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Les adeptes du tir sportif voient leur passion enrayée par Ottawa

Des hommes tirent des cibles sur un champ de tir.

Le club de tir de Vermilion compte 360 membres.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Depuis le 1er mai, le monde des armes grince des dents, notamment en Alberta. L’interdiction de plus de 1500 modèles d’armes à feu de type militaire met en danger une partie de l’industrie et prive certains adeptes du tir sportif de leur passion.

Une collection personnelle touchée

Les membres du club de Vermilion, à l’Est d’Edmonton, se retrouvent, ce soir-là, pour une séance au champ de tir. C'est habituellement l'occasion de passer du bon temps entre amis, mais depuis plusieurs semaines, les discussions tournent beaucoup autour de la politique de Justin Trudeau.

Je ne sais plus quoi penser, c’est très frustrant, s'exclame, déconcerté, Len Chetter. Il possède des armes depuis 53 ans.

Parmi celles qu'Ottawa a réduites au silence, il y a la très populaire AR-15, particulièrement prisée par les membres de clubs de tir. Elle était aussi bien appréciée des fermiers du coin, qui l'utilisaient pour protéger leur bétail des coyotes, selon M. Chetter.

Un homme tient une arme à feu dans un magasin.

Un employé d'un magasin d'armes à feu de l'État de l'Utah inspecte un AR-15, en mars 2020. Aux États-Unis, ces modèles sont parmi les plus populaires.

Photo : afp via getty images / George Frey

Elle trônait fièrement dans la collection de 22 fusils du président du club de tir et directeur provincial de l’Association canadienne pour les armes à feu (NFA), Dwayne Gorniak.

C’était un modèle léger, très pratique et très aimé des femmes. Il l'utilisait uniquement pour tirer sur des cibles dans son club, comme la loi l’exigeait depuis 1995. Il doit maintenant le laisser dans un coffre, chez lui.

Des abonnements en baisse

Beaucoup de propriétaires d'armes au Canada avaient une adhésion dans un club de tir pour utiliser leur AR-15, explique Dwayne Gorniak, qui s'attend à voir le nombre de membres dans les clubs chuter dès l'an prochain.

Ces adeptes de la gâchette s'inquiètent de voir leur loisir disparaître à petit feu. C'est relaxant comme activité en plein air, avoue Len Chetter, qui espère encore pouvoir pratiquer sa passion le plus longtemps possible.

Un homme dans un champ de tir.

Len Chetter ne veut pas baisser les bras face à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Certaines armes récemment bannies du Canada servaient pour des compétitions internationales. Un sport en plein essor, appelé Three Gun, ne peut plus, pour l'instant, être pratiqué au pays.

Un des membres fondateurs du club de Vermilion, Dave Moore, a exercé cette discipline pendant 30 ans.

Je suis furieux. La loi ne va pas dans la bonne direction, croit-il. Cet Albertain a plus de 10 000 dollars d’armes dorénavant bannies dans sa collection personnelle et le programme de rachat du gouvernement, il n’y croit pas. L’argent serait mieux utilisé sur la traque aux gangs dans l’Est.

La lutte contre les armes d'Ottawa

C'était une des promesses de campagne de Justin Trudeau : retirer de la circulation des armes de style militaire pour diminuer le nombre d'homicides.

Selon Ottawa, pas moins de 90 000 armes à feu seraient visées par l'interdiction du premier mai. La majorité d'entre elles se trouvent dans des chaumières albertaines, britanno-colombiennes ou ontariennes.

Ces armes n’ont été conçues qu’à une seule et unique fin : tuer le plus grand nombre de personnes le plus rapidement possible. Elles n’ont aucune utilité et elles n’ont pas leur place chez nous, avait déclaré le premier ministre canadien, le 1er mai.

