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Vague écologiste aux municipales en France, revers pour le parti présidentiel

Un électeur portant le masque devant des préposés au scrutin vêtus de visières à la table d'un bureau de vote.

Le deuxième tour des élections municipales se déroule dimanche en France.

Photo : afp via getty images / Clément Mahoudeau

Agence France-Presse

Les élections municipales en France ont été marquées dimanche par une vague écologiste dans plusieurs grandes villes, où le parti présidentiel a enregistré de nombreuses défaites malgré le succès du premier ministre Édouard Philippe.

L'abstention a atteint un niveau historique : près de 60 % des électeurs ont boudé ce deuxième tour organisé plus de trois mois et demi après le premier, coronavirus oblige.

Très vite après les premiers résultats, le président Emmanuel Macron s'est dit préoccupé par le faible taux de participation.

Un constat partagé par l'opposition et notamment Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale), qui a qualifié cette élection de grève civique, ou par la finaliste de la présidentielle de 2017, Marine Le Pen.

« Vague verte » sur Lyon et Marseille

Au-delà de cette abstention inédite, c'est la vague verte qui retient l'attention.

Les écologistes vont notamment s'emparer de Lyon et de Marseille, les deux plus grandes villes de province françaises, et sont également donnés en tête, selon de premières estimations, à Bordeaux.

Et à Paris, leur alliée Anne Hidalgo a été confortablement réélue avec plus de 50 % des voix.

Mme Hidalgo, tout sourire, salue la foule.

La mairesse de Paris, Anne Hidalgo, a été réélue au second tour, dimanche.

Photo : Reuters / Christian Hartmann

Plusieurs villes moyennes du pays tombent aussi dans l'escarcelle des verts, comme Besançon (est), Poitiers (centre) ou Annecy dans les Alpes.

Les écologistes s'imposent dans ce scrutin comme la principale force de gauche en France, signe d'une recomposition politique qui s'opère dans de nombreux pays d'Europe, où les partis écologistes, portés par l'urgence de la question climatique, enregistrent des poussées.

Des ministres verts sont en poste en Suède, en Finlande, en Autriche et les verts sont en pleine ascension en Allemagne.

Cette recomposition de la gauche derrière les écologistes intervient alors que le parti d'Emmanuel Macron, qui a bâti sa victoire au centre, est perçu par une partie de l'opinion comme menant une politique proche de la droite.

L'extrême droite se faufile

L'extrême droite de son côté a remporté l'élection à Perpignan, ville catalane de plus de 100 000 habitants, avec la victoire de Louis Aliot, l'ex-compagnon de Marine Le Pen.

La droite traditionnelle, Les Républicains (LR), devrait quant à elle conserver la ville de Toulouse et l'emporter dans une multitude de villes moyennes, mais elle perd au profit des écologistes des fiefs comme Marseille ou Bordeaux.

Pour le parti présidentiel, La République en marche (LREM), qui n'est en position de force dans aucune grande ville et ne bénéficie pas d'un profond ancrage local, c'est un revers.

Ce soir nous éprouvons une déception, parce qu'il y a des endroits [...] où notre propre division interne nous a conduits à des scores extrêmement décevants.

Sibeth N'Diaye, porte-parole du gouvernement

Elle a estimé que dans les mois à venir, son parti ne pourrait (se) permettre ce genre de divisions.

Seule petite éclaircie, le premier ministre Édouard Philippe, qui n'avait pas endossé l'étiquette LREM, a facilement remporté l'élection dans la ville portuaire du Havre avec 59 % des voix.

Remaniement ministériel en vue?

Reste maintenant à savoir quel sera l'impact de ce scrutin sur l'orientation des deux dernières années du quinquennat d'Emmanuel Macron.

Devra-t-il donner des gages aux écologistes? Maintiendra-t-il à son poste son premier ministre sorti renforcé de sa victoire au Havre?

M. Macron, masqué, s'avance vers l'isoloir, un papier et un crayon à la main.

Le président français, Emmanuel Macron, lors du vote du second tour des élections municipales

Photo : Reuters

Le président français, qui consulte à tout va, mais ne laisse rien filtrer de ses intentions, détient seul les clés d'un éventuel remaniement. Il doit rencontrer Édouard Philippe lundi en tête à tête pour évoquer les suites à donner à ce scrutin.

Emmanuel Macron avait laissé entendre que la crise du coronavirus allait changer profondément les choses et avait dit qu'il lui fallait se réinventer.

Il devra trouver un délicat équilibre entre la volonté de l'aile gauche de son parti d'introduire une inflexion écologique sans pour autant abandonner les choix libéraux des débuts.

Ces dernières semaines, plusieurs défections de députés ont fait perdre à LREM la majorité absolue à l'Assemblée nationale.

Probablement soucieux d'évacuer au plus vite cet encombrant scrutin, Emmanuel Macron a d'ores et déjà prévu de s'exprimer lundi.

Il donnera ses premières réponses aux propositions formulées par la Convention citoyenne sur le climat, une assemblée de 150 citoyens tirés au sort pour redonner des couleurs à la démocratie directe dans le pays.

Marqué par l'abstention, ce scrutin restera aussi comme celui du coronavirus.

Après un premier tour organisé au moment où l'épidémie déferlait sur la France, de nombreuses précautions ont été prises pour ce second tour.

Masque obligatoire, gel hydroalcoolique et distanciation physique étaient de mise pour les opérations de vote, mais les images tournées dimanche sur certaines estrades dans diverses villes montraient que très peu de gens portaient un masque.

La France, durement frappée par le nouveau coronavirus, a enregistré plus de 29 750 décès depuis le début de l'épidémie de COVID-19.

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