viennent de là. Les résidents rappellent que l’île est peuplée à 80 % des gens qui ont plus de 70 ans. S’il y a une personne infectée qui va dans les toilettes publiques, à l’épicerie, ou dans un endroit public, ça peut vraiment être fatal ici.

Laurence Oligny-Roy derrière sa machine à coudre

Laurence Oligny-Roy a revu ses projets touristiques en raison des craintes de ses concitoyens.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Elle a choisi de repousser d'un an l'ouverture officielle de son atelier-boutique. Je n'ai pas voulu faire de publicité pour mon nouveau projet cet été, parce que je ne voulais pas favoriser plus de tourisme sur l’île d’Entrée. Elle demande aux visiteurs d’être particulièrement vigilants s’ils posent le pied sur l’île d’Entrée.

C’est comme si on entrait dans un centre de personnes âgées à ciel ouvert quasiment. Il faut respecter ces habitants-là. Ça serait catastrophique pour la population si le virus venait ici, il y aurait beaucoup d’impacts sociaux.

Laurence Oligny-Roy
Un paysage de l'île d'Entrée, avec un champ à l'avant-plan et la mer derrière

Pour atteindre l'île d'Entrée, il faut embarquer à bord d'un traversier à partir de Cap-aux-Meules.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Une épicière inquiète

Pauline Boudreau, propriétaire d’Entry Grocery, la seule petite épicerie-dépanneur de l’île d’Entrée, tente de rationaliser la situation, mais demeure inquiète.

Il faut être vigilant, estime-t-elle. Il faut se protéger, se laver les mains et garder nos distances. On essaye de ne pas attraper le virus, mais ça peut-être une de mes sœurs qui vient de Québec qui va me le donner. On ne sait pas. Ça peut être la famille en visite autant que les touristes. Il ne faut pas trop venir fou avec ça, mais on ne sait jamais. C’est sûr que c’est épeurant.

Pauline Boudreau derrière le comptoir de l'île d'Entrée

L'épicière Pauline Boudreau demande à ses concitoyens et aux touristes d'être vigilants.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L’épicière mentionne que certains insulaires craignent même de se rendre en traversier sur les autres îles de l’archipel pour faire leurs emplettes.

Il y a des gens qui ne veulent plus aller à Cap-aux-Meules parce qu’il y a beaucoup de touristes, admet-elle.

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