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Le Hamas refuse le plan américain pour le Proche-Orient, mais craint la confrontation

Des hommes, des femmes et des enfants manifestent avec des pancartes.

Des Palestiniens de la bande de Gaza participent à une manifestation contre le plan américain pour le Proche-Orient.

Photo : afp via getty images / Mahmud Hams

Agence France-Presse

Depuis quelques semaines, des manifestations sont organisées presque chaque jour dans la bande de Gaza, territoire palestinien gouverné par le Hamas depuis 2007, pour protester contre le plan américain pour le Proche-Orient.

Le Hamas a prévenu : une annexion par Israël de pans de la Cisjordanie occupée serait une déclaration de guerre. Mais au-delà des mots, le mouvement islamiste armé veut peser dans la balance tout en évitant un affrontement avec l'État hébreu, estiment des analystes.

Le plan américain prévoit la création d'un État palestinien sur un territoire restreint et morcelé, et l'annexion par Israël de colonies et de la vallée du Jourdain en Cisjordanie occupée, territoire palestinien situé à une cinquantaine de kilomètres de Gaza.

Le gouvernement israélien doit se prononcer à partir du 1er juillet sur la mise en oeuvre du plan, et plus l'échéance approche, plus le Hamas – qui a livré trois guerres à Israël depuis 2008 – tente de définir sa stratégie.

C’est jeudi que le porte-parole de la branche militaire du mouvement, Abou Obaida, a averti qu'une annexion serait considérée comme une déclaration de guerre contre le peuple palestinien. Il a promis de faire en sorte que l'ennemi s'en morde les doigts.

Le lendemain, deux roquettes ont été lancées depuis l'enclave de Gaza vers Israël, qui a aussitôt riposté par des frappes aériennes sur des positions du Hamas.

Dans le contexte actuel, les choix qui s'offrent au mouvement islamiste sont limités, notent des analystes. Les options du Hamas sont complexes, car toute réponse à l'annexion aura des conséquences sur la bande de Gaza, estime Adnane Abou Amer, analyste palestinien.

Il se peut que les tensions à la barrière [séparant Gaza d'Israël] reprennent, avec le lancement d'engins incendiaires et explosifs, indique Mukhaimar Abou Saada, professeur de sciences politiques à l'Université Al-Azhar de Gaza. Il exclut cependant l'option d'activités militaires, car le Hamas ne veut pas que Gaza en paye le prix.

Le Hamas va attendre de voir ce qu'il se passe, organiser des manifestations populaires, et ne devrait pas engager de confrontation avec Israël, ajoute-t-il.

La résistance globale et la lutte armée sont un devoir afin de faire face aux plans de l'ennemi, a déclaré dimanche Khalil Al-Hayya, chef adjoint du bureau politique du Hamas dans la bande de Gaza, qui a appelé à un jour de la colère le 1er juillet contre le projet israélien.

Hors des manifestations, le mouvement islamiste craint qu'une flambée de violence ne fragilise les négociations indirectes relatives à un échange de prisonniers avec Israël, échange qui serait le premier depuis près de 10 ans entre les deux ennemis, selon M. Abou Saada.

Renouer avec le Fatah

Si Israël va de l'avant avec son projet, le Hamas voudrait que des attaques contre Israël se concentrent en Cisjordanie, théâtre projeté de l'annexion, indique M. Abou Amer.

Mais pour cela, il faudrait qu'il y ait un dialogue entre le Hamas et son rival, le Fatah du président Mahmoud Abbas, au pouvoir en Cisjordanie. Les deux partis sont à couteaux tirés depuis que le Hamas a pris le contrôle de Gaza, au terme d'une quasi-guerre civile, un an après avoir remporté les législatives. Depuis, tous les efforts de réconciliation ont échoué.

Mi-juin, un haut responsable du Hamas, Salah Al-Bardawil, a appelé à l'union de la classe politique palestinienne, estimant qu'il n'y avait pas de place pour un monopole, l'exclusion ou la domination au sein du leadership palestinien.

Pour l'analyste Adnane Abou Amer, la probabilité d'une entente entre l'Autorité palestinienne et le Hamas est mince, voire impossible, en raison du manque de confiance.

L'Autorité palestinienne continue de traquer et d'arrêter quotidiennement des militants du Hamas en Cisjordanie, sa hantise étant que le mouvement y reprenne ses activités et l'évince, comme il l'a fait à Gaza, explique M. Abou Amer.

D’une manifestation à l’autre

À partir de mars 2018, Gaza avait connu des rassemblements hebdomadaires le long de la barrière de sécurité lourdement gardée par l'armée israélienne.

Les manifestants y réclamaient le droit au retour des Palestiniens chassés de leurs terres ou ayant fui lors de la création d'Israël en 1948, ainsi que la levée du strict blocus israélien, imposé il y a plus de 10 ans à la bande de Gaza pour contenir le Hamas, selon l'État hébreu.

Mais la participation aux rassemblements s'est essoufflée fin 2019, et les restrictions liées à la pandémie de COVID-19 ont consumé davantage le mouvement.

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