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Liban : un juge interdit d'interviewer l'ambassadrice américaine

Assise dans un fauteuil devant un drapeau, les mains croisées.

L'ambassadrice des États-Unis au Liban Dorothy Shea.

Photo : Ambassade américaine à Beyrouth / Twitter/@usembassybeirut

Associated Press

Un juge libanais a interdit, samedi, aux médias locaux et aux médias étrangers diffusant au pays d’interviewer l’ambassadrice des État-Unis au Liban pour une période d’un an.

Le juge Mohamad Mazeh a qualifié de séditieuse et de menace à la paix sociale une récente entrevue dans laquelle l'ambassadrice Dorothy Shea a critiqué le puissant mouvement du Hezbollah .

Cette décision reflète la tension croissante entre les États-Unis et le Hezbollah. Elle révèle aussi le fossé grandissant entre divers groupes au Liban qui est confronté à la pire crise économique de son histoire.

Mohamad Mazeh, juge d'un tribunal à Tyr, dans le sud du pays, a dit avoir agi après qu’il a reçu une plainte d’un citoyen qui considérait les propos de l’ambassadrice sur une chaîne de télévision saoudienne d’insultants pour le peuple libanais.

Les remarques de Mme Shea incitent à la lutte sectaire et menacent la paix sociale, a dit le juge. Il a ajouté que s’il ne peut pas interdire à l’ambassadrice américaine de parler, il peut interdire aux médias de l’interviewer pour un an. Il a rendu cette décision samedi, au début de la fin de semaine, disant cette affaire urgente.

La réaction a été rapide

Qualifiant ce jugement de violation de la liberté de presse, la station privée LBC TV a déclaré qu’elle en appellera, tandis que les critiques du Hezbollah l’ont qualifié de politisé.

Sur les médias sociaux, d’autres ont salué cette interdiction courageuse, affirmant que Mme Shea avait franchi une ligne, s’ingérant dans les affaires internes du Liban.

La ministre libanaise de l’Information Manal Abdel-Samad a écrit sur Twitter que si le pouvoir judiciaire peut réagir à l’interférence de diplomates dans les affaires du pays, personne n’a le droit d’empêcher les médias de rapporter les nouvelles ou de restreindre la liberté de presse.

La décision du juge Mazeh est rendue au lendemain des remarques de l’ambassadrice des États-Unis sur la chaîne de télévision saoudienne Al-Hadath au cours desquelles elle a expliqué que Washington est très préoccupée par le rôle du Hezbollah au sein du gouvernement libanais.

Mme Shea a qualifié ce jugement de malheureux

C’est une distraction. Je souhaiterais que les gens consacrent leur temps et leur attention à résoudre les problèmes auxquels fait face [le Liban].

Dorothy Shea, ambassadrice des États-Unis au Liban

Elle a ajouté que le gouvernement libanais lui avait présenté ses excuses pour ce jugement.

Des relations diplomatiques complexes

Le Liban est en proie à une crise financière qui s'envenime et les pourparlers pour obtenir le soutien du Fonds monétaire international sont compliqués par des luttes politiques internes.

Dorothy Shea a affirmé que le Liban est ébranlé par des années de corruption des gouvernements successifs et a accusé le Hezbollah d’avoir, pour ses propres fins, siphonné des milliards de dollars des fonds publics et d’entraver les réformes économiques dont le pays a besoin.

Le Hezbollah, groupe chiite soutenu par l’Iran, et ses alliés sont majoritaires au sein du gouvernement et soutiennent celui-ci. Le puissant mouvement est désigné par Washington comme un groupe terroriste et les États-Unis continuent d’étendre leurs sanctions à son égard.

Washington est néanmoins l’un des plus importants donateurs de l’armée libanaise, ce qui crée l’une des relations diplomatiques les plus complexes de cette région.

Dans sa décision, qui a été envoyée aux médias, le juge Judge Mazeh a écrit qu’en interviewant Mme Shea, les médias contribueraient intentionnellement ou non à l’agression flagrante des droits de ceux qui ont été insultés par l’interview.

Précisant que les contrevenants se verront imposer une année de suspension, M. Mazeh a demandé à la ministre de l’Information de diffuser le jugement. La ministre a pour sa part affirmé que les plaintes seront traitées par son ministère et par les organes de presse.

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