Selon le cabinet du ministre de la Sécurité publique les Canadiens méritent de vivre dans une société où ils peuvent se sentir à l'abri de la violence armée. Depuis le 1er mai, le marché de ces armes dangereuses, qui ont été utilisées pour tuer des Canadiens innocents, est fermé.

Des carabines AR-15 sont alignées sur une étagère.

L'interdiction des armes d'assaut de type militaire ne fait pas l'unanimité. Les lobbys et l'industrie se mobilisent pour faire plier Ottawa.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Pour Dwayne Gorniak, l'interdiction ne réglera pas le problème de la violence. Les méchants vont toujours trouver un moyen de tuer, que ce soit avec une arme, une voiture, ou un autocuiseur.

Le gouvernement fédéral promet d'allouer des ressources supplémentaires à la sécurité et d'instaurer des sanctions plus sévères pour les agents des forces de l'ordre et des services frontaliers afin de contribuer à arrêter le flux d'armes aux frontières.

L'interdiction des armes vue par les Canadiens

Selon un sondage réalisé en 2017 par Ekos Politics et La Presse canadienne, 69 % des Canadiens étaient en faveur d'une interdiction des armes dans les régions urbaines. Ils se sont dits en accord avec cette affirmation : je pense qu'il faudrait une interdiction stricte sur les armes dans les secteurs urbains. Avec 75 %, le soutien le plus fort vient du Québec et le plus faible, 47 %, de l'Alberta.

Le sondage a été réalisé par téléphone du 7 au 30 novembre 2017 auprès de 5560 Canadiens adultes. La marge d'erreur de ce sondage est estimée à +/- 1,4 point de pourcentage, 19 fois sur 20.

Une compétition sportive en danger

Selon le gouvernement fédéral, 1,4 million de Canadiens pratiquent le tir sportif, c'est 100 000 de plus que ceux qui ne font que chasser.

Tireur de compétition depuis 1998, John Evers était fier de représenter le Canada en 2014 au Nouveau-Mexique. Lors de son épreuve de Three Gun, il avait dans les mains une AR-15.

C’est l’arme phare pour ce sport internationalement connu. Le Canada ne pourra probablement plus participer à des championnats et ne pourra clairement plus accueillir des compétitions internationales, dit-il, et le gouvernement fédéral le sait.

Un homme a une arme dans les mains pendant une compétition.

John Evers utilisait un AR-15 de la marque Olympics Arm lors d'un tournoi en 2014.

Photo : Becky Yackley

Ces tireurs sportifs pourraient se trouver temporairement dans l’impossibilité de participer au sport s’ils utilisent principalement une arme à feu nouvellement prohibée, peut-on lire dans la Gazette du Canada, journal officiel du gouvernement, en date du 1er mai.

Un défi pour les armureries

Bien que moins important que l’industrie de la chasse, le tir sportif a également un poids économique. Ses disciplines ont généré 868 millions de dollars en revenu du travail en 2018, et soutiennent environ 14 555 emplois équivalents temps plein.

Ancien policier, Phil Harnois s’interroge tous les jours sur son avenir. Avec sa femme, Dianne, ils tiennent la boutique d’armes P&D Enterprises, à Edmonton. Nous avons les reins solides, mais d'autres magasins vont fermer, c’est certain, selon lui.

Un homme tient une arme dans une boutique.

Ce revendeur d'armes espère ne pas voir la liste des modèles interdits s'allonger.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

La moitié de ses ventes sont liées au tir sportif. Dès le 1er mai, il a dû enlever de ses étagères des dizaines d’armes nouvellement interdites par Ottawa. Tout s’est passé très vite, on a été surpris, avoue-t-il. Nos clients aussi.

Sa femme, Dianne, se montre encore plus inquiète. C’est notre passion, notre entreprise pour laquelle on a travaillé dur. J’aime le Canada, mais j’ai peur pour l’avenir, concède-t-elle. Ces entrepreneurs espèrent encore voir le gouvernement revenir sur sa décision.

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Alberta

Armes à feu